La définition scientifique de la stupidité

Comprendre l'idiotie

Exclusif

Une équipe de psychologues vient de publier un article qui énonce les critères que l’on peut employer pour déterminer scientifiquement si notre prochain est un épais. Ne dites plus jamais que la science ne sert à rien.

La plus grande philosophe du vingtième siècle, la maman de Forrest Gump, disait : «N’est stupide que la stupidité.» Une définition qui n’était déjà pas très utile dans sa version originale anglaise («stupid is as stupid does») et qui n’a rien gagné dans la traduction, c’est le moins que l’on puisse dire. 

Mais heureusement, aujourd’hui, nous disposons d’une définition scientifique précise pour le défaut de fabrication qui afflige le cerveau de votre beau-frère, de votre patron, ou du gnochon qui se stationne toujours à 4 cm de votre portière au centre commercial. Comment faire pour le diagnostiquer? Très simplement, et en seulement trois étapes.

Les paramètres de la recherche

Nous devons cette avancée à une équipe de psychologues de l’université Loránd Eötvös, en Hongrie, et de l’université Baylor, au Texas, qui ont récemment publié les résultats de leurs recherches dans la revue scientifique Intelligence. C’est au volume 53, pages 51 à 58, pour ceux et celles parmi vous qui seraient curieux d’aller y jeter un oeil et qui avez accès à une bibliothèque universitaire.

En passant : je n’oserais jamais insinuer que la présence d’un Texan dans une étude sur la stupidité s’explique par la proximité géographique d’un grand nombre de «cas» à étudier, mais si vous voulez faire le lien vous-mêmes, libre à vous!

Après une analyse mathématique vaguement louche, les chercheurs ont identifié trois grandes catégories de stupidité.

Toujours est-il que les chercheurs ont, en quelque sorte, voulu quantifier la définition de madame Gump en demandant à 154 étudiants universitaires de premier cycle d’identifier des situations dans lesquelles ils considèrent que quelqu’un a agi stupidement et pourquoi. Ce corpus de cas a été formé à la fois d’expériences personnelles rapportées par d’autres étudiants et d’articles publiés sur Internet; les cas devaient être faciles à comprendre sans trop de contexte et qualifier une action ou une décision de «stupide» de manière non ironique.

Après une analyse mathématique vaguement louche des résultats, les chercheurs ont identifié trois grandes catégories de stupidité. Les voici en ordre décroissant de gravité, selon les jugements portés par les étudiants qui ont participé à l’étude.

La première catégorie de stupidité : l’ignorance confiante

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Ce critère s’applique quand quelqu’un se lance tête première dans une activité pour laquelle il ou elle ne dispose pas de la compétence requise, avec des conséquences tragicomiques. 

Les chercheurs donnent l’exemple d’une bande de voleurs qui décident de s’emparer d’un lot de téléphones cellulaires mais qui sont trop bêtes pour réaliser qu’ils viennent plutôt de voler des GPS; en négligeant de les éteindre, ils laissent donc à la police des dizaines ou des centaines de témoins électroniques et ils se font capturer en deux coups de cuiller à pot. 

C’est dans cette catégorie que l’on classerait sans doute la plupart des gagnants des prix Darwin, qui sont décernés aux individus qui améliorent le bagage génétique de la race humaine en s’en retirant d’eux-mêmes avant d’avoir procréé, le plus souvent en mourant dans des circonstances ridicules. J’aime particulièrement le cas d’un apprenti-terroriste qui serait mort après avoir ouvert une lettre piégée qu’il avait expédiée lui-même mais qui lui avait été retournée parce qu’il manquait de timbres. Bré-vo.

La seconde catégorie de stupidité : le manque de contrôle

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Il y a des gens qui vont savent qu’ils vont faire une bêtise mais qui ne peuvent pas s’en empêcher. C’est plus fort qu’eux : ils n’ont pas de jugement. 

Les chercheurs mentionnent un cas relativement inoffensif, soit celui d’un individu qui néglige de se rendre à un rendez-vous avec un ami pour continuer à jouer à des jeux vidéo à la place. Je donnerais plutôt en exemple le gigantesque bonhomme qui, dans le film The Meaning of Life de Monty Python, accepte d’avaler un dernier petit biscuit au resto même s’il a déjà tellement mangé que ses dents arrières trempent dans la nourriture à moitié mâchée – et qui explose dans une immense tempête de dégueux. Il le savait qu’il n’aurait pas dû. Il l’a fait quand même. Matière à réflexion avant d’aller voir le clip sur YouTube, en sachant ce qui vous y attend?

La troisième catégorie de stupidité : l’inattention et le manque de sens pratique

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Cette catégorie regroupe des situations dans lesquelles il est difficile de savoir si le coupable commet une bêtise par ignorance ou par étourderie. Les chercheurs donnent l’exemple d’un personnage qui fait exploser un pneu en y pompant trop d’air; est-ce que c’est parce qu’il a négligé de vérifier la pression en cours de route ou parce qu’il ne sait pas que la recommandation affichée sur le pneu n’est pas seulement une suggestion? Mystère.

En lisant ce passage, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la vieille blague dans laquelle un camionneur au volant d’un véhicule de 2 m de hauteur arrive à l’entrée d’un tunnel interdit aux véhicules de plus de 1,8 m et décide d’y entrer quand même parce qu’il ne voit pas de policiers dans les parages. Ou à pas mal toute la carrière de Bob Gainey en tant que directeur gérant du Canadien.

Stupide grave ou stupide pas grave?

En gros, plus le coupable était responsable de ce qui lui arrivait et plus les conséquences de l’acte étaient graves, plus les participants à l’étude le jugeaient sévèrement.

L’étude a aussi mesuré l’intensité du jugement que les observateurs portent sur les individus qui commettent des actes jugés stupides. En gros, plus le coupable était responsable de ce qui lui arrivait et plus les conséquences de l’acte étaient graves, plus les participants à l’étude le jugeaient sévèrement. 

Ainsi, le bozo qui a récemment tenté d’éteindre un feu de vidanges en roulant dessus avec un camion rempli de munitions sera normalement considéré comme plus stupide que le pauvre type qui sort de la salle de bains tout nu après avoir oublié que sa belle-mère couchait dans le salon. Comme il se doit.

Le mystère du Florida Man résolu?

Ce qui m’amène à poser une question qui n’a pas été étudiée par les chercheurs. Existe-t-il des catégories de gens prédisposés à la stupidité? Le déluge d’histoires de Floridiens idiots qui déferle sur Internet depuis des années aurait tendance à le laisser croire. 

Il existe cependant une explication plausible au phénomène du Florida Man. Premièrement, la Floride est très peuplée. Deuxièmement, on y retrouve quantité de médias toujours à l’affut d’histoires locales à raconter. Et troisièmement, les lois sur la transparence de la Floride étant très généreuses, les médias y ont vite accès à toutes sortes de rapports de police saugrenus qui resteraient secrets ailleurs. Ce ne serait donc pas que les Floridiens sont plus stupides que les autres, mais bien qu’on les observe de plus près.

Certaines âmes charitables seront peut-être tentées d’appliquer le même raisonnement pour disculper certains de nos honorables ministres qui semblent multiplier les bêtises. C’est cependant un pas que je me refuse à franchir.

  • Pascal Gagnon

    L’art de transformer une nouvelle plutôt banale en moment de divertissement. Bravo! J’ai bien ris. :-)

  • http://Rhialto.com/ Rhialto

    C’est sans compter tous les clips de #Fail dont nous avons maintenant accès dans lesquels on peut parfois constater à quel point la bêtise humaine peut être surprenante…