Il y a des jeux qu’on continue de remettre à jour parce qu’ils le méritent, et Xenoblade Chronicles en fait clairement partie. Seize ans après sa sortie sur Wii, le JRPG fondateur de Monolith Soft revient une fois de plus, cette fois pour Nintendo Switch 2, et le résultat est nettement plus convaincant que ce qu’on avait vu en début d’année avec l’édition Switch 2 de Xenoblade Chronicles X, qui avait souffert de plusieurs problèmes techniques au lancement. Ici, le bond visuel est spectaculaire, presque sans reproche, et accompagné de quelques ajouts qui ont des poids très différents selon ce qu’on en attend.

Il faut comprendre une chose avant d’entrer dans les détails : Xenoblade Chronicles n’est pas un jeu qu’on doit redécouvrir narrativement. Ce JRPG construit son univers autour d’une prémisse qui reste fascinante encore aujourd’hui. Avant le commencement, il n’y avait rien, seulement deux titans, Bionis et Mekonis, qui se sont affrontés jusqu’à s’éteindre tous les deux. C’est sur leurs corps que la vie a fini par émerger, et c’est sur le corps de Bionis que se déroule toute l’aventure : les humains qui survivent comme ils peuvent face aux robots mekons, dans un monde tissé d’écosystèmes aussi variés que grandioses. C’est un récit qui prend son temps mais qui accélère considérablement dans sa seconde moitié, avec des révélations qui ont marqué une génération de joueurs de rôle.
En 2026, on peut légitimement reprocher au jeu son abondance de quêtes secondaires de type « va chercher ça pour moi », un classique du genre qui n’a pas bien vieilli sur le plan du design. Mais il faut reconnaître que la plupart de ces quêtes se résolvent presque sans effort en chemin, naturellement, pendant qu’on avance sur la route principale. Ce n’est jamais aussi pénible que dans d’autres JRPG de la même époque.
Un système de combat qui divise toujours, mais qui reste fascinant
Si quelque chose dans Xenoblade Chronicles est encore plus iconique que son monde, c’est probablement son système de combat. C’est une formule profonde mais clivante, qui mélange l’esprit des JRPG traditionnels avec celui des MMO classiques. Le positionnement compte, la rapidité de décision compte, et la façon dont les capacités des différents membres du groupe s’enchaînent les unes avec les autres compte tout autant. Ce n’est pas un système qui se révèle immédiatement, et certains joueurs n’accrocheront jamais complètement à sa logique. Mais pour ceux qui s’y investissent, la profondeur tactique est réelle.

La Definitive Edition, sur laquelle cette nouvelle version Switch 2 est construite, propose des options pour ajuster son niveau d’implication dans ces combats, avec un mode détendu pour ceux que le défi n’intéresse pas particulièrement et un mode expert pour ceux qui veulent une expérience plus exigeante au fonctionnement bien particulier.
Le monde de Bionis, plus grand que jamais
Si le combat divise, le monde, lui, ne divise personne. C’est l’élément le plus iconique du jeu, et c’est aussi celui qui profite le plus de cette nouvelle édition. Parcourir les environnements de Xenoblade Chronicles continue de provoquer un effet de sidération qui n’a pas vraiment d’équivalent ailleurs dans le genre. Les accidents géographiques sont démesurés, les échelles de construction donnent l’impression d’être minuscule face à l’environnement, et le fait que tout ça ait pu exister sur une Wii reste, encore aujourd’hui, difficile à concevoir pleinement.

Cette nouvelle mouture pour Switch 2 rend justice à cette ambition visuelle d’une manière que ni la version Wii originale, ni même la Definitive Edition sur Switch, n’avaient réussi à atteindre complètement.
Ce que la Definitive Edition avait déjà changé
Avant de parler des nouveautés propres à cette édition Switch 2, il faut rappeler ce que la Definitive Edition sur Switch originale avait déjà apporté en 2020. C’était une remasterisation audiovisuelle profonde qui touchait presque tout ce qui s’affiche à l’écran : les modèles de personnages, l’éclairage, la distance d’affichage. Mais pas absolument tout. Certaines textures et le design de personnages secondaires sans grande importance contrastaient déjà à l’époque avec le reste de la présentation, et ce contraste persiste aujourd’hui.

Cette remasterisation apportait aussi des améliorations d’interface en combat, une arène avec des affrontements et des récompenses, une salle de projection permettant de revoir les cinématiques depuis le menu principal en personnalisant l’éclairage et l’équipement des personnages, et deux niveaux de difficulté supplémentaires. À cela s’ajoutait l’épilogue Futurs Connectés, une aventure indépendante avec des personnages inédits, un système de combat différent, et une nouvelle région à explorer. Des tutoriels efficaces et approfondis avaient également été ajoutés pour faciliter l’entrée dans un jeu qui reste dense et exigeant pour les nouveaux venus.
Les nouveautés de l’édition Switch 2 : un ajout qui a du mal à convaincre
Voici où les choses se compliquent un peu. Le nouveau contenu de cette édition Switch 2 tourne presque entièrement autour du Jet Éthérique, une moto qui permet de parcourir le monde à grande vitesse, disponible aussi bien dans le jeu principal que dans l’épilogue Futurs Connectés. On l’obtient au chapitre 4, après avoir complété une mission spécifique, et son acquisition débloque le Grand Prix Nopon, une série de mini-jeux de course sur circuits qui rapportent des points échangeables contre de l’équipement pour les personnages principaux.

L’utilité pratique du véhicule pour se déplacer rapidement dans ce monde gigantesque est indéniable. Mais ce nouveau contenu de course évoque fortement ce que Kojima Productions avait fait avec Death Stranding: Director’s Cut, et le parallèle n’est pas flatteur. C’est un ajout qui semble déconnecté de ce que propose fondamentalement Xenoblade Chronicles, et qui donne l’impression d’avoir été inclus principalement pour justifier que cette mise à jour Switch 2 soit payante plutôt que gratuite.
Le bond visuel : la vraie raison d’investir dans cette version
Et pourtant, malgré cette réserve sur le contenu additionnel, le changement graphique est suffisamment spectaculaire pour qu’on ait du mal à ne pas recommander cette version à quiconque s’apprête à découvrir Xenoblade Chronicles pour la première fois, ou à quiconque n’y a pas touché depuis la Wii.
La version Switch avait déjà donné au monde du jeu la présentation visuelle qu’il méritait sans jamais vraiment l’atteindre sur Wii, ni même sur 3DS, tout en permettant de jouer ce JRPG colossal n’importe où. Mais cette portabilité avait un coût : en mode portable, l’image était particulièrement floue.

Sur Switch 2, l’augmentation de la netteté est considérable, peu importe comment on joue. En mode télévision, le jeu tourne en 4K, et en mode portable en 1080p, dans les deux cas avec une fluidité constante de 60 images par seconde. Tout à l’écran paraît extrêmement défini, parfois même un peu trop défini : certaines textures qui ne tenaient déjà pas très bien la route en 2020 sont encore plus visibles aujourd’hui avec cette netteté accrue, simplement parce qu’elles n’ont plus nulle part où se cacher.
Ça peut sembler excessif de s’enthousiasmer autant pour un jeu sorti en 2010, mais voir certains paysages de Xenoblade Chronicles avec ce niveau de qualité, sur un grand téléviseur, produit un effet aussi marquant aujourd’hui qu’à l’époque de la Wii. En mode portable, le résultat est également très bon, même si la Switch 2 nous a tellement habitués à ce genre de prouesse ces derniers mois que l’effet de surprise est moins fort. Les cinématiques tournent désormais elles aussi à 60 images par seconde, et certains moments clés tirent parti de la vibration HD des Joy-Con 2 et de la manette Pro 2 avec un résultat plutôt réussi.
Les défauts qui persistent
Il faut être honnête : c’est une remasterisation d’une remasterisation, et ça se voit si on cherche un peu. Au-delà des textures déjà mentionnées, les animations sont datées, on peut apercevoir des ombres apparaître soudainement au loin, et en mode portable l’herbe a tendance à devenir floue pendant la course. La plus grande déception sur ce plan, vu les effets du jeu original et les améliorations d’éclairage de la Definitive Edition, c’est l’absence de HDR natif, qui aurait pourtant été parfaitement adapté à l’esthétique du jeu.

Sur le plan sonore, le bilan est globalement positif avec quelques réserves. Cette édition Switch 2 ajoute le doublage anglais et japonais pour toutes les conversations principales, celles qui ont leur propre scène, contrairement à celles qu’on rencontre simplement avec les PNJ dans le monde. La traduction française du texte reste de bonne qualité. Cela dit, si on opte pour les voix japonaises, on retrouve un problème déjà présent dans la Definitive Edition : un léger décalage entre les sous-titres et ce qu’on entend. La bande sonore, l’un des points forts historiques de la série, permet toujours de choisir entre la version originale et celle retravaillée pour la version Switch, séparément pour l’exploration et les combats.
Ce qu’on retient
Est-ce que cette édition Switch 2 aurait pu être une simple mise à jour gratuite de la remasterisation Switch ? Honnêtement, oui, on ne va pas le nier. Les nouveautés qui ne sont pas purement graphiques se résument à des mini-jeux de course et à un véhicule pour traverser le monde plus rapidement, quelque chose qui cadre assez mal avec ce que propose fondamentalement Xenoblade Chronicles. Le doublage anglais et japonais des conversations principales est en revanche un ajout qu’on apprécie sincèrement.
Mais l’amélioration graphique par rapport à la version Switch est si importante qu’il devient difficile de ne pas recommander de passer à la caisse dans certains cas. Tout fonctionne à 60 images par seconde, cinématiques incluses, que ce soit en mode télévision ou portable. Le monde impressionnant créé par Monolith Soft se voit enfin avec la netteté qu’il mérite, aussi bien sur l’écran de la Switch 2 qu’sur un téléviseur. Le résultat n’est pas parfait, on regrette l’absence de HDR natif et certaines textures ainsi que certains modèles trahissent leur âge. Mais aucun de ces petits défauts ne devrait gâcher la satisfaction de jouer à un JRPG qui reste inoubliable.
Si vous n’avez jamais joué à Xenoblade Chronicles, cette édition Switch 2 va vous fasciner pour peu que vous ayez un minimum d’intérêt pour le genre. Si vous l’aviez fait sur Wii mais aviez laissé passer la version Switch et son nouvel épilogue, vous allez être bluffé par le bond graphique accompli ici. Et même si vous aviez commencé la partie sur Switch sans la terminer, le changement est suffisamment considérable pour qu’on recommande de passer par le pack de mise à niveau afin de conclure l’aventure dans les conditions les plus proches de ce que Monolith Soft avait probablement imaginé à l’époque.
Note : 17 / 20
Ce qu’on a aimé : un bond graphique spectaculaire et constant à 60 images par seconde, le monde de Bionis qui se révèle enfin avec la netteté qu’il méritait, le doublage anglais et japonais ajouté aux conversations principales, la bande sonore toujours remarquable avec ses deux versions au choix, un JRPG dont l’ambition narrative et visuelle n’a pas vieilli.
Ce qu’on a moins aimé : le nouveau contenu du Jet Éthérique et du Grand Prix Nopon déconnecté de l’identité du jeu, l’absence de HDR natif qui aurait pourtant été parfaitement adaptée, des textures et animations qui trahissent leur âge sous la nouvelle netteté, un léger décalage entre sous-titres et voix japonaises, un contenu qui aurait pu justifier une mise à jour gratuite plutôt que payante.
Ce test a été réalisé à partir d’un code fourni par Nintendo Canada. Cette réception n’a eu aucune incidence sur le contenu de cette critique.


