Vous êtes malade? Blâmez votre ancêtre le Néandertalien!

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Au moins un de vos ancêtres était probablement un homme ou une femme de Néandertal – et certains des gènes que vous avez hérités de lui ou d’elle ne sont pas trop bons pour votre santé. C’est ben plate, mais c’est ça, et il n’y a pas de raison de paniquer.

Bon, voilà autre chose : des chercheurs de l’université Vanderbilt, au Tennessee, viennent de publier un article dans lequel ils identifient des liens «subtils mais significatifs» entre les risques de contracter certaines maladies et des variantes génétiques que nous avons héritées d’Homo sapiens neanderthalensis, l’homme de Néandertal. 

Hein? J’ai des ancêtres néandertaliens, moi?

On sait que les premiers ancêtres des humains modernes à avoir quitté l’Afrique ont joyeusement batifolé avec des Néandertaliens quelque part au Proche-Orient il y a environ 80 000 ans.

Probablement. On sait depuis quelques années que les premiers ancêtres des humains modernes à avoir quitté l’Afrique ont joyeusement batifolé avec des Néandertaliens quelque part au Proche-Orient il y a environ 80 000 ans. Au moins quelques-uns des enfants issus de ces unions étaient fertiles et leurs descendants ont fait partie des grandes migrations qui ont peuplé l’Europe, l’Asie et l’Amérique au fil des millénaires.

Aujourd’hui, toutes les populations humaines portent entre 1,5 et 2,1% d’ADN néandertalien selon les régions, à une exception majeure près : l’Afrique subsaharienne. Il n’y avait pas de Néandertaliens en Afrique au moment où l’Homo sapiens sapiens, notre espèce, y a fait son apparition; les populations qui n’ont jamais quitté l’Afrique n’ont donc jamais eu l’occasion d’échanger de l’ADN avec leurs cousins de Néandertal. Dans bien des régions de l’Afrique, les traces d’ADN néandertalien sont donc inexistantes, ou tout au plus très faibles et dues à un métissage plus récent.

Soit dit en passant, nos ancêtres ont aussi passé sous la couette avec les Denisoviens, une autre espèce humaine archaïque, et peut-être même avec le fameux «hobbit» de Florès, mais c’est une histoire pour un autre jour.

Alors, cette étude?

Les chercheurs ont étudié les dossiers médicaux d’environ 28 000 adultes de descendance européenne vivant aux États-Unis. En croisant les maladies pour lesquelles ces personnes avaient été traitées avec 135 000 marqueurs génétiques d’origine néandertalienne, ils ont pu identifier certaines corrélations.

Par exemple, certaines formes d’ADN néandertalien sont associées à un risque plus élevé de maladies cardiaques, de certaines lésions de la peau, d’épaississement des artères… et d’accoutumance à la nicotine, ce qui est parfaitement accidentel puisqu’aucun Néandertalien n’a jamais été en contact avec le tabac, qui est originaire d’une région du monde (les Amériques) où aucun Néandertalien n’a jamais mis le pied. Un effet secondaire d’un gène apparu pour une tout autre raison impossible à deviner aujourd’hui, sans aucun doute.

En ce qui concerne la dépression, les signes sont ambigus : le risque est plus élevé que la moyenne chez les porteurs de certains gènes néandertaliens et plus bas chez d’autres. Des gènes qui favorisent la coagulation du sang et qui aidaient nos ancêtres à récupérer rapidement en cas de blessures ont aussi l’effet pervers, aujourd’hui, d’encourager l’apparition de caillots sanguins et de provoquer des accidents vasculaires cérébraux.

Et c’est pas fini, c’est rien qu’un début…

Ça commence à faire pas mal de conséquences négatives pour les galipotes exotiques de nos lointains arrière-arrière-arrière-grands-parents!

L’étude de Vanderbilt n’est pas la première à trouver des liens entre l’ADN néandertalien et des variations dans les risques de problèmes de santé.

En 2014, une autre équipe avait identifié des corrélations entre certaines formes d’ADN néandertalien et le risque de diabète de type 2, de la maladie de Crohn, et même de fertilité réduite.

Et plus tôt cette année, c’étaient les allergies qui étaient associées à des gènes néandertaliens. 

Ça commence à faire pas mal de conséquences négatives pour les galipotes exotiques de nos lointains arrière-arrière-arrière-grands-parents!

Dois-je désespérer?

Pas forcément. Il y a du bon aussi. Par exemple, si vous êtes particulièrement poilu, que vous avez la peau extraordinairement épaisse ou que vos ongles sont forts et cornus grâce à un ancêtre néandertalien, vous avez peut-être moins de chances de mourir de froid en vivant au Québec. 

Plus sérieusement, certains gènes néandertaliens pourraient avoir renforcé notre système immunitaire contre les infections. D’autres pourraient aider notre peau à absorber les rayons ultraviolets pour fabriquer de la vitamine D.

Enfin, si les gènes néandertaliens ont survécu pendant des milliers de générations et se sont répandus à grande échelle, c’est qu’ils ont sûrement d’autres effets bénéfiques que nous n’avons tout simplement pas encore identifiés et que les effets négatifs «subtils mais significatifs» dont parle l’étude ne sont pas si dangereux en fin de compte. Parce qu’un gène ultra-maléfique a tendance à être éliminé rapidement de la population à force de tuer ses porteurs.

Autrement dit : pas de panique. On ne vient pas de nous découvrir un Ebola caché dans nos chromosomes.

Et de toute façon, le jour où l’on pourra échanger 2% de son génome pour des gènes «propres» avec aucune trace de néandertalien sans risquer de se faire pousser des tentacules à des endroits sensibles est encore loin d’être arrivé, alors aussi bien se faire à l’idée!