Prix Ig Nobel 2014 : Souriez, la science déconne!

Le ridicule ne tue pas

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C’est hier soir, à l’augustissime Université Harvard, qu’avait lieu la «24e première» cérémonie de remise des prix Ig Nobel, qui récompensent des recherches qui font rire avant de faire réfléchir. Une cuvée particulièrement savoureuse dont voici le joyeux résumé.

Organisés sous l’auspice de la revue plus ou moins scientifique Annals of Improbable Research, les prix Ig Nobel soulignaient cette année 10 réalisations loufoques et/ou déplorables. Comme le veut maintenant la tradition, la cérémonie (qui a duré près de 1h45) s’est déroulée dans un joyeux bordel où se côtoyaient myriades d’avions de papier, costumes bizarres, quelques véritables nobélisés qui ne se prennent pas trop au sérieux et décors dignes du Dollarama.

Au début de la cérémonie, les récipiendaires de prix Ig Nobel montent tous sur scène en même temps, en tenant une petite corde comme celle que les gardiennes de CPE utilisent pour emmener leurs ouailles au parc du quartier.

Fait à souligner : la diffusion en flux continu sur Internet a été confiée à un groupe d’étudiants de première année en informatique et elle n’a pas planté une seule fois, ce qui prouve que des étudiants de première année peuvent être plus efficaces que les experts d’Apple la semaine dernière. :)

Les grands gagnants

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les gagnants des Ig Nobel, d’où qu’ils soient dans le monde, se déplacent généralement pour recevoir leurs prix en personne. Au début de la cérémonie, les heureux élus montent d’ailleurs tous sur scène en même temps, en tenant une petite corde comme celle que les gardiennes de CPE utilisent pour emmener leurs ouailles au parc du quartier.

Cette année, 8 des 10 récipiendaires étaient sur place pour recevoir leurs prix, d’une valeur de 10 trillions de dollars… zimbabwéens, reliques d’un épisode d’hyperinflation qui a complètement détruit la valeur de la monnaie dans ce malheureux pays :

  • Le prix de Sciences Arctiques a été décerné à un groupe de chercheurs allemands et norvégiens qui ont testé la réaction des rennes sauvages à la présence d’êtres humains déguisés en ours polaires.
  • Le prix de Médecine a récompensé une étude sur la guérison des saignements de nez incontrôlables à l’aide de tranches de bacon crues enfoncées dans les narines. Avec une démonstration en direct à l’appui – ou du moins une simulation, puisque «l’arbitre» de la soirée a empêché l’un des participants d’asséner un coup de gant de boxe à l’autre pour déclencher le saignement de nez nécessaire à une véritable démonstration.
  • Le prix des Arts a récompensé une étude italienne sur la douleur, dans laquelle on a prouvé qu’un sujet qui regardait une oeuvre laide avait plus mal que celui qui regarde une oeuvre plus jolie quand on lui brûlait la main avec un rayon laser.
  • Le prix de Biologie a été décerné aux auteurs d’une étude qui démontre que les chiens font leurs besoins en s’alignant sur le champ magnétique terrestre.
  • Le prix de Santé publique a été remis conjointement à deux équipes qui ont étudié des facettes différentes du danger pour la santé mentale que constitue la présence d’un chat dans la maison.
  • Les gagnants du prix de Psychologie ont démontré que ceux qui se couchent tard sont plus narcissiques et plus souvent psychopathes que ceux qui se lèvent tôt.

    Sachez par ailleurs que je me couche habituellement vers 21h et que je me lève, sans réveil-matin, vers 5h. À vous de déterminer si mon exemple réfute les résultats de l’enquête.

  • Le prix de Sciences neurologiques, soit dit en passant le seul qui ait été décerné à une équipe dont faisaient partie des chercheurs canadiens, a récompensé une étude sur le fonctionnement du cerveau de ceux qui pensent voir le visage de Jésus dans leurs rôties. Semble-t-il que c’est normal, et que si on «souffre» d’un manque d’imagination on peut toujours se commander un grille-pain qui imprime la face de Jésus sur son pain sur Internet. Je vous conseille plutôt la version Darth Vader.
  • Enfin, le prix de Physique a récompensé les chercheurs japonais qui ont étudié les coefficients de friction entre les chaussures, le plancher et les pelures de banane quant on met le pied dessus. Le gagnant est venu accepter son prix en chantant et en illustrant ses propos d’images de Godzilla en train de glisser sur un trottoir.

Les deux exceptions à la règle :

  • Les gagnantes du prix de Nutrition, retenues en Espagne, ont envoyé une vidéo pour remercier les organisateurs d’avoir récompensé leur étude sur le développement d’une saucisse probiotique à partir de bactéries extraites de caca de bébé. Les quelques véritables gagnants de prix Nobel sur place ont d’ailleurs eu droit à une dégustation de la chose. De gré ou de force.
  • Quant aux «malheureux gagnants» du prix d’Économie qui, comme c’est souvent le cas, a été remis à une organisation s’étant couverte de ridicule dans la conduite des affaires publiques plutôt qu’à un chercheur ayant réalisé une quelconque percée scientifique, ils ont préféré se tenir tranquilles. Il faut dire que se faire «féliciter» d’avoir inclus les recettes de la prostitution et du crime organisé dans le calcul du PIB pour gonfler celui-ci, comme l’ont fait les responsables de la statistique au gouvernement italien (apparemment à la demande de l’Union européenne), n’a rien de bien glorieux!

L’enrobage sucré autour du bonbon

Une des interventions de Miss Sweetie Poo lors de la cérémonie (Photo : Physics Central).

Une des interventions de Miss Sweetie Poo lors de la cérémonie (Photo : Physics Central).

Remettre dix prix loufoques ne devrait pas prendre plus de 30 minutes. D’autant plus que les organisateurs des Ig Nobel disposent d’une arme redoutable pour interrompre les discours de remerciements qui n’en finissent plus : Miss Sweetie Poo, une adorable petite fille de huit ans dont le rôle consiste à s’approcher d’un gagnant trop bavard et à hurler «Tais-toi, c’est plate!» jusqu’à ce qu’il obtempère.

D’ailleurs, Miss Sweetie Poo a dû intervenir à quatre reprises et n’a pas cédé même lorsqu’un gagnant a tenté de la soudoyer avec des peluches.

Néanmoins, la cérémonie d’hier a duré près de 1h45. La plupart des intermèdes étaient divertissants : ce fut notamment le cas de la lecture d’une recette de saumon cuit au scanner, du discours de bienvenue qui consiste à dire «Bienvenue!» dans quelques langues, et surtout des fameuses présentations 24/7 durant lesquelles les présentateurs doivent expliquer des concepts scientifiques complexes en 24 secondes et ensuite résumer leurs discours en sept mots. Seul l’opéra en trois actes sur le thème de la nourriture à base de pilules nous a laissés… sur notre faim. Pas plus réussi que l’an passé, cet opéra; une tradition à réviser, sans doute.

Mais ne boudons pas notre plaisir. Si vous avez une heure ou deux pour rigoler en fin de semaine, jetez un coup d’oeil à la retransmission de la cérémonie ci-dessous.

Sinon, je vous dirai, comme l’animateur de la soirée l’a souhaité aux gagnants d’hier soir : Meilleure chance l’année prochaine!

  • Steve Rodrigue

    Sourions, la vie est belle.

  • Steve C

    Ha que j’aimerais être à une de ces soirée là .. :)

  • Gaston

    Je ne sais pas pourquoi, mais à chaque fois que j’entends parler des Ig Nobels, je pense au film « Spaceballs » :-).