La cassette audio, l’anachronisme musical

Une vulgaire relique

Exclusif

Les images ont de quoi surprendre : dans une vidéo mise en ligne par la publication d’affaires Bloomberg, une équipe de tournage visite la dernière usine de fabrication de cassettes audio. Tout sourire, le président de l’endroit soutient que «la demande n’a jamais été aussi forte». Le petit rectangle de plastique et de bande magnétique vit donc un grand retour, martèle-t-on.

Dans la catégorie des absurdités technologiques maintenues artificiellement en vie par la seule force de la volonté d’un groupe de technophiles récemment sortis d’un coma, la survie artificielle de l’audiocassette bat des records. Certains y trouveront un charme suranné, et l’on peut concevoir un certain désir de collectionner ces traces d’une époque révolue, comme l’on se prend à collectionner les cassettes 8 pistes, ou encore les films en format LaserDisc, un autre format issu des années 1980.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : d’une relique. Si le débat entre la qualité sonore d’un disque vinyle et celle d’un fichier audio numérique (avec ses multiples formats) fait toujours rage, nul ne pourrait sérieusement concevoir que la cassette audio, celle qui dominait le marché vers la fin des années 1970 et au début des années 1980, peut encore prétendre au titre. 

Miroir, miroir, qui sonne le mieux?

Dans un texte publié en 2011 sur par le magazine Rocker, le journaliste Will Kennedy explique que la qualité sonore d’un album va dépendre de l’attention portée à chaque format par l’artiste. Si les pièces sont mieux traitées pour le vinyle, par exemple, il se peut que la qualité du CD s’en ressente. 

tabletournante

On saluera les artistes – et les mélomanes – qui gardent le vinyle en vie, comme le montrent de récentes statistiques sur la vente de microsillons en Amérique du Nord, mais aussi en Grande-Bretagne. On parle de record, mais l’article précise que ces ventes représentent moins de 4% des revenus des maisons de disques.

Où se trouve le gros des sous dans l’industrie? Dans le CD, certes, mais très majoritairement dans le numérique. iTunes, BandCamp, mais aussi Google Play, pour ne nommer que ceux-là, diffusent les pièces électroniques par millions. Et ce sans compter les services d’écoute en ligne comme Spotify, Songza, Jango, etc. Le plus grand choix de musique de l’histoire au bout des doigts, accessible partout sur le réseau cellulaire, ou tout aussi longtemps que votre baladeur numérique aura de l’autonomie.

À cette universalité, à cette pluralité de formats et de niveaux d’encodage (WMA, WAV, MP3, AAC, FLAC, OGG), on nous oppose une triste audiocassette, reliquat d’une époque plus que révolue où le nec plus ultra consistait à se balader dans les rues avec son Walkman jaune, ou à enfourner une cassette dans le lecteur intégré au tableau de bord de son automobile. Dans le but passablement absurde de créer une rareté artificielle, des artistes font donc produire des cassettes qu’ils visent à transformer en objets de collection.

Voilà un exemple parfait d’une situation où l’individu, s’étant lui-même convaincu qu’il participe ici à un mouvement «rétro» et qu’il se «démarque de la masse» en reprenant à son compte un symbole culturel depuis très longtemps dépassé, célébrera le tout sur Instagram, sans doute en y ajoutant un filtre pour la forme.

Zombie technologique

En ce sens, si l’on peut reconnaître un attrait musical incontestable au vinyle, autre technologie antédiluvienne (à condition d’avoir une installation de bonne qualité), en plus de son attrait visuel comme objet de collection, la cassette n’a que le banal avantage d’avoir pratiquement disparu de la surface de la Terre.

Où pourriez-vous trouver un lecteur cassette en 2015? À l’exception des boutiques en ligne comme Amazon, l’entêté amateur devra sans doute se tourner vers les friperies, histoire de dénicher un vieux magnétophone dans le rayon de l’électronique, entre un modem périmé et un gaufrier défraîchi.

«Notre modèle d’affaires repose sur l’entêtement et la stupidité.»

Du point de vue de celui qui préfère les liens de téléchargement aux disques physiques pour ses copies de presse, qui achète uniquement de la musique en format numérique, et qui va même, très souvent, laisser s’empoussérier ses films en formats DVD et Blu-ray pour leur préférer une version électronique, cet engouement pour la cassette audio relève de l’anachronique pur et simple. Après tout, l’objet a été remplacé par le CD depuis une trentaine d’années, et ne sert, en fin de compte, qu’à créer une clique artificielle où des gens tous semblables se vanteront d’être différents, un café latté dans une main, et le nouvel iPhone dans l’autre.

Oui, il est intéressant de voir, dans la vidéo de Bloomberg, de vieilles machines continuer à embobiner du ruban magnétique après 40 ans de service. Mais le président de la National Audio Company, Steve Stepp, résume parfaitement la situation : «Notre modèle d’affaires repose sur l’entêtement et la stupidité.»

La place de la cassette audio est dans un musée, et non pas sur les tablettes d’un détaillant ou dans une salle de concert. Mais comme des studios de jeux continuent de produire des titres sur disquette, il y a fort à parier que malgré toute la bonne volonté du monde, la cassette audio va continuer de s’accrocher, pour le meilleur et sans doute surtout pour le pire.

  • Gaston

    Prochaine étape, la « coupes Longueuil » va revenir à la mode…

  • Thomas

    Bien merdique cet article, les arguments subjectifs sont bien nul, aucuns chiffres, aucune termes techniques, t’aurai mieux fait de rien écrire.