Connaissez-vous les réseaux sociaux populaires au Japon?

Au pays du soleil levant

Exclusif
Liste de tags

Rares sont les gens qui n’ont pas de profil Facebook… en Amérique du Nord, du moins. En Asie, même si les réseaux sociaux sont très populaires, ce ne sont pas nécessairement les mêmes qui ont le monopole.

Combien de personnes dans votre entourage n’ont pas de compte Facebook? Pour ma part, je peux les compter sur les doigts d’une main. Pour ce qui est de Twitter, le nombre est plus grand. Depuis que je l’ai adopté il y a plusieurs années, Facebook m’a permis de retrouver des amis d’enfance, d’échanger avec ma famille et de garder le contact avec des connaissances autant à Montréal, qu’à Bangkok et à Londres. Par contre, pour ce qui est de la communication avec mes cousins japonais, je dois passer par d’autres moyens.

Lorsque j’ai créé mon compte Facebook en 2007, j’ai eu un bref moment d’hésitation avant d’y inscrire mon vrai nom. Rappelez-vous qu’à l’époque, les forums ne nécessitaient qu’un nom d’utilisateur derrière lequel on pouvait rester caché si cela nous convenait. Selon mon expérience, plusieurs Japonais (dont ma famille) ont encore un peu cette mentalité.

Jusqu’à l’an dernier, tout se faisait par courriel. J’envoyais un message à partir de mon ordinateur ou de mon téléphone mobile (lorsque enfin cette pratique est devenue plus commune en Amérique du Nord) à l’adresse courriel propre au keitai (cellulaire) de ma cousine. De son côté, elle le recevait instantanément, tel un message texte.

Encore aujourd’hui, je crois bien que sa seule adresse courriel est celle de son mobile. Même chose pour le reste de ma famille au Japon. Maintenant, deux de mes cousins sont sur Facebook; les autres justifient leur absence de cette plateforme soit en disant qu’ils ne savent pas comment elle fonctionne, ou encore, qu’ils ne savent carrément pas ce que c’est. Par contre, ils ont un compte Mixi, et communiquent tous maintenant entre eux (et avec moi) sur Line.

Mixi éclipsé par Facebook et Twitter

Vous ne connaissez pas Mixi? C’est normal, et ce même si le réseau social japonais a fêté ses 10 ans cette année. Lorsque j’ai créé mon compte en 2006, on ne pouvait s’y inscrire qu’après avoir reçu une invitation d’un autre utilisateur. Ce n’est plus le cas, mais lors de leur inscription, les nouveaux utilisateurs doivent maintenant vérifier leur compte à l’aide d’une adresse courriel dont le nom de domaine est un fournisseur mobile japonais comme Softbank, AU ou NTT Docomo. En d’autres mots, si tu n’habites pas au Japon (ou que tu y habites et tu n’as pas de cellulaire), pas de compte Mixi pour toi.

Ce qui n’est pas bien grave, car Facebook a maintenant pris le dessus en termes de popularité et l’interface de Mixi est très semblable : les utilisateurs ont un profil, peuvent s’envoyer des messages privés, publier des photos, écrire des billets dans un journal et jouer à des jeux. Par contre, contrairement à Facebook où notre prénom et nom de famille sont toujours visibles, Mixi met plutôt l’accent sur l’alias ou le nom d’utilisateur, permettant un certain anonymat à ses adeptes.

Il y a quelques années, Mixi était le réseau social japonais par excellence. Ce n’est que depuis environ deux ans que le nombre de visiteurs japonais par mois sur Facebook a surpassé le nombre d’utilisateurs actifs sur Mixi. Selon un rapport publié par ComScore vers la fin de l’année dernière s’intitulant 2013 Japan Digital Future in Focus, le nombre de visiteurs japonais sur Facebook s’élève aujourd’hui à environ 21 millions chaque mois, contre 8 millions pour Mixi. Fait qui m’a surpris : Twitter est encore plus populaire que Facebook en terme de visiteurs japonais par mois, remportant la palme avec 21,7 millions. Notons que globalement, les utilisateurs actifs sur Facebook et Twitter s’élèvent à 1,23 milliards et 255 millions par mois respectivement.

En même temps, ce n’est pas si étonnant que Twitter soit plus populaire que Facebook au Japon : sur Twitter, nulle obligation de révéler notre vrai nom. L’idée de rester anonyme sur Internet peut sembler dépassée de nos jours en Amérique du Nord, c’est vrai. Après tout, on vit à une époque où on peut zieuter l’écographie d’une connaissance lointaine sur Facebook, ou encore «aimer» une photo de la bague de fiançailles d’une amie sur Instagram quelques secondes après qu’on lui ait fait la grande demande.

Mais je me souviens qu’en 2007, lorsque j’ai créé mon compte Facebook, j’ai eu un bref moment d’hésitation avant d’y inscrire mon vrai nom. Rappelez-vous qu’à l’époque, les forums et les services comme Myspace et Friendster ne nécessitaient qu’un nom d’utilisateur derrière lequel on pouvait rester caché si cela nous convenait. Selon mon expérience, plusieurs Japonais (dont ma famille) ont encore un peu cette mentalité.

Line et l’art de la personnalisation des messages

En 2012, l’application Line s’est mise de la partie. Essentiellement, il s’agit d’une application supportée par tous les téléphones intelligents (iOS, Android, Windows Phone, BlackBerry, Nokia) permettant aux utilisateurs de s’appeler et de s’envoyer des messages et des photos via leur forfait de données. Une plateforme un peu à la WhatsApp, mais avec une interface selon moi beaucoup plus jolie. De plus, il est possible de personnaliser les arrière-plans des messages et d’envoyer des autocollants rigolos; certains sont gratuits, mais il y en a aussi qui sont payants.

Quelques jours après avoir téléchargé cette application afin de communiquer avec mes cousines au Japon, Facebook lançait les autocollants dans son application de messagerie. J’adore les autocollants Pusheen the cat de l’application Facebook, mais Line me charme par son thème qu’on peut virer au rose et ses personnages mignons. Pour moi, c’est plus une application de messagerie qu’un réseau social, mais la présence d’un fil d’actualité semblable à celui de Facebook le classe dans cette deuxième catégorie. Surtout populaire en Asie, Line compterait 390 millions d’utilisateurs globalement, dont 50 millions au Japon. Sur une population de 127 millions, c’est tout de même significatif!

Et ailleurs en Asie…

Si les Japonais ont désormais adopté «nos» réseaux sociaux, il y a plusieurs autres sites populaires en Asie dont les noms vous seront probablement étrangers. Weibo, un peu l’équivalent de Twitter en Chine, compterait au moins deux fois plus d’utilisateurs que son homologue américain. Les Chinois sont également nombreux sur le réseau Renren, un peu l’homologue de Facebook. Les applications de messagerie Kakao (coréenne) et WeChat (chinoise) continuent aussi de croître.

Même si on dirait parfois que la planète entière vit en direct sur Facebook, il semblerait que finalement, ce n’est pas nécessairement le cas. Et cette réalisation, personnellement, je la trouve rassurante.

  • Balenk

    « Mais je me souviens qu’en 2007, lorsque j’ai créé mon compte Facebook,
    j’ai eu un bref moment d’hésitation avant d’y inscrire mon vrai nom.
    Rappelez-vous qu’à l’époque, les forums et les services comme Myspace et
    Friendster ne nécessitaient qu’un nom d’utilisateur derrière lequel on
    pouvait rester caché si cela nous convenait. Selon mon expérience,
    plusieurs Japonais (dont ma famille) ont encore un peu cette mentalité. »
    Une mentalité que vous estimeriez dépassée, has-been, à l’heure où faire étalage de sa vie privée en public serait devenu du dernier chic ? Abreuvez naïvement les grands manitous du web de vos données personnelles sans précaution et bientôt (c’est déjà le cas, en fait), ils vous construiront une petite cellule bien douillette où vous recevrez « vos » amis, où vous lirez « vos » nouvelles, environné de publicités toutes à « vous » dédiées… et progressivement, vous vous couperez d’un monde virtuel de plus en plus cloisonné, étriqué, appauvri, en un mot : per-son-na-li-sé. Les japonais l’avaient compris, semble-t-il. Jusqu’à maintenant. Tant pis pour nous, tant pis pour eux…