Vitesse, ouverture et ISO : Le triangle amoureux de l’exposition

Trucs et astuces

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Vos photos ne sont pas toujours aussi bonnes qu’elles ne pourraient l’être. Voici comment gérer les principaux facteurs qui vous permettront de mieux maîtriser la photographie.

Ce n’est plus un secret pour personne, nous vivons aujourd’hui dans un monde ou tout est automatisé. Les appareils photo numériques et téléphones intelligents simplifient nos vies en gérant tous les paramètres d’exposition au moment de prendre une photo. Pourtant, les photos ne sont pas toujours aussi bonnes qu’elles ne pourraient l’être. 

Pourquoi? Parce que l’appareil fait une moyenne en se basant sur les données qu’il possède. En vous aventurant du côté de la capture manuelle, vous pourriez atteindre de bien meilleurs résultats.

L’exposition

L’exposition d’une image est composée de la vitesse d’obturation, la sensibilité ISO et l’ouverture du diaphragme. Ces trois facteurs interagissent entre eux et feront en sorte qu’une image sera soit :

  • Correctement exposée.
  • Sousexposée : pas suffisamment de lumière et perte de détails dans les parties sombres.
  • Surexposée : trop de lumière et perte de détails dans les parties claires.

Voici donc comment chaque élément agit sur l’exposition d’une image.

Vitesse d’obturation

La vitesse d’obturation, c’est le temps durant lequel le capteur sera exposé à la lumière, exprimé en secondes ou en fraction de seconde. 

Plus la vitesse est rapide (par exemple 1/500 ou 1/1 000 de seconde), moins il recevra de lumière, et plus la photo pourrait être sombre. 

Mais une vitesse rapide permet quelque chose d’intéressant, soit de figer le mouvement. Avec une vitesse de 1/250, 1/500 ou plus rapide, on peut donc photographier quelqu’un en train de courir, une voiture ou un train passant à grande vitesse et figer son sujet en plein mouvement.

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À l’inverse, on peut conserver l’effet de mouvement si on le désire en ralentissant sa vitesse, à 1/100, 1/50 ou plus lent. 

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Par contre, un appareil placé en mode automatique n’aura aucune idée du résultat que vous souhaitez d’obtenir et tentera généralement de vous donner la vitesse maximale possible, en modifiant la valeur ISO et l’ouverture, dont je vous parle ci-dessous.

Ouverture du diaphragme

Commençons par un peu de théorie. La définition «pratique» se trouve un peu plus bas.

L’ouverture est représentée par un petit ƒ suivi d’un nombre, avec ou sans décimale. Par exemple, ƒ/3.5 ou ƒ/8. Plus ce nombre est petit, plus le diaphragme de l’objectif est ouvert. Plus ce nombre est grand, plus il est fermé. 

Contradictoire? Pas vraiment, puisque le ƒ indique qu’il s’agit d’une fraction de la quantité de lumière disponible. On pourrait simplifier grossièrement en prétendant que la fraction ƒ/2 représente 1/2 et serait donc supérieure à ƒ/8, qui vaudrait 1/8. 

Le véritable calcul est plus complexe, alors il est plus facile de s’en tenir à remplacer le petit «ƒ» par «1» au départ, pour avoir une idée de grandeur. Ceci vous permettra de vous concentrer sur l’effet voulu, plutôt que la valeur réelle.

L’ouverture est généralement calculée en «crans» («stops» en anglais). Par exemple : ƒ/1.8, ƒ/2.8, ƒ/4, ƒ/5.6, ƒ/8, ou ƒ/11. 

Un objectif selon différentes ouvertures (Image : Wikipédia).

Un objectif selon différentes ouvertures (Image : Wikipédia).

L’ouverture maximale d’un objectif est généralement gravée à l’avant de celui-ci. On y retrouve généralement deux nombres, mais parfois, il n’y en a qu’un seul. Par exemple, sur l’image ci-dessous, on remarque que l’objectif de gauche indique ƒ/3.5-6.3, alors que l’objectif de droite indique ƒ/4. 

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Dans le cas de l’objectif de gauche, ça signifie que, pour la plus petite focale (ici, 18 mm), le diaphragme pourrait être ouvert jusqu’à une valeur de ƒ/3.5. À mesure que l’on allonge la focale pour se diriger vers le maximum de 200 mm, l’ouverture maximale réduira jusqu’à ƒ/6.3, car moins de lumière entrera dans l’objectif. Évidemment, si vous utilisez une ouverture de ƒ/8 ou ƒ/11, celle-ci ne changera pas à mesure que vous changez la focale, puisqu’il ne s’agit pas de la valeur maximale.

Dans le cas de l’objectif de droite, l’ouverture maximale est de ƒ/4 sur toute la longueur focale, soit de 70 à 200 mm, ce qui signifie qu’il n’y a pas de perte de lumière, peu importe la focale utilisée. Ces objectifs coûtent généralement plus cher que ceux à ouverture maximale variable à cause de leur qualité de construction.

Il est d’ailleurs important de savoir qu’à chaque cran d’ouverture supplémentaire, on perd la MOITIÉ de la lumière. Bref, passer de ƒ/4 à ƒ/5.6 signifie moitié moins de lumière, puis de ƒ/5.6 à ƒ/8, encore moitié moins.

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Par exemple, une photo prise à 1/100 et selon une valeur d’ouverture de ƒ/4 sera donc beaucoup plus claire qu’une photo prise à 1/100 avec une ouverture de ƒ/8, car une telle valeur d’ouverture laisse entrer quatre fois moins de lumière.

L’ouverture, pas qu’une question de lumière

L’ouverture sert à déterminer la zone de netteté de votre photo. Si vous photographiez un paysage, vous voulez que l’ensemble de ce qui est dans l’image soit net : montagnes, cours d’eau, arbres, etc. Vous devez donc utiliser une petite ouverture ƒ/11, ƒ/16, ƒ/22… mais vous aurez donc besoin de plus de lumière.

À l’inverse, si vous faites le portrait de quelqu’un, vous voudrez que le visage de votre sujet se détache de l’arrière-plan. Que seule la personne soit nette, et que le reste soit flou. Vous aurez donc besoin d’une plus grande ouverture (par exemple, ƒ/2.8 ou ƒ/4).

Il en va de même pour la photo d’un objet. Si vous souhaitez le faire ressortir, vous devez ouvrir le diaphragme afin d’obtenir un flou en arrière-plan.

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Il y a donc toujours un équilibre à respecter afin d’avoir suffisamment de lumière et une zone de netteté qui permet d’obtenir le résultat voulu.

Que fait-on lorsqu’il manque de lumière et que l’on a ajusté la vitesse et l’ouverture à nos besoins? C’est ici que l’ISO intervient.

Sensibilité ISO

L’ISO est une mesure standardisée qui date de l’époque de la pellicule, pour laquelle elle désignait sa sensibilité à la lumière. On pouvait donc acheter un rouleau de pellicule de 100, 200, 400, ou 800 ISO… et il fallait vivre avec son choix jusqu’à la fin du rouleau.

Aujourd’hui, on peut ajuster cette sensibilité pour chaque cliché, ce qui donne plus de liberté au photographe. Certains appareils, comme le Nikon D4s ou le Sony α7S, peuvent monter jusqu’à une valeur phénoménale de 409 600 ISO, permettant carrément de voir dans l’obscurité, comme le démontre la vidéo ci-dessous.

Supposons que vous vouliez photographier une chaîne de montagnes à main levée. Vous placez votre appareil à 100 ISO, votre ouverture à ƒ/22, mais pour obtenir une exposition correcte, votre vitesse doit être réduite à 1/4 de seconde. Ça signifie que vous manquez de lumière et la photo pourrait être floue. Vous devrez donc augmenter la valeur ISO. 

Calcul simple : pour chaque «cran» de sensibilité ISO (en doublant la valeur), vous doublez la vitesse obtenue. 

Si, à 100 ISO, vous avez une vitesse de 1/4 de seconde, vous obtiendrez 1/8 de seconde avec 200 ISO, puis 1/15 à 400 ISO, 1/30 à 800 ISO, 1/60 à 1 600 ISO et ainsi de suite. 

Par contre, trop augmenter l’ISO risque aussi d’augmenter la quantité de «bruit» dans l’image. Le bruit était autrefois appelé «le grain», sur une pellicule. Il s’agit d’artéfacts de couleur qui apparaissent un peu partout dans l’image et viennent en altérer la qualité.

Une capture à 800 ISO comparée à une capture à 25 600 ISO.

Une capture à 800 ISO comparée à une capture à 25 600 ISO.

Un moyen de contourner ce problème est d’utiliser une ouverture plus grande (réduire l’ouverture de ƒ/22, par exemple, à ƒ/16, ce qui permettra également de doubler la vitesse d’obturation).

Conclusion

Il n’y a pas de façon automatique ou de recette miracle pour obtenir une exposition correcte. Celle-ci dépend de la lumière ambiante (naturelle ou artificielle), de votre sujet (clair ou sombre) et du type de photo que vous souhaitez réaliser (portrait, paysage, ou autre).

La meilleure façon d’obtenir une bonne exposition, c’est de s’exercer dans différentes conditions et de voir comment votre appareil réagit. Testez aussi la sensibilité ISO et voyez à partir de quelle valeur votre capteur commence à créer du bruit ou des artéfacts dans l’image. Vous connaîtrez alors la limite du capteur et pourrez tenter de contourner le problème en changeant la vitesse ou l’ouverture – toujours selon le type de photo que vous souhaitez réaliser, bien entendu.

  • Guy B.

    Merci pour l’article. Croyez-vous que les caméras Lytro renderont le travail plus aisé pour les photographes en herbe ?

    • LeTechnophile

      Malheureusement, ces appareils n’ont pas obtenu le succès espéré, mais il n’en reste pas moins qu’ils font exactement ce travail: permettre à un photographe de choisir son point de focus après-coup et ainsi créer du flou ailleurs dans l’image. Par contre, ce qu’il faut savoir, c’est que le fichier généré est en fait une « animation » où l’appareil a capturé des tranches de la scène, et qu’il faut en choisir une afin de l’exporter comme fichier JPG (ou JPEG) normal. Sinon, ladite « photo » ne pourra être consultée que dans le logiciel de Lytro, si j’ai bien compris.

      Certains téléphones commencent d’ailleurs à offrir ce même procédé et, bien que ce soit intéressant à première vue, ceci donne beaucoup de travail de post-production au photographe. Par expérience, trop de travail en post-production = perte de motivation à « développer » ses photos, après un certain temps.

      Bref, l’idéal est de prendre 2 photos distinctes avec son appareil, en choisissant les 2 zones de netteté entre lesquelles on hésite, et choisir ensuite. Parce que je serais vraiment étonné qu’il y ait plus de 2 points d’intérêt majeurs dans une même photo, si vous souhaitez raconter une histoire avec celle-ci.

      Mais j’y reviendrai dans un prochain texte, où je parlerai de composition. ;)

  • Serge

    wow! merci pour l’Article… elle prend automatiquement la direction de mes favoris dans chrome. :)

  • Virgile Lafreniere

    Merci, c’est très bien vulgarisé