YouTube a désactivé la monétisation de milliers de vidéos sans en avertir leurs créateurs

Censure sur YouTube?

Exclusif

Un ménage sévit actuellement sur YouTube, avec comme conséquence d’importantes pertes de revenus pour les utilisateurs qui nourrissent son catalogue.

Avant de publier quoi que ce soit sur YouTube, un créateur de contenus se doit de respecter certaines règles.

On y retrouve d’abord le Règlement de la communauté imposé par l’entreprise, soit essentiellement les conditions à respecter pour qu’une vidéo puisse paraître sur sa plateforme. Par cette politique, YouTube se réserve le droit de bloquer les contenus jugés inappropriés : dans lesquels on retrouve de l’intimidation, de la nudité, de la violence, ou qui propage des discours de haine.

La sévérité avec laquelle YouTube appliquait ses règles a drastiquement changé, aux dires de plusieurs créateurs qui en ont subi les conséquences.

Viennent ensuite les Consignes relatives aux contenus adaptés aux annonceurs, les règles à respecter pour un créateur qui souhaite activer la monétisation sur ses vidéos, ne serait-ce que pour arrondir ses fins de mois, voire espérer, un jour, rentabiliser ses activités.

Cette semaine, la sévérité avec laquelle YouTube appliquait ces règles a drastiquement changé, aux dires de plusieurs créateurs qui en ont subi les conséquences. YouTube a ainsi retiré rétroactivement la possibilité pour certaines vidéos d’être monétisables.

Alors que la plateforme était plus permissive quant à la nature des sujets traités et du langage utilisé, sa position à l’égard de ces contenus «offensants» est désormais beaucoup plus sensible.

Trop sensible? C’est du moins la position du vlogueur américain Philip DeFranco, qui y produit une revue de l’actualité au quotidien en empruntant un ton très familier, parfois grossier. Lui qui avait l’habitude d’appeler affectueusement son auditoire my beautiful bastards (mes jolis bâtards, eh oui, ça sonne mieux en anglais), il croit maintenant qu’il devra changer de formulation.

«Apparemment, [vous appeler ainsi] et plusieurs autres trucs que je fais ne font pas “l’affaire des annonceurs”», a-t-il expliqué dans sa vidéo publiée ce mercredi. «J’ai entendu des rumeurs à ce sujet, j’ai entendu quelques YouTuber en parler, mais nous avons personnellement eu à composer avec ce fait hier. La vidéo diffusée hier, et très probablement plusieurs vidéos dans un proche avenir ne pourront être monétisées ici sur YouTube.»

«Sur la base de cette mise à jour, il semble que ce soit parce que j’ai employé ce qu’ils qualifient de “langage excessif”. Et ils expliquent que la raison pour laquelle [ils ont retiré la monétisation] est qu’ils ne font que suivre leurs conditions d’utilisation. YouTube se réserve le droit de désactiver la monétisation si une vidéo ne respecte pas ses lignes directrices. Ce qui semble être le cas de ma vulgaire et horrible sale gueule.»

Il poursuit en précisant qu’il aime YouTube, et comprend la position de l’entreprise, mais qu’il est néanmoins contrarié par la situation, qui s’apparente à une forme de censure. Car ce n’est pas tant la façon de rapporter la nouvelle qui semble avoir été problématique, mais plutôt la nouvelle en soi. Si YouTube nuit aux activités de chaînes dont le mandat est d’informer leur auditoire des événements de l’actualité, y compris des incidents moins glorieux ou des tragédies, cette pression est susceptible de compromettre la neutralité de l’entreprise face à son catalogue de contenus.

Devant cette application plus stricte par YouTube de ses règles à l’égard de ses annonceurs, plusieurs créateurs de contenu ont partagé leur incompréhension sur Twitter. C’est notamment le cas de la vlogueuse Laurine Sassano, qui a réagi au tweet de Luke Cutforth. Ce dernier a partagé en janvier 2014 une vidéo sur sa propre dépression, et cette vidéo s’est récemment vue retirer sa monétisation précisément parce que la nature du sujet est jugée incompatible avec les annonceurs de YouTube.

Il s’agit ici d’un excellent exemple de l’impact négatif que peut prendre l’intransigeance de YouTube. Car si les personnes ayant eu à composer avec des moments difficiles sont découragées de partager leur tranche de vie, qui aurait le potentiel d’aider les membres de leurs auditoires qui composent avec une situation similaire, ce genre de contenu est nécessairement voué à disparaître.

À noter que YouTube ne s’est toujours pas prononcé sur la situation, et que rien n’est mentionné à ce sujet sur son blogue au moment d’écrire ces lignes.

La réaction de YouTube

En vérifiant si YouTube avait mentionné quoi que ce soit concernant cette affaire, nous avons omis de vérifier si un tweet à ce propos avait été partagé par l’entreprise. En effet, le compte officiel de l’équipe de YouTube a réagi à la question de Philip DeFranco :

«Aucun changement de politique ici; le processus de notification a simplement été amélioré pour assurer aux créateurs qu’ils peuvent faire appel de la décision.»

Ce n’est toutefois pas un aveu d’une application plus stricte de sa politique. Parions toutefois que l’entreprise passera en mode gestion de crise d’ici peu, certainement par le biais de l’un de ses deux blogues.

  • Jean-François Fortin

    Bâtir sa business sur un réseau social est l’équivalent de jouer à la roulette russe. Un autre triste rappel…

    • madlogik

      J’veux bien, mais c’est l’équivalent que si votre entreprise actuel change son code vestimentaire, vous faites votre journée au complet, mais en sortant on vous annonce que vous ne serez pas payé car votre tenue n’est pas selon les règles, qui ont changé pendant votre journée de travail…. Je trouve ca très « cheap shot » de la part de YouTube.
      Si on veut le faire, ok, mais que cela soit fait à partir de cette date, et non rétroactivement sur le contenu déjà publié!

    • Jean-Francois Fiset

      Je suis d’accord avec madlogik, mais le réel danger dans tout ça, c’est la censure.

      • Marc-Antoine Chabot

        Les vidéos ne sont pas bloqués.. Juste plus subventionnés par les annonceurs. ¯_(ツ)_/¯
        Les annonces pop-up ont fait leur temps (0.00003 cents le click, abusé par des auto clickers et affichages intempestifs).. Et maintenant au tour des millionnaires vloggeurs. (entre 1.50$ et 4.00$ par 1000 views.) Abusé par, euh, des barbus qui jouent à des jeux et crient des insultes, avec des cameo shots de leur blonde super hot pour attirer plus de views. ;)

        • Jean-Francois Fiset

          Avez-vous lu l’article? Il n’est aucunement question de vidéos bloquées et je n’ai rien dit de la sorte non plus.

          Bien que certains Youtubeurs correspondent à la description que vous donnez, il ne faudrait quand même pas généraliser. Je vais prendre l’exemple de Markiplier, l’un des Youtubeurs les plus populaires du réseau. Celui-ci joue souvent à des jeux d’horreur et se retrouve dans des situations où il crie et/ou fait des niaiseries. Peu importe l’opinion que l’on peut avoir par rapport à son comportement, son audience aime ça et il ne fait de mal à personne. Bref, parmi toutes les niaiseries se cache du contenu constructif. Il fait souvent des commentaires sur l’art, les design, le gameplay, etc. Bref, une sorte de critique du jeu.

          Ce n’est bien sûr qu’un exemple. On peut aussi trouver des vidéos d’actualité, des tutoriels, des témoignages, des documentaires, etc. Le fait d’enlever la monétisation de façon aussi sévère aura un effet dissuasif pour certains Youtubeurs de publier du contenu intéressant de peur de perdre leur gagne-pain.

          • Marc-Antoine Chabot

            >mais le réel danger dans tout ça, c’est la censure.

            Je maintiens qu’il n’y a pas de censure. Pas qu’il n’y ait pas de danger.

        • http://www.plannedallalong.blogspot.com Nicolas

          Effectivement, les vidéos ne sont pas bloquées. Mais des milliers d’utilisateurs doivent dire adieu à quelconque argent ils espéraient recevoir normalement, et qu’ils n’ont plus soit parce que leur vidéo a un ou deux gros mots de trop, ou traite d’un sujet sévère comme la dépression ou le racisme.

  • Sv Bell

    Le monde a tellement de misère à comprendre ça. Tu ne bâti pas ta maison sur le terrain d’un autre, c’est aussi simple que ça.

    • https://branchez-vous.com/ Laurent LaSalle

      Sauf que si on y va avec cet exemple, en choisissant son terrain, on choisit sa ville, et l’endroit où un gouvernement municipal, provincial, fédéral, pourquoi choisir d’augmenter les impôts pour une raison X ou Y. Idem lorsqu’on devient l’employé d’une entreprise, qui est susceptible de fermer ses portes un jour ou l’autre. C’est pareil en affaires lorsque vient le moment de conclure des partenariats.

      Entre choisir de produire de la vidéo sur YouTube et partir son propre site hébergeant de la vidéo, il y a un monde de différence : YouTube apporte avec lui son important bassin d’utilisateurs, et c’est la force de son réseau qui permet aux créateurs de contenu de voir sa communauté de fans grandir beaucoup plus rapidement.

      La solution n’est jamais aussi simple. Mais devant ce risque omniprésent, le mieux est sans doute de ne pas mettre tous ces œufs dans le même panier. ;)

  • ELIE

    sais pas de l’auto censure non ?

    • Jean-Francois Fiset

      À mon avis, on pourrait appeler ça de l’auto-censure forcée. C’est un peu comme si Youtube disait aux Youtubeurs : « si vous enregistrez une vidéo sur tel sujet, vous pourrez la publier ici, mais vous ne pourrez pas la monétiser ».

    • https://branchez-vous.com/ Laurent LaSalle

      Pas tout à fait. Il y a quand même un tiers qui exerce une pression visant à décourager quelqu’un de parler d’un sujet X ou Y.

  • Moi Même

    La censure épargne les corbeaux et tourmente les colombes.

    Dat veniam corvis, vexat censura columbas »

    Juvénal

  • Badboy16

    C’est compréhensible et c’est pas vraiment de la censure c’est juste que YouTube ne va pas te donner du fric si tu publie de la merde :)

    • http://www.guillaumehamel.com Guillaume Hamel

      Ce n’est pas juste une question de merde. Y a des vidéos de YouTubeur établis qui traitaient de sujet super sérieux – par exemple de dépression – mais vu que c’était pas « hop la vie » ou que certains mots-clés mal-aimés sont détectés par la « machine YouTube », la monétisation est retirée.

      • https://branchez-vous.com/ Laurent LaSalle

        Oui, bon. Merci de répondre au commentaire de quelqu’un qui ne s’est même pas donné la peine de lire l’article. ;)

  • https://branchez-vous.com/ Laurent LaSalle

    Je ne suis pas d’accord. Soit, cette politique était déjà en place, comme je l’ai d’ailleurs mentionné. Et si les célébrités de YouTube ont souvent eu tendance à crier au loup alors qu’il n’y avait rien, il m’apparaît évident ici qu’il n’y a pas de fumée sans feu.

    Je demeure convaincu que YouTube a simplement ajusté son algorithme de détection, voire peut-être une autre fonction qui a provoqué cette soudaine sévérité dans l’application de sa politique. Par exemple, si son système de reconnaissance de la voix pour générer les sous-titres a été amélioré (le genre de chose qui peut tout à fait être implantée sans tambour ni trompette), et que YouTube est maintenant en mesure de détecter une plus grande variété de mots grossiers, ça pourrait tout aussi bien avoir eu un impact sur son filtre.

    Mais oui, je n’imagine pas qu’il s’agit d’une conspiration ici. Cependant, j’ai franchement hâte que YouTube se penche réellement sur la situation et de voir un article expliquant en long et en large ce qui se passe apparaisse sur l’un de ses blogues.

    • http://www.guillaumehamel.com Guillaume Hamel

      On se rejoint sur le point que YT (et autres entreprises du web moderne) gagnerait à être plus proactive et transparente dans ses communications… c’est pas le budget qui leur manque et c’est la moindre des choses de donner un « heads up ».

      De plus, en discutant avec Bruno Guglielminetti sur Twitter à ce sujet, il me disait que selon ses sources/informations chez YouTube, il y aurait eu une pression accrues des annonceurs récemments (plus que par le passé) et ce serait ce qui aurait provoqué l’amélioration du système de communications.

      Pour finir, je suis conscient de l’immensité des ressources que cela nécessiterait, mais YT gagnerait à être plus « humain ». On a qu’à penser au cas de Denis Talbot avec sa chaine (et tant d’autres youtubbeur) face aux fameux copyright strikes. Le processus est tellement automatisé et déshumanisé que ça peut rapidement devenir frustrant pour un créateur de contenu.

  • François Bélanger

    Le problème est plus étendu. « The Orchard » par exemple porte plainte contre des usagers pour violation de droit d’auteur sur le MAUVAIS TITRE d’une musique dans une vidéo. Musique qui est en réalité soit libre de droit ou le producteur de contenu à les droits nécessaire. Le processus pour faire retirer la plainte est lent, demande trop de renseignement à communiquer au plaideur vexatoire et aucune méthode pour demander la fermeture du compte de celui-ci pour « harassement »… La question de la censure et de la lutte contre la violation de droit d’auteur est réellement rendu n’importe quoi.