Sur Branchez-vous, on a eu la chance de mettre les mains sur la version preview d’Anno 17 : Pax Romana, le prochain grand city-builder d’Ubisoft. Et franchement, on sent dès les premières minutes que la licence revient avec ambition.
Cette fois, direction l’Empire romain. Entre gestion, expansion et diplomatie, le jeu nous plonge dans une époque où chaque décision peut faire basculer l’équilibre d’un territoire. On retrouve bien sûr tout ce qui fait le charme d’Anno : des chaînes de production complexes, une population exigeante, et cette satisfaction de voir sa cité s’épanouir petit à petit.
Ubisoft propose deux modes de jeu : une campagne scénarisée pour les amateurs d’histoire, et un mode libre sans fin, parfait pour ceux qui aiment construire sans contrainte. C’est ce dernier qu’on a choisi pour notre essai, histoire de voir jusqu’où ce nouveau chapitre peut aller.
Et avant de rentrer dans le détail, un petit rappel : Anno 17 : Pax Romana sortira le 13 novembre sur PC, PS5 et Xbox Series. Après plusieurs heures passées à bâtir, commercer et parfois guerroyer, on peut déjà le dire : le potentiel est énorme.
L’art de devenir gouverneur
Dès le lancement d’une nouvelle partie, Anno 17 : Pax Romana nous plonge immédiatement dans l’ambiance. On commence par choisir son portrait de gouverneur et le blason de sa cité. Ce sont des détails purement esthétiques, certes, mais ils participent à l’immersion et donnent déjà le ton : on incarne un véritable administrateur romain.
Les options de personnalisation sont nombreuses, bien plus que ce à quoi on pouvait s’attendre pour une version preview. Cela laisse entrevoir une richesse bienvenue dans la version finale, où chaque joueur pourra vraiment marquer son territoire.
Vient ensuite le choix du niveau de difficulté, qui influe sur la fréquence des incidents, les coûts de remboursement ou la rigueur de la gestion. C’est aussi là qu’Anno 17 montre sa profondeur : tout est ajustable. On peut modifier les paramètres économiques, les équilibres diplomatiques, et même choisir l’empereur que l’on souhaite servir ou vénérer.

Ce choix n’est pas anodin. Dans Anno 17, la politique et la religion s’entremêlent constamment. On ne se contente plus d’ériger des bâtiments ou d’équilibrer une production ; on évolue dans un système impérial où chaque décision peut influencer notre prestige ou notre réputation.
Enfin, avant de lancer la partie, il faut sélectionner les autres gouverneurs qui partageront le monde. Ces rivaux, gérés par l’IA, ajoutent une tension bienvenue. Ils colonisent, commercent, forment des alliances ou déclenchent des guerres selon leur personnalité.
Et c’est seulement une fois ces paramètres définis que le vrai jeu commence. Le premier grand choix, celui de la province de départ, change radicalement la partie. Parlons-en.
Le choix de la province: Entre traditions celtiques et rigueur romaine
Ce qui frappe dès les premières minutes d’Anno 17 : Pax Romana, c’est l’importance du choix initial de la province. C’est plus qu’une simple question d’emplacement sur la carte : c’est une véritable déclaration d’intention. Ce choix va déterminer non seulement les ressources dont vous disposerez, mais aussi la culture, l’identité et le rythme de votre partie.
Prenons le cas d’Albon, par exemple. Située aux confins de l’Empire, cette région celtique évoque la frontière entre civilisation et nature sauvage. Le décor est humide, souvent brumeux, parcouru de marais et de forêts épaisses. Rien ici n’est simple : les sols sont pauvres, les routes sinueuses, les terres difficiles à exploiter. Mais c’est justement ce qui rend cette province captivante à jouer.
Dès le départ, on sent que l’on n’est pas à Rome. Les villageois celtes vivent encore selon leurs coutumes, et leur architecture, tout en bois et en torchis, contraste avec la rigueur des constructions romaines. En tant que gouverneur, on se retrouve dans une position inédite : façonner une cité hybride, à mi-chemin entre deux civilisations.
Cette tension culturelle se traduit par un système de progression particulièrement malin.En Albon, on peut choisir d’embrasser une voie romano-celtique, en intégrant petit à petit les valeurs et les infrastructures de l’Empire, ou bien de préserver les traditions locales, au risque de ralentir la romanisation du territoire.
Chaque orientation a ses avantages : les Celtes offrent des ressources uniques et un rapport plus direct à la nature, tandis que les Romains apportent stabilité, prestige et puissance militaire.
À l’opposé, Latium représente tout ce qu’Albon n’est pas : la prospérité, l’ordre et la discipline. C’est le berceau de la civilisation romaine, où les villes s’érigent sur des terres fertiles, baignées de soleil. Ici, tout semble plus fluide : les matériaux abondent, la population se soumet sans broncher à l’autorité impériale, et les routes pavées facilitent la circulation des marchandises. C’est l’environnement idéal pour les joueurs qui veulent bâtir un empire solide et structuré, sans trop subir les caprices de la nature.
Mais cette aisance a un prix. Les rivalités entre gouverneurs y sont féroces, la concurrence économique intense, et chaque expansion se fait sous le regard attentif, voire suspicieux, de l’Empereur. Là où Albon encourage l’expérimentation et la débrouille, Latium impose la perfection administrative et la recherche du prestige.

Ce contraste entre provinces ne se limite pas à un simple décor : il modifie profondément la façon dont on joue. Les ressources, les chaînes de production, les besoins des habitants, tout est influencé par le choix du territoire.
En Albon, l’accès à certaines matières premières est restreint : il faut commercer ou coloniser d’autres îles pour compenser. En Latium, la production est plus directe, mais la dépendance politique et les attentes de la population rendent la gestion plus exigeante.
Ce système de provinces, inédit dans la série, apporte une profondeur stratégique que l’on n’avait jamais vue auparavant dans un Anno. Il pousse le joueur à s’adapter constamment, à penser comme un vrai gouverneur romain : équilibrer les besoins, composer avec le territoire, négocier avec ses pairs, et surtout, trouver sa propre vision de la grandeur romaine.
Et une fois cette base choisie, la véritable aventure commence : il faut bâtir son premier village, gérer ses ressources et surtout satisfaire les besoins grandissants de la population.
C’est ici que le cœur du gameplay d’Anno 17 prend toute son ampleur : la construction, la production et la culture des habitants.
Gestion des ressources: Le cœur battant de votre cité
C’est en posant les premières fondations de son village qu’on mesure toute la finesse d’Anno 17 : Pax Romana. Comme toujours dans la série, tout repose sur l’équilibre des chaînes de production, mais cette fois, la dimension culturelle et géographique ajoute une complexité supplémentaire.
On débute avec une poignée de bâtiments rudimentaires : une hutte de bûcherons, un entrepôt, quelques fermes… Rien de bien impressionnant au premier abord. Pourtant, chaque structure s’inscrit dans un écosystème économique précis. Produire du bois permet de bâtir, récolter de la nourriture nourrit les ouvriers, lesquels fabriquent ensuite les biens nécessaires à la croissance de la cité. Cette logique circulaire, propre à la série, est ici enrichie par une nouvelle mécanique : les besoins culturels.
Chaque population, romaine, celtique ou mixte, possède ses propres attentes. Les Celtes, par exemple, préfèrent les biens artisanaux issus des ressources locales, tandis que les Romains valorisent les produits manufacturés et le confort. Il ne s’agit donc plus simplement de remplir des jauges de production : il faut choisir une identité culturelle pour sa ville, et l’assumer dans son développement.
Ce système rend chaque partie unique. On peut bâtir une cité profondément romaine, structurée autour du commerce, du prestige et des infrastructures monumentales. Ou au contraire, s’attacher à un modèle plus local, plus rustique, où l’harmonie avec le territoire prime sur l’expansion rapide. Ubisoft a réussi à injecter une dimension narrative dans la gestion : la manière dont vous produisez raconte quelque chose de votre gouvernance.
Mais cette richesse a un prix. Au fil des heures, les chaînes de production deviennent plus exigeantes. Pour progresser d’un palier social à un autre, il ne suffit plus d’assurer la survie de ses citoyens : il faut répondre à leurs désirs les plus raffinés.
Les forges demandent du charbon, les ateliers exigent des matériaux rares, et certaines ressources ne peuvent être trouvées que sur d’autres îles. Cela oblige à étendre son territoire et à développer des routes commerciales pour faire circuler les biens entre les colonies.

Et là encore, le jeu surprend. La gestion du commerce et de la logistique a été entièrement repensée. Les routes maritimes sont simples à configurer mais d’une grande efficacité : on choisit les marchandises à charger, les destinations, et les navires font le reste. Cette clarté rend la croissance fluide, presque organique.
Rapidement, on se rend compte que la prospérité passe par la coopération entre îles. Une colonie produit les herbes nécessaires aux soins, une autre les minerais, une troisième fournit la nourriture. Tout circule, tout se transforme, et chaque nouvelle construction a une conséquence sur l’équilibre global.
Mais gérer des biens ne suffit pas : il faut aussi gérer des êtres humains, leurs humeurs, leur foi, et leurs ambitions. C’est là que la notion de prestige et de spiritualité entre en jeu, apportant une nouvelle couche de profondeur à la simulation.
Prestige et spiritualité: Le ciment invisible de votre empire
Dans Anno 17 : Pax Romana, la richesse seule ne suffit pas à bâtir une civilisation durable. Très vite, le joueur comprend que la puissance économique doit s’accompagner d’un prestige culturel et spirituel. C’est sans doute l’un des aspects les plus marquants de ce nouvel opus : Ubisoft ne se contente plus de nous faire gérer des ressources matérielles, il nous demande de gérer des aspirations humaines.
Le prestige incarne cette volonté d’ordre et de grandeur propre à l’Empire romain. Il se gagne à travers la construction de bâtiments symboliques, thermes, forums, amphithéâtres, mais aussi par la satisfaction du peuple. Un quartier propre, bien alimenté, et décoré de statues augmente la fierté des habitants, tandis qu’une zone négligée peut rapidement devenir un foyer de troubles.
Ce n’est plus une simple mécanique de score : c’est un reflet direct de votre style de gouvernance. Certains préfèreront investir dans la magnificence, d’autres miseront sur une cité équilibrée, plus discrète mais plus stable.
Puis vient la spiritualité, un axe totalement nouveau dans la série. Inspirée par la diversité religieuse du monde antique, cette mécanique fait s’opposer, parfois subtilement, les croyances locales et la foi romaine. On peut ériger des temples pour honorer Jupiter, mais aussi laisser la population vénérer ses propres divinités. Ce choix n’est pas anodin : il influence la loyauté des citoyens, mais aussi les relations diplomatiques avec les tribus alentour.
Ce système transforme la manière dont on conçoit la croissance. Chaque autel ou lieu de culte devient un outil politique. Un peuple qui se sent compris reste fidèle, un peuple qu’on cherche à convertir trop vite se révolte. Cette tension, permanente, donne au jeu une dimension presque philosophique : jusqu’où peut-on imposer un modèle culturel sans détruire ce qui faisait la richesse du territoire ?
Le résultat, c’est une simulation où chaque décision a un poids moral. Ce n’est plus seulement une question d’optimisation, mais de vision. Voulez-vous bâtir un empire unifié, discipliné, mais rigide ? Ou préférer une mosaïque de peuples coexistant sous la même bannière, au prix d’une certaine instabilité ?
Et c’est sans doute là que Pax Romana atteint son sommet : dans cette fusion entre la gestion et la réflexion historique, où le joueur ne construit plus seulement des villes, mais une idéologie.
Diplomatie et expansion: Entre conquête et coexistence
Impossible d’évoquer Anno 17 : Pax Romana sans parler de son approche de la diplomatie et de l’expansion territoriale. C’est ici que le jeu dépasse le cadre classique de la série pour embrasser pleinement son ambition impériale. Si les épisodes précédents se concentraient surtout sur le commerce et l’urbanisme, celui-ci introduit une véritable dimension géopolitique, où chaque choix façonne la perception que les autres puissances ont de vous.

Dès les premières heures, on découvre un monde fragmenté : des tribus celtiques indépendantes, des colonies romaines concurrentes, des cités-états neutres prêtes à commercer ou à s’allier selon vos actes. Tout repose sur la réputation et les relations diplomatiques.
Une transaction honnête, une aide militaire ou un traité bien négocié peuvent ouvrir des alliances durables. À l’inverse, une expansion trop agressive ou une promesse rompue peuvent transformer vos voisins en ennemis jurés.
Ce qui impressionne, c’est la cohérence du système. Chaque faction a sa propre logique :
- Les tribus locales valorisent la confiance et la stabilité.
- Les colonies romaines rivales admirent votre puissance mais craignent votre ambition.
- Les marchands indépendants se laissent convaincre par la prospérité et la sécurité de vos routes.
Il ne s’agit donc plus seulement de conquérir, mais de composer avec un monde vivant, où la diplomatie est parfois plus efficace que la guerre.
Mais quand la guerre éclate, elle a un poids réel. Ubisoft a introduit un système d’affrontements plus tactique, inspiré des formations militaires romaines. Les batailles ne se gagnent pas par le nombre, mais par la préparation et la logistique : il faut approvisionner ses troupes, construire des avant-postes, et assurer le moral des soldats.
L’objectif n’est pas la destruction totale, mais la domination stratégique : contrôler les routes, sécuriser les ressources, imposer sa paix : la Pax Romana.
Cette dimension stratégique transforme le rythme du jeu. Chaque nouvelle île conquise n’est pas qu’un territoire de plus : c’est un engagement politique, une source de tension ou un pivot commercial. On ressent le poids d’un empire qui s’étend, mais aussi la fragilité de son équilibre.
Et quand on revient sur sa capitale après une campagne victorieuse, on comprend toute la portée du titre : chaque pierre posée, chaque traité signé, chaque bataille livrée raconte une histoire de pouvoir, de culture et d’héritage.
Direction artistique et bande-son: La grandeur de Rome, la beauté des frontières
Visuellement, Anno 17 : Pax Romana impressionne dès les premières minutes. Ubisoft a su capturer la majesté de l’Empire romain sans tomber dans le cliché. Chaque bâtiment, chaque paysage, chaque citoyen semble ancré dans une époque crédible, entre rigueur architecturale et chaleur méditerranéenne.
Les villes romaines respirent l’ordre et la puissance. Les forums, les arcs de triomphe et les thermes reflètent une société organisée, presque obsédée par la symétrie. En contraste, les villages celtiques et gaulois dévoilent une toute autre poésie : celle de la nature, de la forêt et des traditions orales.
Ce contraste n’est pas qu’esthétique. Il sert le propos du jeu : la confrontation de deux visions du monde. Là où Rome impose sa structure, les peuples locaux rappellent la richesse d’une vie plus libre, plus intuitive. Cette opposition constante donne à chaque carte une identité forte, presque narrative.
L’attention au détail est remarquable. Les animations des citoyens racontent la vie quotidienne, on voit les ouvriers porter les briques, les prêtres célébrer des rites, les marchands discuter sur les quais. Même la lumière a une fonction : elle évolue au fil de la journée, jouant sur les ombres des colonnes et la brume des forêts. À l’aube, Rome paraît triomphante ; au crépuscule, elle devient mélancolique.
Mais c’est la bande-son qui donne toute son âme au jeu. Le compositeur, fidèle à la tradition de la série, mêle instruments antiques et orchestrations modernes. Les chœurs latins s’entremêlent aux flûtes celtiques, créant une fusion culturelle à l’image du propos du jeu. Les musiques s’adaptent subtilement au contexte : apaisantes pendant la prospérité, solennelles lors des cérémonies, tendues quand la diplomatie s’effrite. Rien n’est gratuit. Chaque note renforce la grandeur fragile de cet empire que l’on tente de maintenir en équilibre.
Même les sons d’ambiance méritent d’être salués : le cri des mouettes dans les ports, le cliquetis des outils sur les chantiers, les chants lointains dans les temples. Ces détails participent à une immersion totale, au point qu’on se surprend parfois à contempler simplement sa cité respirer, comme un organisme vivant.
Verdict: Un RTS à la fois exigeant et immersif
Après avoir pu tester Anno 17 : Pax Romana sur Branchez-vous, il est évident qu’Ubisoft propose un city-builder ambitieux et raffiné. Le jeu réussit à combiner une gestion profonde des ressources, des populations et des chaînes de production avec une dimension culturelle et diplomatique qui donne à chaque décision un vrai poids. La diversité des provinces, la variété des populations et la richesse des systèmes de prestige et de religion offrent une rejouabilité impressionnante et une immersion totale dans l’univers romain et celtique.
Malgré sa complexité, qui pourra dérouter les novices, le titre demeure extrêmement gratifiant pour les amateurs de stratégie et de gestion. La direction artistique et sonore renforce encore cette sensation de grandeur et de réalisme, faisant de chaque cité un véritable organisme vivant. Anno 17 : Pax Romana ne se contente pas de poursuivre la série, il la transcende en offrant un mélange rare de stratégie, d’histoire et de liberté créative, promettant des heures de construction, de diplomatie et d’expansion à tous ceux qui souhaitent bâtir leur empire.



