24 décembre

Nostalgie

Exclusif
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24 décembre, 1h07. Je suis censée emballer des cadeaux, j’ai dit à Laurent «Va te coucher, t’es fatigué, demain faut encore aller ici et là, je vais emballer». J’emballe pas pantoute. J’écoute Billie, j’écoute toujours Billie.

On est la veille de Noël. Moi, Noël, j’aime ça. Aimer est pas assez fort. Je suis vendue à Noël.

J’ai 8 ans, on est dans le salon sur la rue Fabre, le sapin est immense et il est tellement beau. Y’a des petites coupelles qui réflètent la lumière pis des glaçons en plastique. Ouin, y’est artificiel, le sapin, pis? En dessous, y’a la crèche de ma mère, qui lui vient de son père. Pas une crèche de base, pas un âne pis un bœuf en plasticine cheap, nenon! Une vraie crèche, pis un vrai village. Avec une église, des maisons, des commerces illuminés de l’intérieur. Pis le petit Jésus est caché sous son Essuie-Tout jusqu’à minuit, parce qu’y’est pas né avant, tsé!

J’ai jamais vu un sapin aussi hot que celui de mon grand-père Marcel. Il faisait trois pieds (le sapin, mon grand-père en faisait à peine 5), mais y’avait 2 pieds de gréements. De petites maisons, de rivières gelées, de montagnes, de skieurs, de travailleurs, de vendeurs de chocolat chaud dans’ rue.

Mon grand-papa a fait tout ça. Les maisons, l’église, les sapins, même les kids sur la petite patinoire qui ont l’air de goons en devenir. Mon grand-papa graveur sur verre qui faisait de l’art en série parce que l’art se faisait de même, dans le temps, quand t’avais pas d’argent.

Aujourd’hui, on dirait qu’il est un artisan, avec un doigt en l’air. M’a te dire qu’en 1955, être graveur sur verre faisait lever aucun doigt. Ma grand-mère était chapelière. Same thing. Bravo, fille, mais on s’en fout un peu. On se souvient de toi parce que t’as réussi à nourrir une famille de 6 avec une livre de bœuf haché pis 4 patates. T’as réussi à pas les faire mourir, c’est déjà hot.

Les kids courent partout, on fait des concours de V8 au poivre ou de calage de Neo Citran, je gagne tout le temps mais mon cousin JF est toujours bon deuxième, je le soupçonne de me laisser gagner, y’a 4 ans de plus que moi après tout, pis je suis sa cousine préférée.

J’ai 19 ans, Marcel vient de mourir. Je l’apprends en rentrant d’un bar. Je suis encore un peu saoule. Je pleure la personne que j’ai connue, le petit vieux – y’était vraiment petit – avec qui j’écoutais Columbo, avec qui je surlignais le Télé-Presse pour les meilleurs shows animés.

Avec qui j’ai joué au Nintendo (fan fini, pis tu pouvais pas lui donner Luigi, nenon!), avec qui je partageais le kit de mongole de crayons que tes parents t’auraient jamais payé, le foumalade kit en 7 étages qui nécessitait un cash down ou une deuxième hypothèque, ahhhh.

Je pleure en me disant qu’y’aura pus jamais de crèche de même. Ni jamais rien de même. Je me sens cheap, je crois même pas en Dieu.

Mon grand-papa vouait un culte à son sapin, et encore plus à sa crèche. En vieillissant, il ajoutait des figurines MacDo dedans, tsé, les cadeaux des Joyeux Festins? Miss Piggy en rollerblade pis toute? Mon grand-papa les collectionnait. Toutes les maudites de figurines MacDo…

J’ai jamais vu un sapin aussi hot que celui de mon grand-père Marcel. Il faisait trois pieds (le sapin, mon grand-père en faisait à peine 5), mais y’avait 2 pieds de gréements. De petites maisons, de rivières gelées, de montagnes, de skieurs, de travailleurs, de vendeurs de chocolat chaud dans’ rue.

Je vous parlerai pas pantoute de Facebook aujourd’hui. Je pense que vous avez compris.

Je vais juste vous souhaiter un Noël qui vous donnera envie d’en reparler d’en 5 ans, dans 10 ans, dans 30 ans.

Célébrez, mangez, buvez, rappelez-vous que vous êtes vivants.

Je vous aime.

PS : Cheers Marcel, parce que ta crèche, c’était clairement la plus hot ever.

  • Lifeway Undermusic

    J’adore Noël aussi. Et quand même vieux soit ce post, il n’est
    jamais trop tard pour emmagasiner la bonne énergie du début de l’hiver.
    Certains de mes cousins détestent Noël pour des raisons familiales liées à leur
    enfance plus malheureuse que la mienne. Je pense à eux aussi.

  • Lifeway Undermusic

    Ce vingt-quatrième jour du dernier mois me fait rappeler l’importance
    de la famille, peu importe la période de l’année. La période des fêtes me fait
    remémorer le bonheur des proches aussi bien que les proches qui n’ont pas eu la même chance.

    Je débute par mon amour, mes joies et les anecdotes de Noël,
    parce que c’est cela l’essentiel de la réjouissance de la fin de l’année. La
    première chose dont je me rappelle est la visite d’un des amis à mon père nommé Michel lorsque j’avais cinq ans. Il venait régulièrement à notre bungalow de Châteauguay pour lui piquer une jasette. Venait le 24 décembre, ce Michel sonnant à notre porte avec une boîte de carton ouverte. Mon père lui ouvre la porte et m’appelle pour que je vienne dans hall d’entrée. Ce dernier me dit : « Michel a un cadeau pour toi ». Il dépose la boîte par terre, je
    regarde à l’intérieur et je trouve un bonne pelletée de vieux Lego entremêlés
    de quelques « blocks-imitation » ainsi que des figurines du même nom. Ma joie
    était comblée et je crois que c’est la première fois que j’ai dit merci à
    quelqu’un, d’autant plus que je convoitais ces petits blocs magiques depuis
    quelque mois sur les publicités de centres commerciaux. Je me foutais que le
    tout n’était pas dans une boîte neuve. C’était le contenu, et pas le contenant.
    Ce qui me faisait le plus rire, c’était que certains blocs étaient sales,
    surtout les blocks-imitations blancs en plastique. Je me demandais par où
    ont-ils bien pu passer pour en arriver là. Le nombre de maisons que j’ai
    montées et les rues que j’ai placées, ça me mettait dans mon petit monde
    joyeux. J’avais le sourire qui montait jusqu’au front. Une journée comme celle-là
    reste encore magique à mes yeux.

    De l’âge de six jusqu’à neuf ans, je me rappelle surtout des réveillons que ma
    grand-mère préparait dans cette maison canadienne à l’île d’Orléans. Beaucoup de repas cuisinés à la volaille, des bouillis de toutes sortes, des tourtières gigantesques et… l’alcool évidemment. Bière et pinard (je ne dis pas vin rouge ici parce que ce n’était pas la qualité de l’alcool qui importait). La famille, mon grand-père, ma grand-mère ainsi que leurs frères et sœurs étaient chauds, surtout l’oncle Michel, frère de ma grand-mère, qui avait le nez aussi rouge qu’un gars saoul dans une bande dessinée, riant à l’infini. Un des jeux de Noël que ma grand-mère nous incitait à participer était « La carotte ». Le jeu
    traditionnel de la carotte était de passer la carotte entre nos genoux à l’autre
    personne sans l’échapper, sauf que les idées de ma grand-mère n’étaient pas
    traditionnelles. Le jeu était modifié à ce que chacun porte une fine barre de
    métal avec un crochet sur leur derrière accrochée à leur ceinture et les gens
    devaient se passer la carotte attachée d’une mince corde sur le dessus. Avec l’alcool en jeu, je crois que les rires ont défoncés les murs de la maison de mes
    grands-parents.

    Je vous en conterai davantage si vous prêtez l’oreille. Merci.

  • Lifeway Undermusic

    Si vous permettez, je continue donc mon histoire. Je parlais du temps festif ahurissant de mes grands-parents. Déconcertant pour certains membres de ma famille par contre, comme ma mère, aussi sage soit-elle, qui détestait ce jeu de Noël dépourvu de conscience. Elle ne le montrait pas vraiment, elle y prenait parfois même un plaisir à en rire, mais rares sont les fois qu’elle y participait. En fait, ma grand-mère a tellement répété ce jeu que de plus en plus, les personnes préféraient discuter ensemble autour de la table de cuisine ou bien simplement s’évacher sur les vieux fauteuils du salon, même si le jeu de la carotte défilait devant leurs yeux. Dans la famille, les gens délaissaient de plus en plus l’alcool. Encore plus divisé, on pouvait voir clairement la ligne entre ceux qui buvaient et ceux qui buvaient moins.

    C’était la fin des années 80, l’époque où ces nouvelles familles issues de la moyenne classe, deux à trois enfants à la charge, commençaient à se sensibiliser tous et chacun aux questions sociales de grande portée telles que l’alcool au volant, la drogue, le Parkinson, l’Alzheimer ou, plus médiatisé, les rapports sexuels sans risque. Et cela s’échangeait beaucoup en famille. À mes yeux d’enfant, ce phénomène semblait comme un coup de tonnerre sur les alcolos, les personnes de différentes orientations sexuelles ainsi que le retour de la grande miséricorde envers ceux et celles qui ont une grave maladie au niveau physique. Bref, tout le monde.

    Je suis en train de fuir le principal de la discussion un peu, alors je reviendrai sur mes grands-parents un peu plus tard.

    Je vous parlais au tout début de ceux et celles qui ont passé des veillées de Noël moins joyeuses durant leur enfance. Je faisais référence à mes cousins qui détestent Noël pour des motifs familiaux liés à leur père violent. Deux frères et deux sœurs, par contre les deux sœurs ont su conserver leur appréciation du temps des fêtes même si elles ont également été victimes de leur père. Maintes fois j’ai dû entendre mon cousin, le plus vieux des deux, dire clairement qu’il n’aimait pas Noël devant sa famille ou moi. Il ressentait une certaine hypocrisie derrière l’image charismatique des convives, chose qui ne correspondait pas à la réalité de la situation familiale d’après lui. Rares sont les fois que je l’ai vu sourire durant sa jeunesse. Même jeune vers onze ou douze ans, lorsque ma mère avait préparé le réveillon dans notre ancienne maison de style canadienne, il avait une certaine difficulté de montrer le bonheur en ses yeux. Il pouvait être jasant, rieur et fêtard, sauf que tout ceci était limité au corps de jeune qu’il possédait. Aussi âgé que moi, quoiqu’un peu grassouillet et plus grand de taille, je pouvais voir en son âme qu’il détestait être enfant, encore moins d’être pris pour un. Cela lui est resté avec les années.

    À l’époque, je faisais des efforts pour faire plaisir aux gens. J’avais même aidé ma mère à cuisiner ce Noël-là et je faisais des cadeaux du mieux que je pouvais. J’avais pas le tour d’emballer, j’y allais au pif. Il n’y avait rien qui m’appartenait, par contre à notre domicile nous avions un vieux lecteur de vidéo-cassette Bêta. Ma mère avait enregistré quelques films à la télévision comme Superman 3, Terminator ou Short Circuit (Cœur Circuit). Très jeune, je savais comment fonctionnaient les électroniques de maison, alors j’avais copié les trois films sur trois vidéo-cassettes de type VHS, cadeau de ma part à mon cousin, son frère et les deux soeurs. La qualité était une des plus médiocres (copie d’une copie, on s’entend là-dessus) mais au moins les films y étaient, son et image. Je crois que mon cousin a encore ce VHS de Superman 3 en quelque part chez lui. Et ça lui a fait rire lorsqu’il a déballer le cadeau, trouvant l’idée la plus insensée pour le temps des fêtes.

    Si je me rappelle bien ce réveillon-là, ma mère avait déniché une bouteille de cidre provenant de sa famille à l’île. C’était la première fois de ma vie que j’ai goûté à l’alcool et, avec une seule gorgée, j’ai trouvé ça assez fort, même trop fort. Je croyais que j’avais brulé ma trachée en l’espace d’une demi-seconde. Je n’en ai pas pris davantage. Les mois qui ont suivi, je m’habituais à un peu de vin rouge lors de visites familiales, Après, les « coolers » vers 14-15 ans, le vin encore, « sipper » du champagne aux mariages et vers 17 ans, la bière (le colon en moi, oui, ou bien l’influence du maudit christ taverneux du temps du cégep et les clones autour). Je buvais vite et j’arrêtais vite aussi. Je détestais prendre mon temps pour déguster quelque chose d’aussi gris qu’une bière. Et le vin… grande préférence pour le blanc (désolé, fans finis de vin rouge, si vous voulez me faire plaisir, achetez-moi une bouteille de Crozes-Hermitage).

    Je dois y aller. Prenez bien votre fin de semaine de l’action de grâce. Oui, oui, j’ai d’autres vieilles histoires de Noël dont je prendrai jusqu’au temps des fêtes à rédiger… ou peut-être avant.

    Commentaire de la semaine: « J’ai voulu prendre mon Thanksgiving jeudi, sauf que le monde sont pas relax le vendredi ».

  • Lifeway Undermusic

    Me revoilà, une semaine délayée.

    Et je vais un peu changer de cap ici. L’alcool figurait comme un mot-clé depuis le début, alors on va dégriser ce quatrième post. Et lorsque je dis dégriser, ce sera comme dans fuir l’atmosphère déprimante de Montréal sous zéro.

    J’ai eu la chance, peut-on le dire, de voyager avec ma famille le long de la côte est américaine quatre ou cinq fois jusqu’à mon deuxième secondaire. Mini-fourgonnette bien paquetée sur les autoroutes payantes avec mon père au volant jetant sa pièce de George Washington dans le panier comme sa cigarette finie, on passait tout près des magnifiques champs de blé ainsi que les cités les plus importantes du pays. Plusieurs dodos aux « Holiday Inn » en chemin ainsi que pas mal de « fast-food » en route, nous roulions près de neuf heures par jour, le parcours total se faisant en trois ou quatre jours dépendant des retards de trafic routier ou d’autres raisons moins intéressantes.

    Si je parle de ces voyages vers le sud, c’est qu’il y en a un qui m’a particulièrement accroché. Près de mes dix ans, mon père avait fait l’achat d’une maison pour nos vacances en Floride, à Naples, situé à deux pas du Golfe du Mexique et qu’à deux ou trois heures de route d’Orlando. Pendant le temps des fêtes, on s’y rendait en avion. Effectivement, nous étions allés à Walt Disney World et les autres attractions populaires, mais ce n’était pas ce qui m’a passionné le plus. C’était plutôt le golfe du Mexique près de cette maison, l’eau, le sable, les palmiers, la nature magnifiquement colorée, les flamants roses empiétant sur de grands espaces verts, une tranquillité des plus apaisantes sans compter les voisins agréables de cette petite banlieue. Sur le flanc du grand golfe, je pouvais m’imaginer le Mexique en fixant vers l’ouest, l’eau étant si translucide (lorsque j’y pense, cela me fait penser à la chanson « Sand and foam » de Donovan).

    Par ailleurs, la maison était très agréable à y vivre. Un seul étage au rez-de-jardin avec deux grandes chambres, une pour ma sœur et moi et l’autre pour mes parents. Un beau jardin se rangeait derrière. C’était vraiment paisible pour s’y détendre. Ma mère avait acheté un Polaroid et prenait des photos instantanées de nous et du domicile. Ça me fait penser à ma cousine, qui devait avoir seize ans, prenant une photographie de nous avec l’appareil et secouer la photo de toutes ces forces. Je me rappelle très bien et j’en ris encore, ma mère, aussi sage soit-elle, lui a dit d’un ton fort « Hey! Qu’est-ce que tu fais là? ». Et ma cousine ne l’a même pas cru lorsqu’elle a expliqué qu’il fallait laisser la photographie stable jusqu’à ce qu’elle s’aperçoive du résultat final qui était tout embrouillé. Que veux-tu? C’était le début des années 90, la période « dance ». Surement que ma cousine avait des prémonitions du « Shake it like a Polaroid »… Mauvaise blague.

    À un de ces noëls passés là-bas, un couple d’américains à la retraite vivait en face de chez nous. Mon père leur parlait régulièrement et le couple nous avait invité à passer une soirée bien simple chez eux. Des poissons exotiques dans de grands aquariums, un aménagement intérieur des plus biens pensés, leur maison en était une où il faisait bon vivre. J’en étais vraiment impressionné. Et ces voisins avaient une allure des plus sympathiques, leur sourire toujours en coin dont je trouvais assez discret en ce qui dégageait de leur communication non verbale. Après quelques heures de discussion entre parents, nous sommes rentrés chez nous pour nous coucher et de ce que je me souviens, notre sommeil était des plus reposants. Quelque chose de finement spirituel ressortait de cette visite. Il y avait un certain réconfort dont je ressentais jusqu’au fond de l’âme.

    Après y avoir passé trois noëls, mon père a vendu cette propriété paradisiaque. Sans pleurer, j’étais assez triste de perdre cette chance que j’avais eu. Surtout, quelque peu de temps avant la vente finale, mon père et ma mère envisageaient de déménager définitivement là-bas. Même qu’ils en parlaient aux autres membres de la famille et ces derniers trouvaient l’idée terrifiante. Certes, leur opinion unanime a fait en sorte que mon père résigne sur cette idée.

  • Lifeway Undermusic

    Noël… mes souvenirs d’enfance ont été marqués par un quelconque bonheur matériel , cependant ils ont été aussi profondément touchés par une vie beaucoup plus spirituelle, suivie de tristesse accrue se transformant en pleurs prémonitoires où l’obscurité gagnait en espace dans mon cœur, lui faisant déborder l’amertume, prenant une importante part de mon innocence et ma jeunesse.

    Je n’avais que neuf ans et ma sœur, huit. Je le pressentais seul car dans ma famille, on ne disait pas aux enfants qu’un proche avait une maladie grave, ou encore, qu’il allait mourir. J’imagine que certains enfants de notre génération ont vécu des deuils familiaux. Je me demande souvent comment cela les a affecté ainsi que ce qu’ils se rappellent de leur entourage à l’époque. Parce que si je n’avais pas pris le téléphone pour parler à ma tante, je n’aurais jamais su que mon grand-père était sur le point de mourir. C’était lorsque je demandais à ma mère pourquoi grand-papa ne nous parlait plus au téléphone depuis deux semaines que j’ai vu son expression au visage fondant à en sortir quasiment des larmes. J’ai appelé chez mon grand-père, là où ma tante vivait aussi, et c’est cette dernière qui, en lui demandant plusieurs questions, m’a répondu qu’il avait une sorte de leucémie et qu’il résidait à l’hôpital. J’ai resté figé pendant un moment. Mes larmes n’ont pas
    sorti immédiatement. J’avais vraiment de la peine pour la première fois de ma vie. Je pense que tout de suite après avoir raccroché le téléphone, j’ai été rejoindre ma mère dans sa chambre. Son visage était toujours pleurant et défait. Près d’elle, je pouvais la réconforter sur sa certitude que son père mourra
    bientôt. C’était vers ce temps-ci de l’année que tout cela se produisait.

    À l’hôpital à Québec, mes parents y étaient pour le visiter. Or, ma sœur et moi devions passer la fin de semaine chez la sœur de ma mère sans qu’on puisse le voir. Affaire d’adultes le deuil, évidemment. Je trouvais triste qu’on ne puisse pas lui dire un seul mot entre nos yeux. Puisqu’il était impossible d’être près de lui, j’ai demandé à ma tante si mon grand-père avait accès à un téléphone dans sa chambre de repos. Elle me l’a donné en me prévenant de ne pas l’appeler trop souvent. J’ai signalé le numéro et en répondant, mon grand-père était heureux de me parler. Sa voix était un peu souffrante et j’avais beaucoup de misère à l’imaginer souffrir également. On a parlé brièvement, mais c’était rassurant pour moi et surement pour lui aussi. Il tenait vraiment à ce que je le visite. Je voulais vraiment, sauf que ma mère n’était pas d’accord jusqu’à ce que sa maladie prenne le dessus. Elle a finalement accepté qu’on lui rende visite tous ensemble.

    Arrivés à l’hôpital, ma mère nous avait averti qu’il avait physiquement beaucoup changé, sans nous donner plus de détails. Et voilà que je l’aperçois dans sa chambre, sur son lit, maigri et ayant perdu quasiment tous ses cheveux. Il nous disait combien il nous aimait tous les deux et qu’il allait nous donner un cadeau à
    chacun pour Noël qui venait bientôt, aussi généreux soit-il. Encore là, la visite était brève et même si j’étais
    préparé à le voir ainsi, je trouvais encore plus attristant que nous ne pouvions rien faire pour lui. Encore plus éprouvant, la situation entre lui et ma grand-mère s’était transformé en querelles un peu avant le début de sa leucémie, ce qui a mené à une courte séparation.

    Décembre arriva. Et les deux cadeaux promis par mon grand-père arrivèrent chez nous par la poste. Ce qu’il m’avait donné était une bande dessinée intitulée « Le fils d’Astérix » de la collection du même nom. Ce petit cadeau me faisait rappeler toutes les bandes dessinées que je lisais lorsque je visitais mes grands-parents. Des Lucky Luke, des Boule et Bill, des Astérix en majorité ainsi que d’autres livres. Cela me faisait rappeler aussi combien il appréciait ses petits-enfants dont certains venait de naître. Une vieille vidéo de famille chez ma mère où on le voit bien avec Élise, ma cousine qui avait seulement cinq ou six mois, montre qu’il savait comment faire réduire les pleurs de bébé. Il avait le tour.

    Mon grand-père a rendu l’âme quelques jours après la nouvelle année et c’était la première fois qu’il n’y avait pas eu de réveillon. Quelques jours avant sa mort, les querelles entre ma grand-mère et ses propres enfants commencèrent. Je ne conterai pas les détails de l’histoire. Mon oncle, ma mère et mes tantes ont écarté leur mère et, après quelques années, certains se sont réconciliés avec elle, d’autres non. C’était ma seule famille québécoise et je perdais mon point d’ancrage culturel et familial avec un deuil qui se résume en
    gigantesque conflit familial. Je trouvais la réalité triste. Habituellement, lors des funérailles, la famille immédiate se réunie pour se supporter et pour s’épauler en rendant un certain hommage. Ici, c’était tout le contraire. Les membres de ma famille avaient perdu tout point de ralliement, ma mère, son frère et ses sœurs évitant le plus possible les communications avec la parenté de ma grand-mère. Depuis ce temps jusqu’à ce jour, ma mère ne communique plus avec sa mère.

    Il me manque beaucoup et même si cela fait un peu plus de vingt-cinq ans qu’il est disparu, il reste présent dans mes pensées. Toutes les fois qu’on est allés avec son camion au dépanneur de la paroisse Saint-Laurent à l’île, je me sentais comme si je vivais chez lui. On riait souvent ensemble. Cela me fait rappeler lorsque j’avais autour de cinq ans : il y avait le nouveau conjoint de la mère à mon grand-père qui était vraiment vieux, plein aux as et excessivement gratte cenne. Mon grand-père n’était pas capable de le sentir. La famille était assise autour de la table de la salle à manger et, moi qui aimait tellement les gens, j’ai pris une pelle en plastique et j’ai trouvé un moyen de l’insérer entre sa chaise et ses fesses et le faire sauter pendant au moins une minute. Le radin de la famille ne s’en rendait même pas compte et mon grand-père riait tellement en voyant ça. Ma grand-mère disait « Mais arrête-le! » et mon grand-père répondait « Non! Laisse-le continuer! C’est trop drôle!».

    Le rire, c’est surement l’héritage que mon grand-père m’a laissé. Merci encore Guy.

  • Fêtes Lumieres

    Noël…
    mes souvenirs d’enfance ont été marqués par un quelconque bonheur matériel ,
    cependant ils ont été aussi profondément touchés par une vie beaucoup plus
    spirituelle, suivie de tristesse accrue se transformant en pleurs prémonitoires
    où l’obscurité gagnait en espace dans mon cœur, lui faisant déborder
    l’amertume, prenant une importante part de mon innocence et ma jeunesse.

    Je n’avais que neuf ans et ma sœur, huit. Je le pressentais seul car dans ma
    famille, on ne disait pas aux enfants qu’un proche avait une maladie grave, ou
    encore, qu’il allait mourir. J’imagine que certains enfants de notre génération
    ont vécu des deuils familiaux. Je me demande souvent comment cela les a affecté
    ainsi que ce qu’ils se rappellent de leur entourage à l’époque. Parce que si je
    n’avais pas pris le téléphone pour parler à ma tante, je n’aurais jamais su que
    mon grand-père était sur le point de mourir. C’était lorsque je demandais à ma
    mère pourquoi grand-papa ne nous parlait plus au téléphone depuis deux semaines
    que j’ai vu son expression au visage fondant à en sortir quasiment des larmes.
    J’ai appelé chez mon grand-père, là où ma tante vivait aussi, et c’est cette
    dernière qui, en lui demandant plusieurs questions, m’a répondu qu’il avait une
    sorte de leucémie et qu’il résidait à l’hôpital. J’ai resté figé pendant un
    moment. Mes larmes n’ont pas

    sorti immédiatement. J’avais vraiment de la peine pour la première fois de ma
    vie. Je pense que tout de suite après avoir raccroché le téléphone, j’ai été
    rejoindre ma mère dans sa chambre. Son visage était toujours pleurant et
    défait. Près d’elle, je pouvais la réconforter sur sa certitude que son père
    mourra

    bientôt. C’était vers ce temps-ci de l’année que tout cela se produisait.

    À l’hôpital à Québec, mes parents y étaient pour le visiter. Or, ma sœur et moi
    devions passer la fin de semaine chez la sœur de ma mère sans qu’on puisse le
    voir. Affaire d’adultes le deuil, évidemment. Je trouvais triste qu’on ne
    puisse pas lui dire un seul mot entre nos yeux. Puisqu’il était impossible
    d’être près de lui, j’ai demandé à ma tante si mon grand-père avait accès à un téléphone
    dans sa chambre de repos. Elle me l’a donné en me prévenant de ne pas l’appeler
    trop souvent. J’ai signalé le numéro et en répondant, mon grand-père était
    heureux de me parler. Sa voix était un peu souffrante et j’avais beaucoup de
    misère à l’imaginer souffrir également. On a parlé brièvement, mais c’était
    rassurant pour moi et surement pour lui aussi. Il tenait vraiment à ce que je
    le visite. Je voulais vraiment, sauf que ma mère n’était pas d’accord jusqu’à
    ce que sa maladie prenne le dessus. Elle a finalement accepté qu’on lui rende
    visite tous ensemble.

    Arrivés à l’hôpital, ma mère nous avait avertis qu’il avait physiquement
    beaucoup changé sans nous donner plus de détails. Et voilà que je l’aperçois
    dans sa chambre, sur son lit, maigri et ayant perdu quasiment tous ses cheveux.
    Il nous disait combien il nous aimait tous les deux et qu’il allait nous donner
    un cadeau à

    chacun pour Noël qui venait bientôt, aussi généreux soit-il. Encore là, la
    visite était brève et même si j’étais

    préparé à le voir ainsi, je trouvais encore plus attristant que nous ne
    pouvions rien faire pour lui. Encore plus éprouvant, la situation entre lui et
    ma grand-mère s’était transformé en querelles un peu avant le début de sa
    leucémie, ce qui a mené à une courte séparation.

  • Tales

    Noël… mes souvenirs d’enfance ont été marqués par un quelconque bonheur matériel , cependant ils ont été aussi profondément touchés par une vie
    beaucoup plus spirituelle, suivie de tristesse accrue se transformant en pleurs
    prémonitoires où l’obscurité gagnait en espace dans mon cœur, lui faisant
    déborder l’amertume, prenant une importante part de mon innocence et ma
    jeunesse.

    Je n’avais que neuf ans et ma sœur, huit. Je le pressentais seul car dans ma
    famille, on ne disait pas aux enfants qu’un proche avait une maladie grave, ou
    encore, qu’il allait mourir. J’imagine que certains enfants de notre génération
    ont vécu des deuils familiaux. Je me demande souvent comment cela les a affecté ainsi que ce qu’ils se rappellent de leur entourage à l’époque. Parce que si je n’avais pas pris le téléphone pour parler à ma tante, je n’aurais jamais su que mon grand-père était sur le point de mourir. C’était lorsque je demandais à ma mère pourquoi grand-papa ne nous parlait plus au téléphone depuis deux semaines que j’ai vu son expression au visage fondant à en sortir quasiment des larmes. J’ai appelé chez mon grand-père, là où ma tante vivait aussi, et c’est cette dernière qui, en lui demandant plusieurs questions, m’a répondu qu’il avait une sorte de leucémie et qu’il résidait à l’hôpital. J’ai resté figé pendant un
    moment. Et j’avais vraiment de la peine pour la première fois de ma
    vie. Je pense que tout de suite après avoir raccroché le téléphone, j’ai été
    rejoindre ma mère dans sa chambre. Son visage était toujours pleurant et
    défait. Près d’elle, je pouvais la réconforter sur sa certitude que son père
    mourra bientôt. C’était vers ce temps-ci de l’année que tout cela se produisait.

    À l’hôpital à Québec, mes parents y étaient pour le visiter. Or, ma sœur et moi
    devions passer la fin de semaine chez la sœur de ma mère sans qu’on puisse le voir. Affaire d’adultes le deuil, évidemment. Je trouvais triste qu’on ne
    puisse pas lui dire un seul mot entre nos yeux. Puisqu’il était impossible
    d’être près de lui, j’ai demandé à ma tante si mon grand-père avait accès à un téléphone dans sa chambre de repos. Elle me l’a donné en me prévenant de ne pas l’appeler trop souvent. J’ai signalé le numéro et en répondant, mon grand-père était heureux de me parler. Sa voix était un peu souffrante et j’avais beaucoup de misère à l’imaginer souffrir également. On a parlé brièvement, mais c’était rassurant pour moi et surement pour lui aussi. Il tenait vraiment à ce que je le visite. Je voulais vraiment, sauf que ma mère n’était pas d’accord jusqu’à ce que sa maladie prenne le dessus. Elle a finalement accepté qu’on lui rende visite tous ensemble.

    Arrivés à l’hôpital, ma mère nous avait avertis qu’il avait physiquement beaucoup changé sans nous donner plus de détails. Et voilà que je l’aperçois
    dans sa chambre, sur son lit, maigri et ayant perdu quasiment tous ses cheveux. Il nous disait combien il nous aimait tous les deux et qu’il allait nous donner un cadeau à chacun pour Noël qui venait bientôt, aussi généreux soit-il. Encore là, la visite était brève et même si j’étais préparé à le voir ainsi, je trouvais encore plus attristant que nous ne pouvions rien faire pour lui. Encore plus éprouvant, la situation entre lui et ma grand-mère s’était transformé en querelles un peu avant le début de sa leucémie, ce qui a mené à une courte séparation.

    Décembre arriva. Et les deux cadeaux promis par mon grand-père arrivèrent chez nous par la poste. Ce qu’il m’avait donné était une bande dessinée intitulée « Le fils d’Astérix » de la collection du même nom. Ce petit cadeau me
    faisait rappeler toutes les bandes dessinées que je lisais lorsque je visitais
    mes grands-parents. Des Lucky Luke, des Boule et Bill, des Astérix en majorité
    ainsi que d’autres livres. Cela me faisait rappeler aussi combien il appréciait
    ses petits-enfants dont certains venaient juste de naître. Une vieille vidéo de famille chez ma mère où on le voit bien avec Élise, ma cousine qui avait seulement cinq ou six mois, montre qu’il savait comment faire réduire les pleurs de bébé. Il avait le tour.

    Mon grand-père a rendu l’âme quelques jours après la nouvelle année et c’était la première fois qu’il n’y avait pas eu de réveillon. Quelques jours avant sa
    mort, les querelles entre ma grand-mère et ses propres enfants commencèrent. Je ne conterai pas les détails de l’histoire. Mon oncle, ma mère et mes tantes ont écarté leur mère et, après quelques années, certains se sont réconciliés avec elle, d’autres non. C’était ma seule famille québécoise et je perdais mon point d’ancrage culturel et familial avec un deuil qui se résume en gigantesque conflit familial. Je trouvais la réalité triste. Habituellement, lors des funérailles, la famille immédiate se réunie pour se supporter et pour s’épauler en rendant un certain hommage. Ici, c’était tout le contraire. Les membres de ma famille avaient perdu tout point de ralliement, ma mère, son frère et ses sœurs évitant le plus possible les communications avec la parenté de ma grand-mère. Depuis ce temps jusqu’à ce jour, ma mère ne communique plus avec sa mère.

    Il me manque beaucoup et même si cela fait plus de vingt-cinq ans qu’il est
    disparu, il reste présent dans mes pensées. Toutes les fois qu’on est allés
    avec son camion au dépanneur de la paroisse Saint-Laurent à l’île, je me
    sentais comme si je vivais chez lui. On riait souvent ensemble. Cela me fait
    rappeler lorsque j’avais autour de cinq ans : il y avait le nouveau conjoint de
    la mère à mon grand-père qui était vraiment vieux, plein aux as et excessivement gratte cenne. Mon grand-père n’était pas capable de le sentir. La famille était assise autour de la table de la salle à manger et, moi qui aimait
    tellement les gens, j’ai pris une pelle en plastique et j’ai trouvé un moyen de
    l’insérer entre sa chaise et ses fesses et le faire sauter pendant au moins une
    minute. Le radin de la famille ne s’en rendait même pas compte et mon
    grand-père riait tellement en voyant ça. Ma grand-mère disait « Mais arrête-le!
    » et mon grand-père répondait « Non! Laisse-le continuer! C’est trop drôle!».

    Le rire, c’est surement l’héritage que mon grand-père m’a laissé. Merci encore Guy.