La place des femmes dans les jeux vidéo

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La controverse entourant l’absence de personnages féminins jouables dans Assassin’s Creed Unity est à la fois exagérée et révélatrice d’une réalité troublante qui dépasse largement les frontières du monde du jeu vidéo.

Comme plusieurs d’entre vous, j’ai suivi avec intérêt le déroulement des conférences de presse d’avant-E3. Presque tout y était : les belles surprises (Grim Fandango!), les bandes annonces délirantes (Sunset Overdrive et Dead Island 2), quelques nouvelles propriétés intellectuelles perdues au milieu d’un océan de suites et de remakes, les démonstrations de jouabilité alléchantes, et bien sûr, un gros tas d’hélicoptères qui explosent.

On peut se dire que l’absence d’assassines ne se fera ressentir «que» dans le mode multijoueur, mais si celui-ci est au coeur de l’expérience de Assassin’s Creed Unity, comment expliquer qu’on ne permette pas aux joueuses de choisir des héroïnes auxquelles elles peuvent s’identifier?

Presque tout, mais pas beaucoup de femmes.

Pas beaucoup de présentatrices sur scène. Pas beaucoup de non-victimes parmi les personnages féminins apparaissant à l’écran. Et, ce qui fait couler beaucoup d’encre sur les pixels depuis le début de la semaine, pas de personnages féminins jouables dans Assassin’s Creed Unity, même en mode coopératif.

Or, si la critique essuyée par les développeurs d’Ubisoft me semble injuste compte tenu de l’historique de la série Assassin’s Creed en matière de diversité, les événements de cette semaine illustrent tout de même une dynamique malsaine qui dépasse de loin les frontières de l’industrie du jeu vidéo.

Faire mouche en tirant sur la mauvaise cible

J’ai travaillé assez longtemps dans l’industrie du jeu vidéo pour comprendre, et accepter, la justification avancée par les développeurs d’Ubisoft pour expliquer l’absence de personnages féminins jouables.

D’abord, dans le scénario, le héros est un homme. N’aurait-on pas pu laisser le choix au joueur comme dans Mass Effect? Peut-être, mais ce n’est pas la méthode Assassin’s Creed. Si on me dit que l’intégrité du récit exige un héros masculin dans ce cas-ci, comme il exigeait une femme dans Liberation ou un Mohawk, un Italien ou un Arabe dans les épisodes précédents, je m’incline.

Assassin's Creed III : Liberation mettait en vedette une femme dans le rôle du protagoniste

Assassin’s Creed III : Liberation mettait en vedette un protagoniste féminin

Deuxièmement, les développeurs voulaient créer des personnages féminins pour le mode multijoueur, mais ils ont dû abandonner le projet, faute de budget pour multiplier les modèles, les animations et les voix. En tant que producteur confronté à des contraintes de temps et d’argent, couper des personnages est un choix parfaitement valide; mieux vaut cela, sans doute, que d’éliminer des missions ou de rogner sur les tests et de lancer un jeu plein de bogues.

Le malaise ordinaire

Ceci dit, si j’accorde ma bénédiction aux développeurs, quelqu’un, quelque part, a tout de même décidé que l’inclusion de personnages féminins jouables ne justifiait pas l’investissement supplémentaire qui aurait été requis, même si celui-ci n’aurait vraisemblablement pas représenté une dépense insurmontable. On peut se dire que l’absence d’assassines ne se fera ressentir «que» dans le mode multijoueur, ce qui aide à justifier cette absence sur des bases financières. Toutefois, le mode multijoueur semble être au coeur de l’expérience de Assassin’s Creed Unity. Comment expliquer, alors, qu’on ne permette pas aux joueuses de choisir des héroïnes auxquelles elles peuvent s’identifier?

Je ne peux pas lire dans les pensées des décideurs d’Ubisoft, mais quelqu’un, quelque part, a sans doute dû calculer que les ventes additionnelles n’auraient pas justifié la dépense ou le retard de lancement. Autrement dit, qu’offrir des personnages féminins n’est pas si important. Si c’est vrai, et que c’est vrai parce que les joueuses ne se formalisent pas d’avoir à jouer des héros masculins, ce dont je n’ai pas la moindre idée, on s’énerve pour rien.

Mais si c’était plus que cela? Si le fait que l’industrie du jeu vidéo crée dix Master Chief pour chaque Lara Croft – et dix Lara Croft pour chaque personnage féminin au physique vaguement probable – reflétait le même genre de raisonnement plus ou moins conscient qui fait que les films où les femmes tiennent l’essentiel des rôles principaux sont rarissimes, même s’ils obtiennent régulièrement du succès au box-office lorsqu’on se décide à les produire? Est-ce que, pour dire les choses franchement, l’industrie du jeu vidéo ne prendrait pas les femmes assez au sérieux?

Conclusion

L’industrie serait loin d’être la seule coupable de ce genre de misogynie plus ou moins soft. Rappelez-vous des questions idiotes sur sa vie sentimentale auxquelles Eugenie Bouchard a été soumise après une victoire à l’Open d’Australie. Découragez-vous solidement en lisant cette étude qui démontre que les ouragans auxquels on donne des noms féminins causent plus de morts et de dégâts aux États-Unis parce que les gens prennent moins de précautions – ils assument tout bonnement que ces ouragans ne peuvent pas être aussi dangereux que ceux qui portent des noms d’hommes. Et je vous épargne les horreurs qui se disent chaque jour sur le dos des femmes dans le monde politique américain.

Cependant, ce qui explique n’excuse pas. Je ne crois pas que l’absence d’assassines dans Unity, un jeu qui appartient à une série déjà admirable de diversité, justifie les attaques de cette semaine. Mais se poser des questions sur l’ensemble des pratiques de l’industrie, ça, c’est tout à fait nécessaire.

Les femmes constituent 48% de la population des joueurs. Prenons-les au sérieux.

  • Serge

    Permettez moi toutefois d’émettre un bémol concernant la statistique de femmes joueur.

    Il est parfaitement vrai que 48% de la population totale de joueur sont des femmes. Mais il faut examiner la répartition démographique.

    Si on se met à regarder un peu sous la loupe, 60% d’entre elles sont des casual gamer qui jouent principalement sur mobile. seulement

    30% des femmes jouent à des jeux violents (style GTA ou COD) ce qui ramène donc à environ 15% de la population totale de joueur (30% de 48%).

    15% des femmes qui jouent à des jeux violent jouent à GTA.. 30% des femmes qui jouent à des jeux violents joue a Call of Duty (COD). Ca l’air d’être des gros pourcentages…. mais faites le calcul :

    15% (qui jouent à GTA) de 30% (nombre de femme qui jouent à des jeux violents) de 48% de la population totale. ca fait un gros 2.16% de la population totale de joueurs (données de 2012). 4.25% si vous regardez call of duty.

    C’est donc pas 48% qu’il faut regarder. car sur ce 48% une TRÈS FORTE majoritée joue à Candy Crush ou Farmville, ou ce genre de chose dans lequel y’a juste aucun personnage.

    Je veux pas dénigrer l’article, mais je comprend pas mal l’industrie du jeux video lorsqu’on décortique comme il faut la démographie. Ca ne sert à rien d’engager des actrice et d’investir dans des modèles et des animations et des animateurs et des capture de mouvement (ca coute très cher ca), pour 2% de la population qui risque d’acheter ton jeu. Ce 2% de gamer casual risque d’être très heureux avec un Lara Croft pendant quelques mois. Et y’a rien de mysogyne la dedans. c’est juste la réalité.

    • G

      Je suis un homme et si j’ai le choix de choisir un personnage masculin ou féminin dans un jeu, je choisi toujours le personnage féminin. Je ne suis surement pas le seul et j’imagine que certaines femmes préfèrent aussi incarner des personnages masculin si elles en ont le choix. La seule statistique qui compte pour moi est « si un jour a le choix du sexe de son personnage, lequel choisit-il »?

      • Tentacle-Sama

        Dans certains jeux des classe de personnages sont plus adapté au femme que d’autre. Il y a possibilité de choisir une femme comme barbare dans Diablo 3, mais il faut aimer le style nageuse d’Allemagne de l’Est…

        • Serge

          ahahaahah :D /bow

  • http://stech72.tumblr.com/ Steve C

    Pis encore …. quand il y une femme dans un jeu vidéo elle se comporte comme un gars … Diablo,Croft,Resident Evil, mortal kombat et cie ..

    Le pire , c’est que le point de vue féminin et l’approche féminine serait plus qu’intéressent au cœur d’un jeu . ëtre en mesure de joué une réel femme et non pas un gars manqué manque sérieusement au monde du jeu vidéo .