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MUTEK / Village Numérique 2026 : une vingtaine d’installations gratuites illuminent Montréal

Du 20 août au 3 septembre, le Village Numérique de MUTEK et XN Québec transforme le Quartier des spectacles en vaste terrain d’expérimentation. Nous avons parcouru ses installations à la veille de l’ouverture, entre sculptures lumineuses, images interactives et œuvres qui réagissent aux gestes, aux sons et aux déplacements du public.

L’Agora, un vaisseau de lumière

À l’intérieur de l’Agora du Cœur des sciences de l’UQAM, le changement d’atmosphère est immédiat. Dans la pénombre, les sons ambiants donnent l’impression de pénétrer dans une chambre particulière d’un vaisseau extraterrestre. Les structures lumineuses surgissent progressivement, comme si l’espace s’éveillait autour de nous.

La première à retenir l’attention est UNFOLD, de l’artiste montréalaise Myriam Bleau. Suspendu dans les airs, un ruban de DEL d’une douzaine de mètres se replie sur lui-même en une sculpture monumentale. Les animations circulent sur sa surface, disparaissent derrière une courbe, puis réapparaissent ailleurs.

Détail du ruban de DEL de l’installation UNFOLD à Montréal.
Les animations lumineuses circulent sur la structure courbée d’UNFOLD.

Inspirée notamment par la dualité onde-particule et l’intrication quantique, l’œuvre évoque une matière impossible à fixer. Elle semble changer de forme selon notre position et le mouvement de la lumière.

Un peu plus loin, Perspectives, du studio Après Minuit, prend l’apparence d’un immense champignon lumineux ou d’une étrange bobine de Tesla sortie d’un laboratoire de science-fiction. Le dispositif repose sur la projection anamorphique. Les images se déploient sous une grande surface circulaire et se recomposent dans une colonne réfléchissante placée en son centre.

Les couleurs liquides, accompagnées d’une trame sonore composée à partir de voix humaines, brouillent les repères entre la surface réelle et son reflet.

L’Agora accueille également un étonnant dispositif aquatique. Un mince filet d’eau tombe du plafond dans un bassin noir, tandis qu’un microphone invite les visiteurs à expérimenter. Les sons produits modifient les vibrations visibles sur le filet d’eau qui s’écoule.

Les tonalités longues et régulières donnent des résultats particulièrement lisibles. La voix parlée, plus complexe et irrégulière, provoque des réactions moins prévisibles. L’expérience demeure simple, mais immédiatement accessible et plutôt fascinante à tester.

Les sons captés par un microphone modifient les vibrations visibles à de l’eau qui s’écoule.

Le public devient l’interface

Avec Composition, de Vincent Morisset, Caroline Robert, Édouard Lanctôt-Benoit et Vlooper, le public passe de la contemplation à la création. Produite par AATOAA et PHI Studio, l’installation prend la forme d’une grande table couverte de petits cubes illustrés.

Un système de détection observe leur position, leur hauteur et leurs regroupements afin de transformer chaque configuration en variations musicales et visuelles. Il existe déjà une base rythmique, mais chaque déplacement fait apparaître de nouvelles mélodies.

En empilant les cubes ou en les rapprochant, plusieurs personnes peuvent ainsi construire ensemble une composition éphémère. L’œuvre fonctionne autant comme instrument collectif que comme jeu de construction audiovisuel.

À l’extérieur, les écrans monumentaux changent d’échelle. Twenty Twenty-Five, de Daniel Iregui, utilise une caméra pour intégrer la silhouette du visiteur à une mosaïque mouvante.

De loin, on se reconnaît dans cette sorte de miroir numérique traversé de bruit et de fragments.

L’œuvre transforme donc un jeu de reconnaissance, presque ludique au premier contact, en confrontation avec les images de conflits contemporains. Nous nous sommes prêtés au dispositif en multipliant les gestes devant l’écran. Les fragments du visage, des yeux et du corps demeurent un moment dans cette grande matrice visuelle, avant de se fondre dans la mémoire collective construite par l’œuvre.

Twenty Twenty-Five transforme les silhouettes du public en mosaïque numérique.

Un dialogue entre les cultures, à découvrir le soir

Autre arrêt marquant : Pidikwe, de Caroline Monnet. Présentée sur trois écrans, l’installation fait circuler un groupe de danseuses d’une image à l’autre.

L’artiste d’ascendance anishinaabe et française y rapproche les mouvements de danses autochtones de l’énergie du Charleston et des années folles. Les robes inspirées des années 1920, revisitées par les motifs et le perlage, renforcent ce croisement entre les époques et les cultures.

La chorégraphie de Clara Furey et la musique de Guillaume Van Roberge donnent à l’ensemble un caractère à la fois cérémoniel, historique et légèrement spatial. Les corps apparaissent, disparaissent et se répondent entre les écrans, comme s’ils traversaient les frontières du dispositif.

Pidikwe, de Caroline Monnet, rapproche danses autochtones et mouvements des années 1920.

Ces quelques œuvres ne représentent qu’une partie du parcours. Le Village Numérique rassemble une vingtaine d’installations dans plusieurs espaces du Quartier des spectacles, de l’Agora de l’UQAM à la Place des Arts, en passant par le Parterre, la Place de la Paix et l’Esplanade Tranquille.

Même si certaines créations demeurent visibles le jour, le meilleur moment pour les découvrir reste sans doute la soirée. À la tombée de la nuit, les couleurs gagnent en intensité, les projections se détachent de l’architecture et le centre-ville prend véritablement l’apparence d’un laboratoire numérique à ciel ouvert.

Le Village Numérique est présenté gratuitement du 20 août au 3 septembre 2026. La majorité des installations sont accessibles tous les soirs de 18 h à 23 h, avec quelques variations selon les emplacements. La programmation régulière de MUTEK Montréal se déroulera quant à elle du 25 au 30 août.

Village Numérique 2026

Du 20 août au 3 septembre
Quartier des spectacles, Montréal
Accès gratuit
Site officiel du Village Numérique

Le public devient partie intégrante du dispositif Twenty Twenty-Five de Ghazal Majidi.
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