La bague connectée CHARM pourrait faire entrer les objets portables dans une nouvelle phase. Au lieu de simplement mesurer le rythme cardiaque ou la qualité du sommeil, ce prototype développé à l’Université de Californie à San Diego analyse plusieurs marqueurs chimiques présents dans la sueur.
Les bagues connectées observent surtout les signaux physiques
Les bagues comme l’Oura Ring ou la Galaxy Ring peuvent suivre le sommeil, la température de la peau, l’activité physique et certaines variations du rythme cardiaque. Ces informations permettent d’évaluer la récupération ou de détecter des changements dans les habitudes quotidiennes.
Cependant, ces appareils reposent principalement sur des signaux biophysiques. Ils peuvent observer les effets d’un changement dans le corps, mais pas nécessairement les variations moléculaires qui en sont responsables. C’est précisément cette limite que les chercheurs derrière la bague connectée CHARM veulent dépasser.
CHARM recueille la sueur sans effort physique
CHARM signifie Continuous Health Analyzing Ring Module. La bague utilise un hydrogel osmotique qui attire naturellement une petite quantité de sueur depuis la surface du doigt. Le fonctionnement ne demande donc ni aiguille, ni stimulation électrique, ni séance d’entraînement.
Le principe ressemble au déplacement de l’eau depuis le sol vers les feuilles d’une plante. Une différence de pression permet au liquide de rejoindre de minuscules canaux intégrés à la bague. Des capteurs électrochimiques analysent ensuite les substances présentes dans cet échantillon.
Le prototype complet pèse environ 5,1 grammes et mesure trois centimètres de diamètre extérieur. Il rassemble les capteurs, les circuits de traitement, la transmission sans fil et une batterie flexible dans une seule structure portable.

Six biomarqueurs peuvent être analysés
La bague connectée CHARM peut mesurer jusqu’à quatre biomarqueurs simultanément parmi une sélection de six substances : le glucose, les cétones, la vitamine C, l’acide urique, le lactate et l’alcool.
Ces données pourraient fournir une image plus précise du métabolisme. Le glucose et les cétones sont notamment liés à la manière dont le corps produit et utilise son énergie. Le lactate peut refléter certaines réactions à l’effort physique, tandis que l’acide urique est associé à plusieurs problèmes métaboliques.
La vitamine C pourrait aider à observer les effets de l’alimentation. Quant à l’alcool, son suivi continu permettrait théoriquement d’enregistrer son évolution dans l’organisme. La bague ne mesure toutefois pas directement le sang : ses résultats reposent sur la sueur et sur une calibration personnalisée destinée à estimer les concentrations correspondantes.
Des résultats comparés aux lecteurs de glucose
Dans les essais menés auprès de volontaires en bonne santé et de personnes vivant avec un diabète de type 1, les tendances de glucose relevées par CHARM ont montré une forte concordance avec celles de moniteurs de glucose en continu. Les mesures de cétones ont également suivi les résultats obtenus avec des lecteurs sanguins traditionnels.
L’étude publiée dans Nature Communications indique que la calibration propre à chaque personne pouvait demeurer stable pendant environ deux mois. Cela pourrait réduire la fréquence des recalibrations si cette technologie évolue un jour vers un produit médical.
Ces premiers résultats restent néanmoins préliminaires. Ils ne suffisent pas à faire de CHARM une solution approuvée pour ajuster une dose d’insuline ou remplacer un appareil médical existant.
Une autonomie encore limitée à 12 heures
La batterie flexible au zinc et à l’oxyde d’argent offre environ 12 heures de fonctionnement continu. C’est beaucoup moins que les plusieurs jours d’autonomie proposés par les bagues connectées commerciales.
CHARM demeure aussi plus épaisse et plus visible qu’une bague traditionnelle. Son boîtier est fabriqué à partir d’un polymère imprimé en 3D et son apparence laisse clairement voir qu’il s’agit d’un prototype de laboratoire.
Les chercheurs devront encore améliorer l’étanchéité, le confort, la miniaturisation et la durée de fonctionnement. Aucune version commerciale, aucun prix et aucune date de lancement n’ont été annoncés.

Un laboratoire miniature au bout du doigt
L’intérêt de CHARM dépasse la simple mesure du glucose. Un appareil capable de suivre plusieurs marqueurs biochimiques pourrait aider à comprendre comment le corps réagit à un repas, à un entraînement, à un médicament ou à une modification du mode de vie.
À plus long terme, ce type de technologie pourrait aussi soutenir la surveillance de certaines maladies métaboliques. Un professionnel de la santé pourrait obtenir des tendances sur plusieurs heures plutôt qu’une valeur isolée prise lors d’une consultation.
Cette abondance de données soulèvera cependant des questions importantes. Les informations sur le glucose, l’alimentation, l’alcool ou les médicaments sont beaucoup plus sensibles qu’un simple nombre de pas. Leur stockage, leur transmission et leur utilisation par les fabricants devront donc être encadrés avec soin.
La bague connectée CHARM montre une nouvelle direction
CHARM n’est pas encore une concurrente de Samsung, d’Oura ou de RingConn. Il s’agit d’une démonstration scientifique qui doit encore être validée auprès de populations plus nombreuses et dans davantage de situations réelles.
Le projet montre néanmoins ce que pourrait devenir la prochaine génération de bagues connectées. Après avoir appris à compter nos pas et à analyser notre sommeil, elles pourraient bientôt chercher à comprendre notre métabolisme. Reste à déterminer si les consommateurs accepteront de confier autant d’informations sur leur santé à un objet porté en permanence.
Sources et plus : Université de Californie à San Diego · Étude dans Nature Communications · Laboratoire du professeur Joseph Wang


