À Montréal, Trane veut transformer les bâtiments en batteries intelligentes

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Et si les bâtiments devenaient plus que des consommateurs d’énergie?

À Montréal, lors de la présentation du laboratoire d’IA de BrainBox AI et Trane Technologies, Dave Regnery, président et chef de la direction de Trane Technologies, a résumé une idée qui pourrait rapidement devenir centrale dans la transition énergétique : les bâtiments ne doivent plus seulement être optimisés. Ils doivent devenir des acteurs du réseau électrique.

L’image est forte. Un bâtiment pourrait fonctionner comme une batterie virtuelle. Il pourrait réduire sa consommation au bon moment, stocker de l’énergie, utiliser une batterie, tirer parti du solaire, arbitrer entre différentes sources d’énergie et adapter ses systèmes de chauffage, de climatisation et de ventilation selon les besoins réels du moment.

Ce n’est plus seulement le vieux rêve du “bâtiment intelligent”. C’est une étape plus ambitieuse : le bâtiment autonome.

Le bâtiment comme batterie

Pendant l’événement, Dave Regnery a expliqué qu’il pense depuis plusieurs années aux bâtiments comme à des batteries. L’idée ne signifie pas qu’un immeuble devient littéralement une pile géante. Elle signifie plutôt que sa consommation peut être modulée.

Un immeuble peut parfois consommer moins. Il peut déplacer certains besoins énergétiques. Il peut charger une batterie lorsque les tarifs sont bas, puis la décharger lorsque la demande ou les prix augmentent. Il peut aussi choisir le meilleur moment pour utiliser une thermopompe, une chaudière, une batterie ou une autre source d’énergie.

Ce type d’arbitrage énergétique devient particulièrement important dans un monde où la demande électrique augmente, notamment avec les centres de données, l’électrification des transports et la pression croissante sur les réseaux.

Selon l’argument présenté par Trane, les bâtiments représentent environ 30 % de l’énergie consommée dans le monde. Une grande partie de cette énergie est liée au chauffage et à la climatisation. L’entreprise estime aussi que de nombreux bâtiments gaspillent encore une part importante de l’énergie qu’ils paient.

Pour Trane, c’est là que l’IA peut jouer un rôle majeur : non pas en ajoutant une couche technologique décorative, mais en changeant la manière dont un bâtiment décide de consommer.

L’IA comme cerveau énergétique

Dans un bâtiment classique, les systèmes suivent souvent des règles définies à l’avance. Ils chauffent, refroidissent, ventilent ou ajustent l’air en fonction de paramètres connus. Mais ces règles ne tiennent pas toujours compte de la réalité vivante du bâtiment.

Un espace peut être vide une grande partie de la journée. Une cafétéria peut être utilisée seulement quelques heures. Un étage peut avoir des besoins différents d’un autre. Les tarifs d’électricité peuvent varier selon le moment. La météo peut changer. Le comportement des occupants aussi.

Avec l’IA, le bâtiment peut prendre en compte beaucoup plus de signaux : la température, l’humidité, la qualité de l’air, l’occupation, les équipements, les coûts énergétiques, le stockage disponible, les prévisions et l’état du réseau.

L’objectif n’est plus seulement de faire fonctionner l’équipement comme il a été conçu. L’objectif devient de faire fonctionner le bâtiment selon la manière dont il est réellement utilisé.

C’est une nuance importante. Et c’est dans cette nuance que Trane voit des économies supplémentaires.

Quand une thermopompe devient un choix économique

Dave Regnery a donné un exemple révélateur. Dans un bâtiment pilote à Minneapolis, les équipes ont observé qu’une thermopompe fonctionnait alors qu’il faisait environ 5 degrés Fahrenheit. D’un point de vue traditionnel, cela pouvait sembler contre-intuitif : à une température aussi basse, une thermopompe est souvent moins efficace.

Mais l’IA regardait aussi le prix de l’électricité à ce moment précis. L’électricité était presque gratuite. Dans ce contexte, utiliser la thermopompe plutôt qu’une chaudière à combustible fossile devenait logique.

C’est précisément ce changement de raisonnement qui rend l’approche intéressante. Le bâtiment n’obéit plus seulement à une règle technique. Il optimise selon un contexte dynamique.

Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de savoir si un équipement fonctionne bien. Il s’agit de savoir quand, pourquoi et à quel coût il doit fonctionner.

Le débat sur les centres de données

Cette vision arrive dans un contexte délicat. L’IA est souvent critiquée pour sa consommation énergétique, notamment à cause de la croissance des centres de données. Mais Dave Regnery renverse l’argument.

Selon lui, les centres de données consomment de l’énergie, mais l’IA qu’ils rendent possible pourrait permettre d’économiser beaucoup plus d’énergie dans les bâtiments que ce qu’elle consomme pour fonctionner.

C’est une position importante dans le débat actuel. L’IA ne devrait pas être évaluée seulement par son coût énergétique immédiat, mais aussi par ce qu’elle permet d’optimiser dans les systèmes physiques.

Encore faut-il que le calcul soit transparent. Jean-Simon Venne, fondateur de BrainBox AI, a justement insisté sur cette dimension : si l’IA permet d’économiser de l’énergie dans un bâtiment, il faut aussi tenir compte de l’énergie consommée par le nuage informatique pour produire cette économie.

L’enjeu devient donc le bilan net. Si un bâtiment économise beaucoup plus d’énergie que ce que l’IA consomme pour l’optimiser, le modèle devient beaucoup plus défendable.

Montréal au centre d’une IA appliquée

Le choix de Montréal n’est pas anodin. La ville est déjà reconnue comme un pôle important de recherche en intelligence artificielle. Mais l’enjeu, aujourd’hui, est de transformer cette force académique en applications concrètes.

C’est précisément ce que BrainBox AI représente pour Trane : une technologie issue de l’écosystème montréalais, développée avec des liens vers des institutions comme Mila, ÉTS, IVADO et l’Université de Montréal, puis intégrée à une entreprise mondiale capable de la déployer à grande échelle.

Lors de l’événement, Alexandre Teodoresco, responsable de l’innovation et de la performance municipale à la Ville de Montréal, a aussi insisté sur cette transition : Montréal ne doit pas seulement être un lieu où l’on pense l’IA, mais un endroit où elle est appliquée à des problèmes réels.

Dans ce contexte, les bâtiments deviennent un terrain d’expérimentation naturel. Ils sont partout. Ils coûtent cher à exploiter. Ils consomment énormément d’énergie. Ils sont souvent inefficaces. Et ils peuvent être améliorés sans nécessairement être reconstruits.

Une vision à court terme, pas à 30 ans

Le plus frappant dans le discours de Trane est peut-être l’horizon temporel. Dave Regnery n’a pas présenté cette transformation comme une idée lointaine. Il a parlé de possibilités dans les quatre ou cinq prochaines années.

L’IA appliquée aux bâtiments pourrait donc devenir l’un des premiers grands exemples d’intelligence artificielle industrielle visible dans la vie quotidienne, même si elle reste invisible pour le public.

Les occupants ne verront peut-être pas l’algorithme. Ils ne sauront pas toujours quand une batterie est chargée, quand une thermopompe est activée ou quand un système réduit discrètement une pointe de consommation. Mais le bâtiment, lui, pourrait devenir plus actif, plus flexible et plus résilient.

Dans un monde où l’énergie devient un enjeu stratégique, ce glissement est majeur.

Le bâtiment de demain ne sera peut-être pas seulement intelligent.

Il pourrait devenir un partenaire du réseau.

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