Edward Snowden fait ses premiers pas dans l’industrie de la musique électronique

Musique

Le lanceur d’alerte Edward Snowden a participé à l’enregistrement de la pièce Exit du producteur français de musique électronique Jean-Michel Jarre.

Vous avez bien lu. L’homme le plus recherché des États-Unis, celui la même qui est responsable pour les révélations du programme de cybersurveillance de masse de la NSA en 2013, se retrouve parmi les collaborateurs du nouvel album de Jean-Michel Jarre, Electronica 2 : The Heart of Noise, qui sera lancé le 6 mai prochain.

Lors d’une entrevue avec le quotidien The Guardian, Jarre a demandé s’il était possible d’être mis en contact avec Snowden. Le reste entrera probablement dans les annales de l’histoire musicale.

Une liste qui inclut notamment les Pet Shop Boys, Gary Numan, Peaches, Sébastien Tellier, Cyndi Lauper, et l’ancien analyste des services de renseignement américain, utilisant comme pseudonyme ses initiales, E.S.

Si en apprenant que Snowden ne chante pas, mais que ce sont plutôt ses phrases qui alimentent la pièce de Jarre, vous croyez sans doute qu’il s’agit simplement d’extraits des nombreuses entrevues et conférences qu’il a réalisées dans le passé. Détrompez-vous.

C’est par l’entremise du quotidien The Guardian que le duo a pris naissance. En effet, dans le cadre d’une entrevue avec le média britannique l’an dernier, Jarre a demandé s’il était possible d’être mis en contact avec Snowden afin d’évaluer la possibilité d’une collaboration. La demande a alors été acheminée à Ben Wisner, l’avocat de Snowden.

«Je n’avais aucune idée qu’il pourrait être intéressé», a déclaré Jarre à propos de son premier échange avec Wisner. «Mais il aimait l’idée, et croyait qu’Edward aimerait être mis en contact avec moi. Je lui ai alors envoyé une démo de la musique, puis j’ai parlé avec Edward sur Skype – une conversation de 90 minutes où je lui ai expliqué ce que je voulais de lui. Nous avons parlé de sa situation, des motifs pour lesquels il a fait ce qu’il a fait, et puis nous avons enregistré sa voix.»

En écoutant la pièce, qui peut déjà être téléchargée sur iTunes ou diffusée par le biais d’Apple Music, il semble que Snowden ne se soit pas déplacé dans un studio d’enregistrement afin de s’exécuter. Manifestement, ça sonne comme une conversation Skype. C’était sans doute l’effet recherché.

«J’ai toujours apprécié la musique électronique», a expliqué Snowden dans une vidéo publiée par The Guardian aujourd’hui. «Les mélodies dont je me souviens le plus affectueusement sont celles de jeux vidéo, où elles étaient générées en 8 bits. Et ce genre de chiptunes a vraiment fait une résurgence dans la culture musicale moderne d’aujourd’hui. À mon avis, ce sont des gens comme Jean-Michel qui ont vraiment popularisé le genre, qui nous a permis de l’apprécier comme étant plus que simplement des sons, plus que simplement une ambiance, mais comme une culture réelle.»

Malheureusement pour les adeptes de 8 bits, Exit est plutôt fidèle à ce que l’industrie musicale produisait lorsque le style musical a connu son apogée dans les années 90.

«Ce n’était certainement pas une chose à laquelle je m’attendais comme ingénieur – quelqu’un qui n’est pas vraiment cool», a-t-il ajouté, en faisant référence à l’intérêt manifesté par Jarre. «C’est un honneur d’être invité à collaborer à un grand projet culturel.»

Jarre a expliqué en entrevue que son intérêt pour Snowden est lié à sa position contre la NSA, lui rappelant sa mère qui a joué un rôle déterminant à ses yeux dans la Résistance française lors de la Seconde Guerre mondiale.

Le thème central de Electronica 2 : The Heart of Noise porte sur la relation ambiguë que nous avons avec la technologie, qui permet à la fois de rapprocher les gens tout en les rendant victimes d’une surveillance en permanence.