Un sondage commandé par l’Institut Fraser révèle qu’une majorité d’enseignants canadiens disent ne pas avoir reçu de formation pour détecter ou encadrer l’usage de l’intelligence artificielle par les élèves.
L’intelligence artificielle est arrivée dans les écoles comme une porte qui s’ouvre toute seule : rapidement, sans bruit, et sans que tout le monde ait eu le temps de comprendre ce qui venait d’entrer.
Selon un sondage commandé par l’Institut Fraser, près des deux tiers des enseignants canadiens de la 6e à la 12e année disent ne pas avoir reçu de formation ou d’outils pour identifier l’usage de l’IA par les élèves dans leurs travaux.
Le chiffre principal est parlant : 64,7 % des enseignants sondés affirment ne pas avoir été formés pour repérer l’utilisation de l’intelligence artificielle par leurs élèves. Dans un contexte où des outils comme ChatGPT, Gemini ou Copilot peuvent générer des textes, résumer des documents, corriger des phrases ou proposer des plans de rédaction, cette absence de repères crée un vrai malaise dans les classes.
Des élèves équipés, des écoles pas toujours prêtes
Le problème ne se limite pas à la détection de la tricherie. Le même sondage indique que 63,6 % des enseignants sondés disent ne pas avoir reçu de formation pour apprendre aux élèves à utiliser l’IA de manière raisonnable.
Autrement dit, plusieurs enseignants doivent composer avec des outils déjà utilisés par les élèves, mais sans consignes claires pour expliquer ce qui est acceptable, ce qui ne l’est pas, et comment intégrer l’IA dans un apprentissage réel.
L’enjeu est important, car l’IA peut être utile lorsqu’elle sert à expliquer une notion, structurer une idée ou aider un élève à mieux comprendre un texte. Mais elle peut aussi court-circuiter une partie du travail intellectuel que l’école cherche justement à développer : réfléchir, écrire, douter, vérifier, reformuler et construire une pensée personnelle.

Peu de politiques claires dans les écoles
Le sondage montre aussi que les politiques scolaires restent inégales. Seulement 42,3 % des enseignants sondés disent que leur école possède une politique sur l’utilisation de l’IA par les élèves.
La proportion est encore plus basse lorsqu’il est question du personnel enseignant. Selon le sondage, seulement 34,8 % des enseignants disent que leur école a une politique encadrant l’usage de l’IA par les professeurs eux-mêmes.
Cela crée une zone grise. Un élève peut-il utiliser l’IA pour corriger un texte? Pour générer un plan? Pour reformuler une réponse? Pour produire une première version complète? Et du côté des professeurs, peut-on s’en servir pour préparer des exercices, corriger plus vite ou adapter du matériel pédagogique?
Sans cadre clair, chaque classe risque de devenir son propre petit laboratoire, avec des règles différentes d’un enseignant à l’autre.
Le Québec ressort particulièrement bas
Le Québec se démarque dans le sondage, mais pas nécessairement pour les bonnes raisons.
Selon les résultats présentés, seulement 16,5 % des enseignants québécois sondés disent avoir reçu une formation pour enseigner aux élèves comment utiliser l’IA raisonnablement. Pour la formation ou les outils permettant d’identifier l’usage de l’IA par les élèves, la proportion grimpe à seulement 20,4 %.
Ces chiffres suggèrent que le Québec pourrait avoir un retard à combler dans l’accompagnement des enseignants face à l’IA générative. Et ce retard ne concerne pas seulement la technologie. Il touche directement l’évaluation, la pédagogie, l’équité entre élèves et la confiance dans les travaux remis.

Interdire l’IA ne règle pas tout
La tentation peut être forte de répondre simplement : interdire ChatGPT et les autres outils du genre à l’école. Mais dans les faits, cette approche risque d’être difficile à appliquer.
Les élèves peuvent utiliser l’IA à la maison, sur leur téléphone, sur un ordinateur familial ou à travers des outils intégrés à des logiciels déjà courants. Même les moteurs de recherche et les suites bureautiques ajoutent progressivement des fonctions d’IA.
Le vrai défi n’est donc pas seulement de savoir comment bloquer l’IA, mais comment apprendre aux élèves à s’en servir sans remplacer leur propre raisonnement.
Comme pour la calculatrice, Internet ou Wikipédia avant elle, l’IA oblige l’école à redéfinir ce qu’elle veut évaluer. Est-ce le résultat final? Le processus? La capacité à expliquer son raisonnement? La qualité des sources? La pensée critique?
Former les enseignants devient urgent
Le sondage met surtout en lumière une réalité simple : les enseignants ne peuvent pas être laissés seuls face à cette transformation.
Pour que l’IA devienne un outil pédagogique plutôt qu’un simple raccourci pour contourner les devoirs, les écoles auront besoin de politiques claires, de formations concrètes et de ressources adaptées à l’âge des élèves.
Il faudra aussi éviter deux pièges : traiter toute utilisation de l’IA comme de la tricherie, ou au contraire l’adopter sans encadrement au nom de l’innovation.
Le sondage a été réalisé par Léger auprès de 756 enseignants canadiens de la 6e à la 12e année, entre le 28 novembre 2025 et le 19 janvier 2026, pour l’Institut Fraser.



