Le gouvernement fédéral vient de changer le ton dans le dossier du streaming au Canada. Moins de deux semaines après une décision importante du CRTC, Ottawa demande au régulateur de revoir ses nouvelles règles visant les grands services de diffusion en ligne.
Le 21 mai 2026, le CRTC avait annoncé que les grands radiodiffuseurs en ligne devraient contribuer à hauteur de 15 % de leurs revenus canadiens pour soutenir le contenu canadien et autochtone. Cette contribution incluait déjà la contribution de base de 5 % instaurée précédemment. Le seuil visait les entreprises générant plus de 25 millions de dollars par année en revenus de radiodiffusion au Canada.
Sur papier, l’objectif était clair : moderniser le système, faire contribuer les plateformes numériques et assurer un financement plus stable pour les productions canadiennes, francophones, autochtones et les nouvelles locales.
Mais Ottawa vient de mettre le pied sur le frein.
Le coût de la culture devient un enjeu de portefeuille
Le gouvernement canadien affirme maintenant que ces nouvelles obligations pourraient imposer des coûts supplémentaires aux entreprises de streaming, coûts qui pourraient ensuite être refilés aux consommateurs sous forme de hausses d’abonnement. Dans son communiqué du 3 juin 2026, Patrimoine canadien explique que ce n’est pas le moment de rendre la culture et le divertissement plus coûteux, alors que les ménages subissent déjà la pression du coût de la vie.
Le changement est important. Le débat ne porte plus seulement sur la protection de la culture canadienne. Il touche maintenant directement la facture mensuelle des Canadiens.
Netflix, Disney+, Prime Video, Apple TV+ et les autres plateformes sont devenues des services presque ordinaires dans plusieurs foyers. Ce qui ressemblait autrefois à un simple débat réglementaire se transforme donc en question très concrète : si les plateformes paient plus, est-ce que les abonnés paieront plus aussi ?
Ottawa sort le chéquier
Pour éviter que le financement du contenu canadien repose uniquement sur les plateformes, le gouvernement annonce plutôt des investissements fédéraux de 600 millions de dollars par année. Cette somme doit soutenir les secteurs audio et audiovisuel du Canada, tout en maintenant le contenu canadien accessible et abordable.
Ottawa affirme aussi vouloir élaborer de nouvelles orientations politiques pour ajuster la mise en œuvre de la Loi sur la diffusion continue en ligne. Les objectifs annoncés sont assez révélateurs : garder les services de streaming abordables, protéger le choix des consommateurs, offrir plus de flexibilité aux plateformes et aux diffuseurs, tout en continuant de soutenir les histoires canadiennes, les nouvelles locales, le contenu francophone, les récits autochtones et des services comme CPAC, APTN et TV5/Unis.
Autrement dit, le gouvernement ne dit pas que le contenu canadien doit être moins financé. Il dit plutôt que la mécanique choisie par le CRTC pourrait être trop risquée pour les abonnés.

Le CRTC voulait rééquilibrer le système
La décision initiale du CRTC s’inscrivait dans une logique de rééquilibrage. Les radiodiffuseurs traditionnels devaient contribuer 25 % de leurs revenus annuels au contenu canadien et autochtone, alors que les grands services en ligne devaient contribuer 15 %. Le CRTC estimait que l’ensemble du cadre pourrait stabiliser plus de 2 milliards de dollars de soutien au contenu canadien et autochtone.
Le régulateur voulait aussi renforcer la découvrabilité, c’est-à-dire faire en sorte que les contenus canadiens et autochtones soient non seulement disponibles, mais aussi plus visibles sur les plateformes utilisées par le public.
C’est un enjeu souvent oublié. Produire du contenu canadien ne suffit pas si personne ne le voit apparaître dans les recommandations. Dans l’univers du streaming, l’algorithme est devenu une sorte de programmateur invisible.
La vraie question : qui paie pour la culture à l’ère numérique ?
Ce dossier révèle une tension plus profonde. Pendant des décennies, le Canada a financé sa culture en imposant certaines obligations aux diffuseurs traditionnels. Mais les habitudes ont changé. Une grande partie du public regarde maintenant ses séries, documentaires et films sur des plateformes mondiales qui ne fonctionnent pas comme les chaînes de télévision classiques.
Le CRTC veut adapter le modèle. Ottawa veut éviter une hausse de prix. Les plateformes veulent conserver leur marge de manœuvre. Les producteurs veulent un financement stable. Les consommateurs, eux, veulent surtout éviter que leur facture grimpe encore.
C’est un casse-tête typiquement numérique.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La prochaine étape sera la nouvelle orientation politique qu’Ottawa donnera au CRTC. Le gouvernement ne semble pas vouloir abandonner la Loi sur la diffusion continue en ligne, mais plutôt ajuster son application.
La question sera donc de savoir jusqu’où le CRTC devra revoir ses exigences. Les plateformes devront-elles toujours contribuer directement ? Le taux de 15 % sera-t-il réduit ? Le financement public remplacera-t-il une partie des obligations privées ? Et surtout, les consommateurs verront-ils une différence sur leurs abonnements ?
Pour l’instant, une chose est claire : le débat sur le streaming ne se joue plus seulement dans les bureaux du CRTC ou dans les studios de production. Il se joue aussi dans le budget mensuel des familles.
La culture canadienne veut rester visible. Les consommateurs veulent garder leurs abonnements abordables. Entre les deux, Ottawa tente de recoller les câbles avant que la facture ne clignote rouge.


