Le Shinkansen aura 50 ans l’an prochain

Transport en commun

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Alors qu’à la veille des élections municipales, on parle d’amélioration du transport en commun à Montréal, le Shinkansen, système de trains à grande vitesse japonais, offre efficacité, sécurité et confort depuis 1964.

Pour ceux qui ont fait ou feront un jour un voyage au Japon, il est impossible de ne pas remarquer à quel point la culture entourant les trains y est importante. Autant pour se déplacer en ville que vers une destination plus éloignée, le Japonais moyen peut mettre les pieds dans une gare plusieurs fois par jour.

Le Shinkansen est toujours à l’heure. Toujours. Et vous êtes mieux de ne pas être une minute en retard si vous ne voulez pas le manquer. Parce que lui, ne vous attendra pas. Si l’heure de départ indiquée sur votre billet est 15h36, soyez certain qu’à 15h37, il sera reparti.

Pour aller au boulot, à l’école, en voyage d’affaires ou pour profiter d’une fin de semaine de détente dans un onsen (bain thermal ou petite saucette au paradis), le train est sans contredit le moyen de transport le plus efficace, rapide et fiable pour y arriver. Pas surprenant, lorsqu’on constate qu’il y a 27 182 km de voie ferrée au pays, dont la superficie ne fait que 364 485 km2, soit environ 1 / 5 de celle du Québec.

50 ans de Shinkansen 

Le système de trains à grande vitesse japonais fêtera ses 50 ans l’an prochain, la première ligne ayant été inaugurée en octobre 1964 pour répondre au besoin grandissant de transport entre les villes de Tokyo et Osaka. Il est actuellement possible de parcourir les quelque 552 km qui les séparent en aussi peu que 2 heures et 25 minutes à une vitesse impressionnante allant jusqu’à 270 km / h.

Pour avoir une idée de ce que cela représente, considérons les 10 heures 50 minutes qu’il vous faudrait pour voyager de Montréal à New York en train (ou même les 6 ou 7 heures que dure le trajet en voiture), la métropole américaine se trouvant à 597 km d’ici.

Et là, on ne parle que de la durée du voyage. Même si le seul fait de se rendre plus rapidement à destination est suffisant pour convaincre plusieurs d’appuyer l’adoption d’un réseau TGV en Amérique du Nord, l’expérience exceptionnelle qu’est de monter à bord du Shinkansen ne s’arrête pas là. Ce réseau hyper sécuritaire, qui comporte des mesures de protection contre les désastres naturels, ne compte encore aucun mort ni blessé dû à une collision ou un déraillement à ce jour.

De plus, le retard moyen de ces trains est moins d’une minute. Si on pense à combien de fois par semaine les Montréalais arrivent en retard au travail ou à un rendez-vous faute d’un fameux «ralentissement de service» du métro, c’est plutôt merveilleux.

Outre les chiffres qui, je l’avoue, sont très impressionnants, arrêtons-nous un peu sur le moment de pure joie que procure un voyage en Shinkansen.

Premièrement, tel que je viens de le mentionner, il est toujours à l’heure. Toujours. Et vous êtes mieux de ne pas être une minute en retard si vous ne voulez pas le manquer. Parce que le Shink (un petit nom que j’aime lui donner et qui témoigne de mon affection pour ce train), lui, ne vous attendra pas. Si l’heure de départ indiquée sur votre billet est 15h36, soyez certain qu’à 15h37, il sera reparti.

Photo : Jeff Laitila

Photo : Jeff Laitila

Pour avoir souvent observé la façon dont se déroule son passage à une station, il arrive habituellement 5 minutes ou moins en avance sur l’heure prévue pour son départ. Un embarquement efficace est assuré par les lignes jaunes dessinées sur le quai qui nous invitent – non, nous suggèrent fortement de faire la queue à un endroit désigné en attendant son arrivée. Pas question que les voyageurs se plantent devant les portes, un peu trop enthousiastes de rentrer, et nous empêchent de débarquer comme il est souvent le cas lorsqu’on change de ligne de métro à Berri.

Une fois le Shink immobilisé et ses portes ouvertes, vous pourrez enfin retrouver votre place si vous avez choisi d’en réserver une, et vous y installer. Petite astuce : le siège devant vous est muni d’un crochet rétractable pour éviter de froisser votre veston si vous êtes un homme d’affaires et que vous vous rendez à Osaka pour la journée. Le petit crochet est également très bien adapté à votre sac à main, mesdames. La tablette sur le bord de la grande fenêtre vitrée, elle, est parfaite pour déposer votre cannette de café glacé ou peut-être votre bouteille de Calpis Water. Mais ne vous inquiétez pas : le trajet se fait en douceur et vous avez zéro chance de faire un dégât.

Une petite musique signalera le début de l’annonce vous souhaitant la bienvenue à bord du Shinkansen, et vous rappellera l’heure de son passage à chacune des stations sur la ligne. Voilà votre chance de vous détendre (ou peut-être d’avancer votre travail) tout en confort et d’apprécier le panorama nippon qui défile devant vos yeux. Vous passerez tantôt par des villes, tantôt par des champs de riz et des plus petits villages où vous verrez ces maisons traditionnelles au toit pointu et si jolies. Et si vous faites la route entre Tokyo et Kyoto par beau temps, peut-être même aurez-vous la chance d’apercevoir le mont Fuji. Magique!

Regard vers le futur : le SCMAGLEV

Le futur du Shinkansen est la finalisation de la ligne SCMAGLEV (Superconducting Magnetic Levitation) entre les villes de Tokyo et Nagoya, qu’on prévoit pour l’an 2027. Contrairement à un train traditionnel qui accélère et décélère grâce à l’adhésion de ses roues sur un rail, le Maglev le fait par la force magnétique générée entre les aimants supraconducteurs dont il est muni et les bobines supraconductrices au sol. Étant donné que la seule friction qu’il rencontre est avec l’air, il peut aller beaucoup plus vite.

Il existe une ligne de test sur laquelle la Central Japan Railway Company fait des essais depuis 1997. Le SCMAGLEV est actuellement le train le plus rapide au monde, atteignant une vitesse maximale de 500 km / h, soit presque deux fois celle du Shinkansen le plus rapide.

Pour moi, il est inconcevable que le transport en commun à Montréal atteigne un jour le standard d’efficacité et d’agrément qu’offre le service japonais. Si on pouvait bénéficier d’une meilleure étendue du réseau, ce serait déjà un bon début. Après tout, il faut se garder quelques raisons de voyager!