Netflix réitère son refus de se soumettre au CRTC

Netflix vs. CRTC

Le géant américain Netflix a affirmé cette semaine qu’il effectue déjà d’importants investissements dans la production cinématographique et télévisuelle au Canada, et qu’il ne devrait pas être soumis à la Loi sur la radiodiffusion.

Netflix s’est ainsi exprimé dans le cadre des consultations publiques portant sur le contenu canadien dans un monde numérique lancées le 13 septembre dernier par la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly. Comme le rapporte Radio-Canada, l’entreprise a déposé aujourd’hui un mémoire dans lequel elle maintient son refus de se soumettre au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes.

Netflix soutient avoir investi cette année des centaines de millions de dollars dans des émissions originales produites au Canada.

À noter que le document en question n’est toujours pas accessible sur le site de Patrimoine canadien au moment d’écrire ces lignes.

Il y a deux ans, Netflix avait refusé la demande du CRTC de lui transmettre les données concernant ses abonnés au pays, alléguant qu’il s’agissait d’information stratégique sur ses clients. L’entreprise américaine souhaitait alors des garanties de la part de l’agence fédérale que la nature confidentielle de ces données allait être préservée. Une garantie que le CRTC n’a pas été en mesure de satisfaire.

Du même souffle, Netflix avait affirmé que son service ne pouvait être soumis à la Loi sur la radiodiffusion étant donné que l’entreprise ne correspondait pas à la définition d’un diffuseur conventionnel.

Dans son mémoire, Netflix maintient sa position d’agir à l’extérieur de la législation actuelle.

«Nous voulons continuer à investir dans le contenu au Canada de la façon dont nous le faisons déjà, ce qui signifie continuer à dépenser de l’argent, mais pas sous un système qui est similaire aux radiodiffuseurs canadiens, où la réglementation impose de verser l’argent dans le Fonds [des médias du Canada]», a déclaré Elizabeth Bradley, vice-présidente au contenu de Netflix, en entrevue avec le La Presse Canadienne.

L’entreprise soutient avoir investi cette année des centaines de millions de dollars dans des émissions originales produites au pays. Netflix a également déclaré avoir pris des dizaines d’engagements en 2016 qui permettront la production de films et téléséries au Canada.

«Nous avons fait des investissements significatifs de notre propre gré. Nous allons continuer, et honnêtement, [ces investissements] ne feront que croître considérablement au cours des prochaines années. Mais dans notre cas, la réglementation n’aide pas à nous encourager.»

Parlez-vous français?

Impossible d’aborder le sujet de Netflix sans souligner à quel point l’offre actuelle est dépourvue de contenus francophones. Si certains producteurs canadiens estiment que Netflix devrait se soumettre à la réglementation du CRTC, d’autres – qui ont bénéficié de partenariats avec la plateforme américaine – sont sans surprise très heureux de la situation actuelle.

«Notre partenariat avec Netflix sur Alias Grace et Anne a permis de réaliser deux adaptations canadiennes remarquables avec des budgets plus élevés que ce qui aurait été possible autrement», soutient Sally Catoo, directrice génération de la programmation de CBC Television.

Alors que des services comparables à Netflix, tels que Club Illico de Vidéotron ou ICI.TOU.TV de Radio-Canada, répondent aux besoins du marché francophone, il est plutôt aberrant de voir l’offre de service actuelle de Netflix. Lors de son lancement en 2010, l’entreprise avait pourtant promis de développer son offre francophone.

Maintenant que Netflix est résolument obstiné à ne pas vouloir se soumettre au CRTC, qu’en sera-t-il d’Amazon, dont le service Prime Video devrait être introduit au Canada le mois prochain?

  • Jacques Blanchette

    Je suis tout comme vous préoccupé par la place français sur les plateformes numériques, mais je ne comprends pas que vous vous en preniez à Netflix qui ne cesse d’augmenter son contenu francophone. D’abord, il fait beaucoup mieux que ses concurrents canadiens CraveTV et Shomi ( que dieu ait son âme ! ) qui n’offrent aucun contenu francophone. Cette année Netflix a produit 600 heures de programmes originaux dont la presque totalité est offerte en français. L’an prochain, ce sera plus de 1000 heures, soit 3 heures pas jour en moyenne de contenu francophone. Et cela, c’est sans compter les longs métrages acquis qui sont de plus en plus nombreux à offrir une piste en français. J’écoute Netflix plus de 20 heures par semaine et c’est presque toujours en français. Alors, je ne vois pas où est le problème.

    • http://branchez-vous.com/ Laurent LaSalle

      En fait, mon grave problème avec Netflix est plus précisément lié à l’absence de contenu originalement tourné en français. Oui, les productions exclusives de Netflix sont doublées, mais ce n’est pas le cas d’une majorité du reste de son catalogue. Je comprends les divers enjeux, et que si la CBC a embrassé la plateforme, Radio-Canada n’a trempé que son gros orteil, et a préféré miser sur sa propre plateforme. Je comprends aussi que nous sommes un petit marché.

      Mais j’ai vu ce qu’offrait Netflix en France en terme de contenu originalement tourné en français, et c’est carrément un autre monde (même s’il y aurait place à de l’amélioration également de ce côté).

      • Jacques Blanchette

        J’ai aussi eu accès à Netflix France pendant plusieurs mois avant que les VPN soient bloqués. Évidemment, tout est en français, mais Netflix n’a produit qu’une seule série française originale, Marseille. Pour le reste, on peut y trouver quelques séries européennes dont les droits n’ont pas été acquis par Netflix Canada et certaines séries américaine comme Better Call Saul en version française dont les droits ne sont pas non plus disponibles ici. Par contre, nous voyons des films français ici que les Français eux-mêmes ne peuvent pas voir à cause de la synchronicité des médias qui interdit aux diffuseurs de troisième rang comme Netflix ou Amazon de présenter des longs métrages avant 36 mois de leur sortie en salle. Donc le film français le plus récent qu’on peut voir sur Netflix France date de 2013 !

        • Jacques Blanchette

          Désolé, mais j’ai utilisé la mauvaise expression pour faire référence à la chronologie des médias français et non pas la synchronicité comme je l’ai écrit ci-haut. En clair, c’est à un calendrier assez rigide qui fixe les dates d’exploitation des films sur les différentes plateformes. En résumé, il doit s’écouler 4 mois entre la fin de la distribution en salle et la sortie du DVD. Puis entre 10 et 30 mois pour la vente ou la location à la télévision payante et 36 mois pour la vidéo à la demande comme Netflix. C’est très long pour les amateur de cinéma.

  • werfu

    Peut-être qu’il ferait bien de comprendre que si Netflix a autant d’abonner au Canada, c’est peut-être justement parce que leur offre correspond à la réalité et au désir des canadiens. Je comprend le désarrois des producteurs de contenu canadien, mais je consomme du contenu qui m’intéresse, peut importe sa provenance. Il y a de très bon films et de très bonnes séries québécoises que j’ai beaucoup apprécié, cependant, l’offre mur à mur de contenu canadien et de contenu étranger bas de gammes que propose les grandes chaines ne m’intéresse tout simplement plus. En plus, la nature sur demande de Netflix me convient beaucoup mieux.