24 décembre

Nostalgie

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24 décembre, 1h07. Je suis censée emballer des cadeaux, j’ai dit à Laurent «Va te coucher, t’es fatigué, demain faut encore aller ici et là, je vais emballer». J’emballe pas pantoute. J’écoute Billie, j’écoute toujours Billie.

On est la veille de Noël. Moi, Noël, j’aime ça. Aimer est pas assez fort. Je suis vendue à Noël.

J’ai 8 ans, on est dans le salon sur la rue Fabre, le sapin est immense et il est tellement beau. Y’a des petites coupelles qui réflètent la lumière pis des glaçons en plastique. Ouin, y’est artificiel, le sapin, pis? En dessous, y’a la crèche de ma mère, qui lui vient de son père. Pas une crèche de base, pas un âne pis un bœuf en plasticine cheap, nenon! Une vraie crèche, pis un vrai village. Avec une église, des maisons, des commerces illuminés de l’intérieur. Pis le petit Jésus est caché sous son Essuie-Tout jusqu’à minuit, parce qu’y’est pas né avant, tsé!

J’ai jamais vu un sapin aussi hot que celui de mon grand-père Marcel. Il faisait trois pieds (le sapin, mon grand-père en faisait à peine 5), mais y’avait 2 pieds de gréements. De petites maisons, de rivières gelées, de montagnes, de skieurs, de travailleurs, de vendeurs de chocolat chaud dans’ rue.

Mon grand-papa a fait tout ça. Les maisons, l’église, les sapins, même les kids sur la petite patinoire qui ont l’air de goons en devenir. Mon grand-papa graveur sur verre qui faisait de l’art en série parce que l’art se faisait de même, dans le temps, quand t’avais pas d’argent.

Aujourd’hui, on dirait qu’il est un artisan, avec un doigt en l’air. M’a te dire qu’en 1955, être graveur sur verre faisait lever aucun doigt. Ma grand-mère était chapelière. Same thing. Bravo, fille, mais on s’en fout un peu. On se souvient de toi parce que t’as réussi à nourrir une famille de 6 avec une livre de bœuf haché pis 4 patates. T’as réussi à pas les faire mourir, c’est déjà hot.

Les kids courent partout, on fait des concours de V8 au poivre ou de calage de Neo Citran, je gagne tout le temps mais mon cousin JF est toujours bon deuxième, je le soupçonne de me laisser gagner, y’a 4 ans de plus que moi après tout, pis je suis sa cousine préférée.

J’ai 19 ans, Marcel vient de mourir. Je l’apprends en rentrant d’un bar. Je suis encore un peu saoule. Je pleure la personne que j’ai connue, le petit vieux – y’était vraiment petit – avec qui j’écoutais Columbo, avec qui je surlignais le Télé-Presse pour les meilleurs shows animés.

Avec qui j’ai joué au Nintendo (fan fini, pis tu pouvais pas lui donner Luigi, nenon!), avec qui je partageais le kit de mongole de crayons que tes parents t’auraient jamais payé, le foumalade kit en 7 étages qui nécessitait un cash down ou une deuxième hypothèque, ahhhh.

Je pleure en me disant qu’y’aura pus jamais de crèche de même. Ni jamais rien de même. Je me sens cheap, je crois même pas en Dieu.

Mon grand-papa vouait un culte à son sapin, et encore plus à sa crèche. En vieillissant, il ajoutait des figurines MacDo dedans, tsé, les cadeaux des Joyeux Festins? Miss Piggy en rollerblade pis toute? Mon grand-papa les collectionnait. Toutes les maudites de figurines MacDo…

J’ai jamais vu un sapin aussi hot que celui de mon grand-père Marcel. Il faisait trois pieds (le sapin, mon grand-père en faisait à peine 5), mais y’avait 2 pieds de gréements. De petites maisons, de rivières gelées, de montagnes, de skieurs, de travailleurs, de vendeurs de chocolat chaud dans’ rue.

Je vous parlerai pas pantoute de Facebook aujourd’hui. Je pense que vous avez compris.

Je vais juste vous souhaiter un Noël qui vous donnera envie d’en reparler d’en 5 ans, dans 10 ans, dans 30 ans.

Célébrez, mangez, buvez, rappelez-vous que vous êtes vivants.

Je vous aime.

PS : Cheers Marcel, parce que ta crèche, c’était clairement la plus hot ever.