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OASIS immersion: pourquoi ce lieu compte dans le paysage culturel montréalais

Culture numérique / Techno / Montréal

Installé au Palais des congrès de Montréal, OASIS immersion n’est pas seulement un lieu où l’on projette de belles images sur de grands murs. À travers ses expositions, ses collaborations et ses ambitions éducatives, l’espace veut devenir un carrefour entre art numérique, expérience collective et culture accessible.

Plus qu’une attraction immersive

Il serait facile de résumer OASIS immersion à une grande salle spectaculaire où les murs, le sol et la lumière avalent les visiteurs. Ce serait aussi passer à côté de l’essentiel.

Depuis son ouverture au Palais des congrès de Montréal, OASIS s’est installé dans un créneau particulier: celui de l’expérience immersive grand public, mais avec une ambition culturelle plus large. L’endroit ne fonctionne pas comme un musée traditionnel, ni comme une salle de spectacle classique, ni comme une simple attraction touristique. Il se situe dans une zone plus hybride, quelque part entre l’art numérique, la scénographie, la médiation culturelle, la technologie et l’événementiel.

Cette position est précisément ce qui rend le lieu intéressant pour Montréal. Dans une ville où les festivals, la création numérique et les industries créatives occupent déjà une place importante, OASIS agit comme une vitrine permanente. Un espace où l’on peut tester des formats, accueillir des publics différents et transformer des sujets parfois complexes en expériences accessibles.

Un lieu né d’une logique de contenu

Dans notre entretien, Denys Lavigne, président et cofondateur d’OASIS immersion, revient sur un parcours qui n’a pas commencé dans les musées, mais dans le marketing de contenu. Avant OASIS, il a travaillé sur des projets où les marques cherchaient à créer une relation avec leur public autrement que par la publicité traditionnelle.

Cette idée reste centrale dans la façon dont il décrit OASIS: créer un rapport avec un auditoire par une expérience qui a une pertinence, plutôt que simplement pousser un message.

C’est une nuance importante. OASIS n’est pas seulement un contenant technologique. Le lieu cherche à mettre la technologie au service d’un sujet, d’un récit ou d’une émotion. L’image seule ne suffit pas. Il faut un angle, une intention, un parcours, une raison de faire entrer le public dans l’expérience.

C’est là que le lieu prend une dimension plus éditoriale. Choisir une exposition immersive, ce n’est pas seulement choisir un thème visuel. C’est décider quel public on veut rejoindre, quelle émotion on veut provoquer, quel niveau d’accessibilité on veut offrir et quel type de mémoire on souhaite laisser au visiteur.

Le défi de parler au grand public sans devenir banal

OASIS doit marcher sur une corde assez fine. D’un côté, le lieu ne peut pas se limiter à un public d’initiés de l’art numérique. De l’autre, il ne peut pas devenir seulement une attraction photogénique pensée pour quelques publications sur les réseaux sociaux.

Denys Lavigne le dit clairement dans l’esprit de son entretien: OASIS n’est pas une galerie d’art numérique de niche. Le lieu vise un public plus large. Familles, touristes, écoles, amateurs de technologie, visiteurs occasionnels, entreprises, créateurs et curieux doivent pouvoir y trouver une porte d’entrée.

C’est ce qui explique la diversité de la programmation. Une exposition comme Le Carnaval des animaux immersif, pensée pour les enfants, n’a pas la même fonction qu’un projet plus contemplatif ou qu’une expérience hybride comme Bodyverse. Mais chaque proposition participe au même objectif: attirer des publics différents et leur donner envie de revenir pour autre chose.

Dans cette logique, OASIS devient presque une gare culturelle. On n’y vient pas toujours pour la même destination. On peut y entrer par la famille, par la science, par la musique, par le tourisme, par l’art ou par la technologie. Le lieu doit ensuite faire circuler ces publics d’un univers à l’autre.

Une mission éducative discrète, mais bien présente

L’un des fils rouges de l’entretien avec Denys Lavigne est l’importance de la dimension éducative. Pas une éducation lourde, scolaire ou descendante, mais une forme d’apprentissage par l’expérience.

C’est particulièrement visible avec Bodyverse, qui transforme l’intérieur du corps humain en territoire à explorer. Le sujet pourrait être traité comme une leçon d’anatomie. OASIS et ses partenaires le transforment plutôt en voyage sensible, où la curiosité précède l’explication.

Cette approche peut être puissante, surtout pour les jeunes publics. Il ne s’agit pas seulement de montrer quelque chose, mais de donner envie d’en savoir plus. Une bonne expérience immersive ne remplace pas un cours, un livre ou un documentaire. Elle peut toutefois ouvrir une porte. Elle peut créer le déclic initial: cette petite étincelle qui donne envie de comprendre.

À Montréal, où les enjeux d’éducation scientifique, de culture numérique et d’accès à la création se croisent de plus en plus, ce rôle n’est pas anodin. OASIS peut servir de passerelle entre le divertissement et la connaissance. Le lieu parle le langage de l’époque: image, mouvement, son, interaction, présence physique. Mais il peut aussi faire glisser ce langage vers des contenus plus riches.

Une plateforme pour les créateurs et les collaborations

OASIS est aussi un outil de production et de collaboration. Dans l’entretien, Denys Lavigne évoque la diversification des activités du lieu: expositions, événements privés, lancements de produits, conférences, contenus spécifiques et projets développés avec des partenaires.

Cette diversification est importante. Elle montre qu’OASIS ne se limite pas à programmer des expériences finies. Le lieu peut aussi devenir un laboratoire pour tester des formats, accueillir des collaborations et créer des contenus adaptés à des contextes particuliers.

Les exemples donnés autour du tourisme, des collaborations internationales et de projets liés à de grandes marques culturelles montrent que l’immersion est devenue un langage exportable. On peut l’utiliser pour raconter une destination, mettre en scène une œuvre, valoriser un patrimoine ou créer un événement ponctuel.

Pour Montréal, c’est une force. La ville possède déjà un écosystème important en arts numériques, en jeux vidéo, en effets visuels et en créativité technologique. OASIS ajoute à cet écosystème un lieu permanent où ces savoir-faire peuvent rencontrer un public réel, dans un cadre physique, au lieu de rester seulement dans les studios, les festivals ou les prototypes.

Une ville qui a besoin de lieux hybrides

Montréal aime se raconter comme une ville créative. Encore faut-il que cette créativité ait des lieux où s’incarner. Les festivals sont essentiels, mais ils sont temporaires. Les musées jouent un rôle majeur, mais ils ne peuvent pas toujours absorber les nouveaux formats. Les studios créent, mais ne sont pas toujours ouverts au public.

OASIS occupe un espace entre ces mondes. C’est un lieu où l’art numérique devient accessible, où la technologie se transforme en expérience collective, où les familles peuvent croiser des créateurs, où les entreprises peuvent tester des récits, et où les écoles peuvent trouver des portes d’entrée vers des sujets scientifiques ou culturels.

Ce n’est pas parfait, et le modèle reste en évolution. Mais c’est précisément ce qui le rend pertinent. OASIS n’est pas un objet figé. Plutot un organisme culturel encore en mouvement, avec ses essais, ses ajustements et sa vision.

Le vrai enjeu: donner du sens à l’immersion

L’immersion est devenue un mot-valise. On l’utilise pour tout. Le danger, c’est que le mot finisse par ne plus rien vouloir dire.

OASIS a donc un défi clair: prouver que l’immersion peut être autre chose qu’un décor spectaculaire. Elle doit servir à créer du lien, à transmettre une idée, à provoquer une émotion ou à ouvrir une curiosité.

C’est là que la vision de Denys Lavigne devient intéressante. Derrière les projecteurs et les murs animés, il y a une réflexion sur la relation avec le public. Pourquoi une personne donne-t-elle une heure de son temps à un lieu? Qu’est-ce qu’elle emporte avec elle en sortant? Une image? Une sensation? Une information? Une envie de comprendre?

Les meilleures expériences immersives ne se contentent pas d’en mettre plein les yeux. Elles laissent une trace. OASIS semble vouloir occuper cet espace: celui du spectacle qui ne renonce pas au sens.

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