Black Friday… ou pas?

Montée de lait

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Aujourd’hui a lieu la fête la plus attendue par les acheteurs compulsifs d’Amérique du Nord, le sacro-saint Black Friday.

Histoire de rendre le tout un peu plus historique, cette journée de magasinage tient son nom d’un exercice comptable ancien à l’époque où l’on écrivait encore les comptes à la main. À ce moment de l’année jusqu’à ce fameux vendredi, les entreprises passaient de comptes généralement déficitaires écrits en rouge, à des comptes positifs qui eux étaient écrits en noir.

En 2009, une étude menée par Ryan Howell, professeur assistant de psychologie de l’Université d’État de San Francisco, a même démontré que l’expérience d’achat permettait de se sentir bien mieux que de posséder le bien en question. En gros, l’être primait sur l’avoir, un concept apparemment bien éloigné de ce que veulent nous faire gober les grandes multinationales.

De nos jours, les détaillants profitent du lendemain du Thanksgiving (un congé d’une majorité d’Américains) pour offrir des rabais sur la marchandise. Certaines chaînes vont même jusqu’à ouvrir leurs portes à minuit la veille afin de maximiser les profits de la journée.

Quelques chiffres… tristes

Maintenant que l’on a essayé de rendre le tout un peu plus culturel, essayons de comprendre comment, en une journée, toute personne généralement intelligente se transforme en acheteur écervelé, prêt à écraser quiconque ose se mettre sur son chemin, que ce soit une vieille dame ou une femme enceinte.

En effet, les cas ne sont pas rares. Aux États-Unis, depuis 2006, le vendredi noir a même causé 4 morts et plus de 67 blessés. On parle ici de magasinage sans arme! Il y a même un site qui en surveille les statistiques, le Black Friday Death Count.

Encore sceptique? Un petit survol de cette vidéo vous donnera un rapide aperçu du manque de civisme qui habite tout d’un coup ces chasseurs d’aubaines.

Véritable apologie de l’achat sans conscience, le Black Friday est définitivement la victoire la plus populaire de notre société de consommation. Ce jour-là, on ne se soucie plus de savoir, qui, où, ni comment ce que l’on achète a été fabriqué. L’objectif : économiser quelques dollars pour des articles que l’on n’aurait probablement pas achetés normalement.

Certains d’entre vous me diront que c’est l’occasion pour les plus défavorisés d’acquérir des biens qu’ils ne pourraient pas se payer autrement. Certes, mais malheureusement pour eux, ce ne sont pas ceux que l’on retrouve le plus souvent en train de sauter sur le voisin d’à côté pour lui arracher des mains le dernier item à rabais tant convoité.

Avoir et être

En 2009, une étude menée par Ryan Howell, professeur assistant de psychologie de l’Université d’État de San Francisco, a même démontré qu’il est plus revalorisant d’acheter des expériences (soirées au restaurant, ou au théâtre) que des biens. En gros, l’être primait sur l’avoir, un concept apparemment bien éloigné de ce que veulent nous faire gober les grandes multinationales.

Sans surprise, c’est Walmart qui chaque année récolte la palme du plus grand nombre de batailles et de blessés. Cette populaire chaîne de magasins, dont le PDG a une retraite 8 600 fois plus élevée que la moyenne de ses effectifs et qui organisait la semaine dernière des guignolées pour ses employés les plus pauvres, n’a aucun problème moral à offrir des aubaines à ses clients, quitte à faire crever de faim ses propres employés. Pensez-y!

Mais que fait la police?

Le phénomène est rendu tellement habituel que la police ne fait même plus d’état d’âme des anicroches dans les files d’attente et des combats de rues pour une console. Ce jour là, pas de barrières de sécurité, pas d’encadrement policier drastique pour calmer les plus affamés de bonnes affaires.

En revanche, quand il s’agit d’une dizaine d’altermondialistes qui osent lever le poing contre la société de consommation, on ne se gène pas pour déployer l’escouade antiémeute, la police montée et les assaisonner allègrement de poivre de Cayenne alors qu’aucun d’entre eux ne fait de grabuge. Eh oui, on en est rendu là.

500 millions de Chinois, et moi et moi et moi…

Alors, aujourd’hui, si vous voulez embarquer dans cette folie consumériste qui continue de faire foncer l’humanité vers un mur tant au niveau écologique que social, faites-vous plaisir.

Mais dites-vous bien que tout a un coût. Pas seulement celui que vous débourserez en pensant faire une bonne affaire. Celui qui comprend la fabrication, le transport, la misère humaine qu’il cause, son impact environnemental, etc. Vous voulez faire plaisir à vos enfants en leur trouvant leurs cadeaux favoris à moindre prix? Pensez aussi à la planète que vous allez leur laisser. C’est probablement ça votre plus beau cadeau.

  • Plotin

    Très belle réflexion en ce vendredi pas très sain… ;-)

  • tremdavid

    pathétique …