Splendeurs et misères du Web à Fantasia

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En feuilletant le programme officiel de la 18e édition du festival international de films Fantasia, j’ai remarqué que 2014 était une année faste pour les oeuvres à saveur «web».

Je me suis donc sacrifiée pour vous, illustres lecteurs de Branchez-vous, et suis allée me joindre aux centaines de cinéphiles adeptes du «meow» (sorte de cri de ralliement précédant les projections de Fantasia, un peu comme les trois coups au théâtre mais sans le décorum). Mon menu 4 services : Cybernatural, Open Windows, Ingtoogi : The Battle of Internet Trolls et The Snow White Murder Case.

Je rappelle que je ne suis pas critique cinéma, que je n’ai pas étudié en cinéma, et que d’autres personnes sont mille fois plus habilitées que moi à traiter de la valeur de ces films. Je ne suis qu’une cinéphile curieuse de découvrir la transposition du web et des nouvelles technologies au grand écran.

Alors que Cybernatural et Open Windows se classent définitivement dans la catégorie «divertissement», Ingtoogi : The Battle of Internet Trolls et The Snow White Murder Case poussent à la réflexion sur la place qu’occupent les nouvelles technologies dans nos vies.

Le règne de l’écran

Je suis une grande fan de films d’horreur d’ados, et c’est exactement ce qu’est Cybernatural (Leo Gabriadze). Six amis conversent sur Skype, un an après la mort d’une consoeur d’école qui s’est suicidée suite à la diffusion d’une vidéo humiliante la mettant en scène. Une septième personne se joint à la conversation et force les amis à participer à une version trash de «Never Have I Ever» (le classique jeu d’alcool «J’ai jamais») : si un des amis refuse de jouer ou quitte la conversation, il mourra. L’action se déroule entièrement via les écrans des cyberintimidateurs, et, sans vendre certains punchs, il y a quelques jolies trouvailles, et on rit de bon cœur. Malheureusement, le côté novateur du procédé finit par lasser, la qualité vidéo de Skype laissant franchement à désirer.

Open Windows (Nacho Vigalondo) réussit mieux le pari de transposition du web à l’écran mais échoue lamentablement sur le reste. Un jeune webmestre obsédé par une actrice populaire se voit catapulté dans un cyber-thriller d’espionnage. Le spectateur navigue d’une fenêtre d’écran à l’autre, et si les procédés techniques impressionnent, le scénario, pourtant prometteur, tombe rapidement dans le piège des rebondissements invraisemblables et des gags douteux. Malgré des performances d’acteurs plutôt honnêtes d’Elijah Wood et Sasha Grey, le film ennuie. Si la fin ne justifie pas toujours les moyens, l’inverse est aussi vrai. Bref, une grosse déception.

Dépasser le Klout

Alors que Cybernatural et Open Windows se classent définitivement dans la catégorie «divertissement», Ingtoogi : The Battle of Internet Trolls et The Snow White Murder Case poussent à la réflexion sur la place qu’occupent les nouvelles technologies dans nos vies.

Tae-Sik, protagoniste de Ingtoogi : The Battle of Internet Trolls

Tae-Sik, protagoniste de Ingtoogi : The Battle of Internet Trolls

Ingtoogi (Um Tae-hwa) met en scène deux trolls vedettes des sites de clavardage locaux qui s’affrontent allègrement sous le couvert de leurs pseudonymes. Lorsque l’un des deux attaque physiquement l’autre et met en ligne la vidéo de l’événement, le troll humilié décide de se venger, non sans difficultés. Très drôle, la comédie révèle néanmoins un aspect beaucoup plus sombre de l’univers geek coréen, où l’écran et les followers remplacent les structures familiales et sociales défaillantes. Belle surprise.

Coup de foudre également pour The Snow White Murder Case (Yoshihiro Nakamura). Un jeune journaliste de la télé japonaise, accro à Twitter (où il publie majoritairement des critiques de restaurants de ramen), se lance dans une enquête de meurtre qui pourrait enfin le rendre célèbre. Rumeurs, entrevues, reportages sensationnalistes et commentaires anonymes Twitter se multiplient à vitesse grand V, mais la vérité n’est pas toujours là où on la croit. Si les réseaux sociaux mettent en lumière le fait qu’on est potentiellement le con d’un autre, ce film très réussi (quoiqu’un peu longuet) nous prouve surtout qu’on est bien souvent notre propre con…

Bref, si je salue les efforts mis dans les procédés techniques novateurs d’inclusion du web au cinéma, le véritable plaisir n’est au rendez-vous que lorsqu’un scénario solide les met en valeur.

Cybernatural : 3 sur 5
Open Windows : 2 sur 5
Ingtoogi : The Battle of the Internet Trolls : 4 sur 5
The Snow White Murder Case : 4 sur 5