Après l’IA, les robots humanoïdes pourraient faire grimper le prix de nos smartphones et PC

Robot humanoïde Unitree G1, exemple des nouvelles générations de robots intégrant l'intelligence artificielle.
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L’explosion des besoins en mémoire informatique ne concerne plus seulement les centres de données. Avec l’arrivée progressive des robots humanoïdes, un nouveau secteur s’apprête à réclamer sa part des puces électroniques. Une transformation qui pourrait durablement modifier le prix et les caractéristiques de nos appareils.

L’intelligence artificielle commence à coûter cher, et pas seulement aux entreprises qui développent ses modèles. Depuis plusieurs mois, la demande grandissante en mémoire informatique exerce une pression considérable sur les fabricants de composants. Les conséquences se font sentir jusque dans les smartphones, les ordinateurs portables et les autres appareils électroniques.

Mais alors que l’industrie tente de s’adapter à cette nouvelle réalité, un autre marché commence à prendre forme : celui des robots humanoïdes.

Selon des prévisions de Counterpoint Research rapportées par le quotidien sud-coréen The Herald Business, les besoins annuels en mémoire DRAM de ces robots pourraient passer d’environ 8 300 térabits en 2026 à 172 000 térabits en 2030. Une multiplication par plus de vingt en seulement quatre ans.

Cette croissance impressionnante soulève une question : les machines autonomes vont-elles bientôt se retrouver en concurrence avec nos appareils électroniques pour accéder aux mêmes ressources ?

Les robots auront besoin de véritables cerveaux informatiques

Contrairement aux robots industriels traditionnels, souvent programmés pour répéter des mouvements très précis, les nouveaux robots humanoïdes cherchent à comprendre leur environnement et à s’y adapter.

Ils doivent analyser les images de leurs caméras, interpréter les informations provenant de nombreux capteurs, reconnaître des objets, maintenir leur équilibre et prendre des décisions en temps réel.

Pour accomplir ces tâches, ils utilisent des processeurs spécialisés et des modèles d’intelligence artificielle qui nécessitent une mémoire rapide.

Cette mémoire leur permet de conserver temporairement les informations nécessaires à leurs calculs. Plus les modèles deviennent complexes et les tâches nombreuses, plus les besoins augmentent.

Counterpoint estime ainsi que la capacité moyenne de DRAM embarquée dans un robot humanoïde pourrait passer de 19 Go en 2026 à 39 Go en 2030.

L’équivalent de la mémoire de plusieurs smartphones haut de gamme réunis dans une seule machine.

Et cette évolution ne tient pas uniquement à la multiplication du nombre de robots. Elle découle également de leur capacité grandissante à fonctionner de manière autonome, sans envoyer systématiquement leurs données vers un serveur distant.

Installation industrielle de Samsung consacrée à la fabrication de semi-conducteurs dans un environnement contrôlé.
Les installations de production de semi-conducteurs de Samsung illustrent le rôle stratégique des fabricants de composants face à la croissance des besoins en mémoire électronique.

Un marché encore modeste, mais en pleine accélération

Il faut néanmoins remettre ces projections en perspective.

Selon Counterpoint, plus de 22 000 robots humanoïdes ont été expédiés au premier semestre 2026, soit une croissance proche de 300 % sur un an. Les livraisons annuelles pourraient dépasser 50 000 unités cette année, puis 550 000 en 2030.

C’est une progression considérable, mais les volumes demeurent très inférieurs à ceux du marché mondial des smartphones, qui se compte en centaines de millions d’appareils chaque année.

Les robots ne sont donc pas, à eux seuls, responsables de la pénurie de mémoire actuelle. Leur importance réside surtout dans leur potentiel de croissance.

Ils représentent une nouvelle catégorie d’appareils dont les besoins pourraient continuer d’augmenter pendant de nombreuses années, aux côtés des véhicules autonomes, des serveurs d’intelligence artificielle et des équipements industriels intelligents.

En d’autres termes, le marché de la mémoire ne se prépare plus seulement à répondre aux besoins des appareils que nous possédons déjà. Il doit également anticiper ceux de machines encore largement absentes de notre quotidien.

Pourquoi les fabricants privilégient les centres de données

Pour comprendre les tensions actuelles, il faut regarder du côté des grands producteurs de mémoire, notamment Samsung Electronics, SK hynix et Micron.

L’entraînement et l’exploitation des modèles d’intelligence artificielle ont provoqué une forte demande pour la mémoire à haute bande passante, appelée HBM, ainsi que pour la mémoire destinée aux serveurs.

Ces composants permettent aux accélérateurs d’IA de traiter d’immenses quantités de données avec une grande rapidité.

Or, les fabricants disposent de capacités de production limitées. Construire de nouvelles usines, installer des équipements spécialisés et augmenter les rendements ne se fait pas en quelques semaines.

L’industrie doit donc arbitrer ses investissements et ses chaînes de production.

La HBM, la mémoire LPDDR des smartphones et la mémoire DDR utilisée dans les ordinateurs ne sont pas toutes interchangeables. Elles partagent néanmoins une partie des investissements, des technologies et des capacités industrielles de leurs fabricants.

Lorsque les segments les plus rentables captent davantage de ressources, les autres peuvent subir des contraintes d’approvisionnement.

Selon les prévisions publiées par TrendForce à la fin septembre, les prix contractuels de la DRAM conventionnelle devaient augmenter de 10 à 15 % au quatrième trimestre 2026, tandis que ceux de la mémoire flash NAND devaient progresser de 15 à 20 %.

La situation varie toutefois selon les catégories. Les données d’octobre montrent notamment que les prix contractuels de la DRAM mobile devraient plutôt se stabiliser à un niveau déjà élevé en fin d’année.

Cela signifie que la pression ne se traduit pas nécessairement par une hausse uniforme et immédiate du prix de tous les appareils.

nfographie comparant la mémoire DRAM moyenne prévue des robots humanoïdes : 19 Go en 2026 contre 39 Go en 2030, soit une hausse de 105 %.
Selon les projections de Counterpoint Research, la mémoire vive moyenne des robots humanoïdes pourrait passer de 19 Go en 2026 à 39 Go en 2030. Infographie : Branchez-vous

Des smartphones moins généreux pour le même prix ?

Pour les consommateurs, la conséquence pourrait prendre plusieurs formes.

La plus visible serait évidemment une augmentation du prix de certains ordinateurs et téléphones.

Mais les fabricants disposent d’autres moyens de préserver leurs marges. Ils peuvent réduire la capacité de mémoire proposée sur les modèles d’entrée de gamme, limiter certaines configurations, diminuer les promotions ou conserver plus longtemps des composants d’ancienne génération.

Un smartphone qui aurait pu recevoir 12 Go de RAM pourrait ainsi être commercialisé avec seulement 8 Go. Un ordinateur pourrait conserver le même prix, mais offrir moins de possibilités de configuration.

Ces scénarios ne constituent pas des annonces de produits. Ils illustrent les arbitrages possibles lorsque le coût des composants augmente.

Cette évolution intervient à un moment particulièrement délicat : les fabricants souhaitent intégrer davantage d’intelligence artificielle directement dans leurs appareils.

Or, faire fonctionner des modèles localement nécessite généralement davantage de ressources informatiques.

L’industrie pourrait donc se retrouver face à une contradiction : proposer des appareils toujours plus intelligents tout en maîtrisant le coût de la mémoire nécessaire pour les faire fonctionner.

Le Canada n’échappera pas à cette pression

Le marché canadien est particulièrement exposé aux fluctuations internationales du prix des composants électroniques.

La grande majorité des smartphones et ordinateurs vendus au pays sont fabriqués à l’étranger. Leur prix dépend donc des chaînes d’approvisionnement mondiales, des coûts de production, des stratégies des fabricants et du taux de change.

Une hausse du prix des puces ne se transforme pas automatiquement en augmentation équivalente du prix final. Les fabricants peuvent absorber une partie des coûts ou les répartir sur plusieurs gammes.

Cependant, si les tensions persistent, les consommateurs pourraient remarquer des changements dans les configurations disponibles, les rabais et les prix des nouveaux appareils.

À l’approche du Vendredi fou, cette situation mérite d’être surveillée, sans pour autant justifier des achats précipités. Une véritable promotion doit être évaluée à partir du prix habituel, des caractéristiques offertes et des besoins réels de l’utilisateur.

Une nouvelle bataille pour les ressources informatiques

L’arrivée des robots humanoïdes illustre une transformation beaucoup plus vaste de l’industrie technologique.

Pendant longtemps, la mémoire informatique a principalement servi à faire fonctionner les ordinateurs, les téléphones et les serveurs traditionnels.

Aujourd’hui, elle devient une ressource stratégique pour les systèmes capables de percevoir leur environnement, de raisonner et d’agir.

Les robots humanoïdes ne provoqueront probablement pas, à eux seuls, une seconde pénurie mondiale de RAM. Mais ils pourraient contribuer à maintenir la demande à un niveau élevé, particulièrement si leur adoption industrielle s’accélère.

La question n’est donc plus simplement de savoir combien coûtera la mémoire demain.

C’est de déterminer si l’industrie des semi-conducteurs pourra répondre simultanément a nos besoins, nos appareils et aux machines intelligentes que nous commençons à construire.

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