La robotique vie une transformation fulgurante ces jours-ci, et c’est l’entreprise chinoise Unitree qui semble s’imposer comme le premier géant du secteur.
Une analyse de la firme américaine SemiAnalysis illustre cette domination à venir. La jeune compagnie applique une stratégie de croissance calquée sur les succès de BYD dans l’automobile et de DJI dans les drones. Cette approche agressive redéfinit les rapports de force entre l’industrie technologique chinoise et l’industrie occidentale.
D’ailleurs, BYD et DJI sont bannis aux États-Unis. On avance des raisons de sécurité nationale, mais la menace économique n’est pas loin derrière.
Unitree franchit ces jours-ci un jalon commercial historique, avec 10 000 exemplaires de ses robots livrés à travers le monde. Son modèle humanoïde Unitree G1 illustre parfaitement cette offensive. La machine se vend environ 27 000 dollars US. Certains acheteurs obtiennent des prix sous la barre des 20 000 dollars pour les grosses commandes. En comparaison, les produits occidentaux équivalents coûtent souvent plus de 100 000 $US.
La rentabilité financière de la firme surprend forcément les analystes, mais les coûts des composants de base du G1 s’élèvent à 9 000 dollars. L’entreprise dégage une marge brute de 67 pour cent. Ses revenus reflètent cette situation et son chiffre d’affaires est passé de 122 millions de yuans en 2022 (25 M$) à 1,16 milliard de yuans (240M$) pour les neuf premiers mois de 2025.
Le secret d’Unitree repose sur son intégration verticale. Les actionneurs et les moteurs représentent entre 50 et 70 pour cent du coût total d’un robot. Le fabricant produit cette pièce maîtresse et conçoit ses propres moteurs électriques, ses réducteurs planétaires, ses lidars et ses caméras. Ses moteurs maison coûtent entre 30 et 40 pour cent du prix des pièces occidentales. L’entreprise profite des chaînes d’approvisionnement matures des voitures électriques et des drones présentes en Chine. Ses ingénieurs ont choisi très tôt la technologie des moteurs à entraînement quasi direct, ce qui lui procure un immense avantage de poids et de coût.
Cette méthode rappelle l’ascension du fabricant de drones DJI il y a une douzaine d’années. DJI avait lancé un produit imparfait et bon marché pour créer son propre marché. Elle a ensuite amélioré ses modèles de façon constante pour éliminer ses rivaux. Unitree suit exactement cette trajectoire. Il a débuté avec des robots quadrupèdes pour les laboratoires de recherche. Il transfère aujourd’hui toute cette expérience accumulée vers sa gamme de robots humanoïdes.
Unitree ne limite pas ses ambitions au seul modèle G1. Ses équipes travaillent déjà sur trois nouveaux robots humanoïdes. Le constructeur prépare une version pour les travaux industriels lourds, une pour les services de santé et une pour les milieux extrêmes. Cette cadence de création confirme la vitesse d’itération unique de ses ingénieurs.
Cette avance industrielle pose un défi immense pour la concurrence. Tesla et Hyundai (Boston Dynamics) publient de belles vidéos sur internet, mais aucune de ces marques ne produit des robots à grande échelle pour le public. L’Ouest conserve une avance dans les logiciels d’intelligence artificielle. La Chine contrôle la fabrication des machines. Les start-ups américaines dépendent d’ailleurs fortement des composants matériels chinois pour assembler leurs propres prototypes. La Chine se positionne au centre de la révolution de l’IA matérielle maintenant que Unitree promet une accélération sans précédent des technologies robotiques pour les prochaines années.
