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Fuites de la NSA : le gouvernement est-il seul à surveiller?

Par Benoît Gagnon – le dans Actualités
Les dernières semaines ont été marquées par la sortie bruyante d’un ancien membre de la National Security Agency (NSA) sur les pratiques de l’agence.

Edward Snowden, ancien analyste informatique ayant travaillé pour l’agence, a décidé de jouer au «wisthleblower» et a fait couler bon nombre de documents sur les pratiques de la NSA.

Qu’est-ce qu’on apprend dans ces documents?

En vérité, pour la personne moindrement intéressée par les questions de sécurité et de technologies, bien peu de choses. En gros, différents programmes gouvernementaux sont en place et permettent notamment à la NSA de recueillir, à la source, un nombre incalculable de données sur des citoyens américains et sur des non-Américains.

Rapidement, cela a soulevé l’ire d’un bon nombre de citoyens et de groupes de défense de la vie privée. Les programmes de surveillance ont été qualifiés d’exagérés et d’intrusifs. Les plus grands reproches touchent au fait que les grandes compagnies informatiques se voient obligées de fournir de données au gouvernement pour l’appuyer dans ses programmes de surveillance.

Éléments importants à considérer

Dans tout ce débat, deux éléments sont importants à considérer. Le premier est que les services de renseignement oeuvrent généralement dans un cadre légal bien défini – je dis généralement, car l’histoire nous démontre qu’il y a des exceptions. C’est donc à dire que les agences de renseignement vont faire leur travail avec les cadres juridiques et administratifs qui les chapeautent.

Or, rappelons-nous que les lois votées dans la foulée des événements du 11 septembre 2001, notamment le Patriot Act, ont grandement favorisé le comportement que l’on reproche actuellement à la NSA.

Or, rappelons-nous que les lois votées dans la foulée des événements du 11 septembre 2001, notamment le Patriot Act, ont grandement favorisé le comportement que l’on reproche actuellement à la NSA. De manière globale, on peut dire que le gouvernement des États-Unis s’est doté d’un cadre législatif ouvrant la voie à une démarche privilégiant la sécurité sur la protection de la vie privée. Il n’est donc pas surprenant de constater qu’aujourd’hui, plus d’une décennie après la mise en place de ce cadre juridique, des agences gouvernementales profitent de ces lois pour élaborer des programmes de surveillance considérés, par plusieurs, comme exagérés.

Deuxième élément à considérer : la question globale de la surveillance électronique soulève aussi des questions importantes par rapport au comportement des citoyens face à leurs données personnelles. En effet, si plusieurs voient la cueillette et la manipulation d’informations personnelles par le gouvernement comme étant un risque pour la vie privée, il est étonnant de constater que bon nombre d’individus n’hésitent pas du tout à fournir des informations personnelles importantes à des entreprises prêtes à fournir des services relativement triviaux – pensons à Facebook par exemple.

Pourtant, les règles entourant la manipulation des données sont généralement beaucoup plus strictes pour les gouvernements que pour les entreprises publiques quand vient le temps de discuter de la protection de la vie privée des gens. Elles ont à tous le moins l’avantage d’être généralement mieux définies que ce qui se fait dans le secteur privé.

Le rêve des agences gouvernementales

Dans les faits, les agences gouvernementales de renseignement rêveraient sûrement de pouvoir mettre la main sur la somme colossale d’information dont dispose Facebook par exemple. Elles seraient probablement aussi très heureuses de bénéficier des largesses dont peut jouir la compagnie en matière de manipulation et d’analyse des données. Il n’est donc pas étonnant que des agences comme la NSA tentent de fonctionner avec des géants de services en ligne pour obtenir leurs données : ils peuvent recueillir des données beaucoup plus aisément que le gouvernement américain.

Au final, ceux qui craignent l’apparition d’un «Big Brother» gouvernemental devraient peut-être se poser la question à savoir si nous ne sommes pas plus devant une situation où une multitude de «Medium Brothers» se côtoie et fonctionnent sans cadre normatif solide. Et, ce sont ces mêmes «Medium Brothers» qui fournissent les informations demandées par les gouvernements. Bref, quand nous fournissons des données personnelles à des services en ligne, il est fort probablement que nous alimentions une machine à surveiller qui, à la base, n’est pas étatique.

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Benoît Gagnon

Benoît Gagnon est directeur, cybersurveillance et sécurité de l’information pour le Corps canadien des Commissionnaires du Québec et ancien membre des services de renseignement criminels. Il est également membre de Crypto.Québec. Il a prononcé plus de 150 conférences liées à la sécurité et est souvent appelé à commenter l’actualité de sécurité dans les médias.