Nintendo a-t-elle trouvé sa propre équipe afin d’amener certaines de ses plus grosses franchises dans de nouvelles directions ? C’est la question qu’on peut se poser en regardant ce que le studio interne de la firme a fait avec Super Mario Odyssey et, aujourd’hui, Donkey Kong Bananza. En effet, si les deux jeux partagent le même ADN, la nouvelle aventure de Donkey Kong en 3D s’avère aussi surprenante que la dernière du célèbre plombier italien.
- Disponible sur: Nintendo Switch 2
- Prix: 89,99$ + txs
Un voyage sur la confiance en soi
Oubliez la lointaine contrée DK. Le gros singe aussi niais que sympathique a quitté les côtes de sa célèbre île pour se rendre sur Ingot Isle. Des rumeurs de bananes de cristal y ont attiré des singes de partout, y compris le célèbre Donkey Kong. Or, sur place, les singes feront face à une grande menace incarnée par la Void Company. Dirigée par trois macaques aux vils desseins, cette compagnie fore la planète afin d’atteindre son coeur. L’objectif: vérifier si la légende affirmant qu’atteindre le noyau de la planète permet de réaliser n’importe quel voeu est vraie.
Votre aventure débutera de façon plutôt lente et, bien franchement, inintéressante. En fait, au cours de la première heure, vous ne comprendrez pas dans quel monde vous vous trouverez ni quel sera votre objectif. À part tout casser sur votre chemin à l’aide d’un Donkey Kong aux poings de fer, rien de vous paraîtra particulièrement logique ou captivant.
Or, graduellement, vous découvrirez un jeu qui, à l’instar de ses niveaux, renferme une multitude de couches. À force d’aller plus loin dans les entrailles de la Terre, l’histoire se développera de belle façon en mettant de l’avant la complicité entre DK et la jeune Pauline. Âgée d’à peine 13 ans, cette dernière fera face à ses plus grands démons en chevauchant l’énorme Donkey Kong. Néanmoins, au-delà de son air quelque peu stupide, Donkey montrera à Pauline comment surmonter ses plus grandes craintes.
Ainsi, si Donkey Kong Bananza gravite autour d’un scénario léger, il n’en demeure pas moins un sympathique récit sur la confiance en soi. Certes, le jeu n’a aucunement la prétention d’approfondir cette difficulté bien présente chez plusieurs personnes dans notre société, mais j’ai été agréablement surpris de constater à quel point je me suis attaché à ce duo ainsi qu’à les voir grandir à mesure qu’ils s’enfonçaient dans les entrailles de la planète.
Une première heure qui n’est pas à l’image du reste
Comme je l’ai mentionné, Donkey Kong Bananza débute lentement. Au cours de la première heure, vous n’apprendrez qu’à frapper sur tout ce qui se trouvera autour de vous, que ce soient des ennemis, de l’herbe, de la roche ou de la terre. En plus de pouvoir tout détruire, des trésors exploseront dans les décors, qu’il s’agisse de pièces bananes, de coffres ou bien de pépites d’or. À cet effet, vous pourrez amasser des dizaines et des dizaines de milliers de pépites en défonçant tout ce qui se trouvera sur votre passage. Donkey Kong a toujours été reconnu par sa force et sa brutalité. En pouvant pratiquement tout détruire autour de lui, Bananza démontre plus que jamais ces caractéristiques du gros singe.
Or, sauf tout détruire, qu’y a-t-il d’autre à faire ? C’est une question que vous vous poserez et qui vous amènera à être mitigé par rapport au jeu durant votre première heure. On a beau enlever toutes les roches possibles, trouver des trésors et tout nettoyer, mais à quoi cela rime-t-il ?
Là où la première heure vous laissera mitigé, les suivantes vont subjugueront. En fait, passé la mine dans laquelle vous vous trouverez au départ, vous découvrirez un univers riche, coloré et hautement addictif. Tout comme dans Super Mario Odyssey, vous serez libre d’aller où vous voudrez lorsque vous serez dans un monde. Chaque strate de la planète représentera un univers en particulier avec son propre thème. Ainsi, vous visiterez une fonderie, un univers rocheux, une forêt avec un drôle d’hôtel dirigé par des autruches, un monde de lave, etc. Même s’il n’y a pas un monde qui soit particulièrement marquant, chacun d’eux regorge de secrets qui vous donneront envie de les compléter à 100%.
Or, la grande innovation de Donkey Kong Bananza se situe dans la destruction de ses environnements. Tel qu’indiqué plus haut, il est possible de pratiquement tout détruire. Chaque monde repose sur une structure incassable sur laquelle les développeurs ont posé des matières pouvant être démolies. C’est en détruisant celles-ci que vous trouverez des chemins cachés, des pièces, de l’or, etc. À force de jouer et de progresser à travers des mondes de plus en plus complexes, je n’ai pu qu’admirer le génie des développeurs d’avoir développé des mondes où tout est interconnecté à travers la destruction et le chaos que l’on sème.
Ceci dit, tout démolir ne vous servira à rien en tant que tel. Oui, vous pouvez amasser de grandes quantités d’or et de pièces en faisant virevolter vos poings, mais vous vous rendrez compte assez rapidement que cela n’a pas vraiment de but. Qui plus est, certaines portions des niveaux se régénèrent, notamment lorsqu’on y revient après avoir atteint une strate inférieure. Tout nettoyer n’a donc aucun but comme tel. Il faut plutôt voir les mondes de Donkey Kong Bananza comme une multitude d’occasions d’explorer des mondes ouverts sans contraintes afin d’amasser les divers objets proposés par le jeu. Passé la première heure, je peux vous garantir que cette proposition en apparence classique deviendra très addictive.
Seule ombre au tableau: la caméra. En fait, on peut bouger et détruire si rapidement que la caméra a parfois du mal à bien suivre nos mouvements. C’est encore plus vrai lorsqu’on creuse des tunnels. À maintes reprises, je ne savais plus où je me trouvais par rapport à la surface simplement parce que la caméra n’arrivait plus à suivre DK à mesure que j’enfonçais mes poings dans la terre et la roche. C’est irritant, notamment lorsqu’on est à la recherche d’un précieux objet mis sur surbrillance par notre sonar.

Des bananes et des…fossiles ?
Au-delà de l’exploration, le jeu propose de recueillir deux objets principaux. Le premier sont les bananes cristallisées. Elles sont à Bananza ce qu’étaient les lunes dans Super Mario Odyssey. Toutefois, si vous êtes de ceux qui trouvaient qu’il y avait trop de lunes dans la dernière aventure 3D de Mario, je peux vous assurer que le nombre de bananes est moins élevé dans celle de Donkey Kong. Malgré tout, vous retrouverez des bananes un peu partout, que ce soit en explorant, en relevant des défis ou bien en complétant des objectifs de la quête principale.
Alors que je craignais que Donkey Kong Bananza me perdrait à travers les centaines de bananes à trouver et la destruction chaotique de ses environnements, je me suis rapidement rendu compte que chaque monde possède une ligne directrice encourageant à explorer les zones situées à proximité. Si les bananes semblent être dissimulées n’importe comment, vous remarquerez qu’il y a toujours un indice sur où elles se situent, que ce soit un mur différent des autres, l’entrée d’une grotte, etc. Bananza n’est pas qu’une suite de mondes destructibles, c’est un petit bijou de design de jeu de plateformes 3D doublé d’une prouesse technique impressionnante grâce à la liberté qu’il procure afin d’atteindre ses objectifs.
Autrement, les environnements vous proposeront de trouver des fossiles dont l’origine est inexplicable. Quoi qu’il en soit, ces fossiles seront uniques à chaque strate et pourront être échangés auprès d’un marchand local contre des vêtements ou des couleurs de pelage pour DK. Si le pelage est purement esthétique, les vêtements vous octroieront des bonis. Par exemple, certaines cravates vous donneront plus de chances de trouver des coffres aux trésors tandis que des habits de Pauline accentueront les pouvoirs de DK. Cela nous donne un incitatif pour tous les trouver en plus de nous donner des avantages importants dans certains mondes.

Modifier DK à l’aide des pouvoirs Bananza !
Bananza ne fait pas uniquement référence aux centaines de bananes à récolter. En fait, il s’agit du sous-titre pour les pouvoirs spéciaux que pourra utiliser DK durant l’aventure. En effet, grâce au chant de Pauline, vous pourrez vous transformer en un singe destructeur hyper puissant (la version Super Saiyan de DK pour ceux qui ont la référence de Dragon Ball), en une grosse autruche ainsi qu’en un gros zèbre. Chaque pouvoir pourra être utilisé momentanément et sera rechargé en consommant des objets, dont des fruits et de l’or.
Les formes Bananza permettent de diversifier l’arsenal de pouvoirs de DK tout en contribuant à offrir des défis uniques dans chaque monde. En effet, dans chaque strate, vous trouverez des zones de défis qui mettront notamment à profit les pouvoirs de la Bananza. Similaires aux mêmes zones que l’on retrouvait dans Super Mario Odyssey, elles vous demanderont notamment d’éliminer un certain nombre d’ennemis dans un temps imparti, de traverser des parcours remplis de pièges et même de briser un hôtel entier en quelques dizaines de secondes à l’aide de votre forme de gorille surpuissant. Ces défis uniques permettent à la fois de diversifier l’expérience et de mettre de l’avant la créativité des développeurs.
Par ailleurs, les bananes que vous accumulerez vous serviront à débloquer des points de compétence. Contrairement à la majorité des jeux de plateformes 3D de Nintendo où les objets accumulés servent à débloquer des zones, les bananes de Bananza vous permettront plutôt d’améliorer les caractéristiques de base ainsi que les formes Bananza de DK à travers un arbre de compétence assez bien fourni. À l’image des fossiles, cela nous donne un meilleur incitatif pour toutes les récolter qu’au sein d’autres jeux de plateformes 3D.

Une lettre d’amour à la franchise Donkey Kong
J’ai adoré la campagne de Bananza. Je suis littéralement devenu accroc au jeu au point de vouloir compléter à 100% chaque strate. Or, ce n’est pas ce qui m’a le plus subjugué dans cette aventure pouvant facilement dépasser les 50 heures de jeu.
En fait, ce qui m’a réellement charmé est que Donkey Kong Bananza est une véritable lettre d’amour à la franchise Donkey Kong. Tout comme l’équipe de développement l’avait fait pour Mario avec Super Mario Odyssey, Donkey Kong Bananza regorge de références à l’univers de Donkey Kong. Que l’on parle de Cranky de retour en vieux grincheux parcourant les strates à dos de Rambi, des ballons rouges servant à nous sauver de chutes mortelles ou de personnages de l’univers de DK effectuant des apparitions, l’amour des développeurs pour la franchise transcende l’aventure.
Or, ce sont les niveaux de défis reprenant le style des Donkey Kong Country qui m’ont littéralement accroché un sourire au visage. Bien qu’ils ne soient pas très longs, j’ai adoré me retrouver dans la jungle du tout premier Donkey Kong Country pour quelques minutes ou encore me catapulter de tonneau en tonneau dans une forêt de ronces sous le thème remixé de Bramble Blast de Donkey Kong Country 2. Si, tout comme moi, vous suivez Donkey Kong depuis ses débuts, vous voudrez simplement continuer votre aventure afin de découvrir quelles autres références vous aurez dans la prochaine strate que vous explorerez !

Un nouveau Donkey un peu saccadé et sans musique marquante
Visuellement, le nouveau design de Donkey Kong n’a pas fait l’unanimité. S’il se rapproche de celui proposé dans Super Mario Bros. The Movie, le nouveau modèle du gros singe est plaisant à regarder. En fait, jamais ses animations n’ont été aussi fluides et ses expressions faciales aussi diversifiées. Voir ses yeux sortir de sa tête lorsqu’il a peur ou le voir se bomber le torse pour montrer sa virilité est hilarant. Le tout s’accompagne par de magnifiques environnements ainsi que de splendides effets d’explosions, notamment lorsqu’on lance des bombes pour détruire le décor.
En revanche, le jeu en arrache à certains endroits. Les développeurs avaient déjà mentionné qu’ils ont sacrifié la fluidité dans certaines portions de l’aventure au profit de l’expérience proposée et cela paraît. En fait, lorsqu’il y a trop de destruction couplé à plusieurs personnages à l’écran, des saccades sont visibles. Même constat lorsqu’on passe de la carte d’une strate au jeu en tant que tel. Des glitchs visuels sont également perceptibles dans certains mondes, dont des surfaces clignotant sans arrêt. Bien que le jeu ait été pensé et conçu pour la Nintendo Switch à la base, la puissance de la Nintendo Switch 2 n’a visiblement pas suffi pour offrir une fluidité parfaite en tout temps.
Côté sonore, pour un jeu mettant l’emphase sur la musique et le chant, je fus surpris de constater à quel point la musique de l’aventure est…quelconque. Elle n’est pas mauvaise, mais elle ne marque tout simplement pas comme certaines pistes sonores des autres jeux Donkey Kong. Quant à la voix de Pauline, le doublage est excellent, que ce soit en anglais ou en français. Néanmoins, ses répliques sont répétitives et agaçantes au bout d’un moment. L’entendre dire pour la dixième fois qu’il y a une banane ou un fossile devant nous nous donne envie de lui donner un coup de poing avec DK.

Devriez-vous y jouer ?
Autant je n’étais pas convaincu par le jeu au départ, autant j’ai de la difficulté à le laisser de côté depuis que j’ai franchi son premier monde. Donkey Kong Bananza est un excellent jeu d’exploration et de plateformes 3D qui plaira à la fois aux néophytes et à ceux attendant une nouvelle aventure du gros singe depuis Donkey Kong 64. Son design est aussi ingénieux que brillant, son style est on ne peut plus addictif tandis que ses nombreux secrets vous décrocheront un sourire en de multiples occasions.
En sachant qu’il s’agit des mêmes développeurs que Super Mario Odyssey et que la jeune Pauline est la même que la mairesse présente dans l’aventure de Mario, Nintendo compte-t-elle confier à cette équipe la conception d’un univers unique de jeux de plateformes 3D relié par ses mascottes ? Si tel est le cas, et devant le brio de ces deux jeux, on ne peut qu’attendre avec impatience la prochaine aventure de ces développeurs !
Ce que vous aimerez:
- Environnements entièrement destructible mettant en lumière un design de mondes brillant;
- Le style du jeu mêle action, plateformes et exploration de brillante façon;
- Beaucoup de secrets et références à la franchise Donkey Kong à découvrir !
Ce que vous n’aimerez pas:
- Ralentissements et glitchs visibles à certains moments;
- Les remarques de Pauline sont répétitives et lassantes;
- L’aventure est un peu trop facile, notamment au niveau des boss.
Note: 18 sur 20



