Avec Bodyverse, OASIS immersion propose une nouvelle expérience hybride qui combine projections immersives et réalité virtuelle en libre déambulation. Nous avons essayé ce premier chapitre consacré au coup de foudre. Verdict: une expérience très soignée, accessible et agréable, mais qui ressemble encore à une première étape vers quelque chose de plus ambitieux.
Une agence de voyage à l’intérieur du corps humain
Oubliez Paris, Tokyo ou New York. Avec Bodyverse, OASIS immersion transforme le corps humain en destination touristique. L’idée est simple, mais efficace: entrer dans une sorte d’agence de voyage futuriste qui ne vend pas des billets d’avion, mais des expéditions à l’intérieur de nous-mêmes.
Ce premier chapitre, intitulé Le coup de foudre, explore ce qui se passe dans le corps au moment de l’attirance. Émotions, perceptions, réactions chimiques, mouvement, cerveau, muscles: l’expérience tente de rendre visible ce qui reste normalement invisible.
Sur papier, le concept est très fort. Dans les faits, Bodyverse fonctionne surtout comme une porte d’entrée élégante vers la réalité virtuelle immersive. C’est beau, fluide, bien encadré, mais on sent rapidement qu’il s’agit d’un premier chapitre. Une première étincelle, justement, plus qu’un feu d’artifice complet.

Trois temps pour entrer, voyager, puis redescendre
L’expérience se déroule en trois grandes étapes.
La première, d’environ quinze minutes, sert d’introduction. On entre dans une salle bien agencée, où les projections, les panneaux d’information et la mise en scène posent le décor. Ce premier contact fonctionne très bien. Il y a quelque chose de naturel dans la façon dont OASIS prépare le visiteur à la suite. On comprend rapidement le ton: pédagogique, immersif, un peu ludique, sans être trop enfantin.
La deuxième partie est celle de la réalité virtuelle. Pendant environ vingt minutes, casque sur la tête, on avance dans un parcours en libre déambulation. On suit des zones, des couloirs, des tableaux numériques. Le déplacement est guidé, mais sans donner l’impression d’être prisonnier d’un rail invisible. On se promène dans un univers très propre, très léché, avec des textures qui donnent parfois l’impression d’être dans une boutique futuriste sortie du temps.
Le détail qui surprend au départ, ce sont les mains. Elles apparaissent dans le monde virtuel, suivent nos mouvements, et permettent certaines interactions. C’est étrange pendant quelques secondes, presque déroutant, puis le cerveau accepte rapidement la convention. Le corps réel et le corps numérique se serrent la main, et on continue.
Enfin, la dernière partie ramène le visiteur dans une grande salle de projection. Les murs, le sol et l’espace autour de nous deviennent une immersion dans l’anatomie et le mouvement. Cette conclusion est plus contemplative. Elle détend après l’expérience VR et permet de redescendre doucement, sans couper l’expérience d’un coup sec.
Une expérience très accessible
La grande qualité de Bodyverse, c’est son accessibilité. L’expérience devrait plaire à plusieurs publics: les plus jeunes, les familles, les personnes plus âgées qui veulent découvrir la VR dans un environnement rassurant, ou simplement les curieux qui n’ont pas souvent porté un casque de réalité virtuelle.
Tout est fait pour que l’entrée dans la technologie soit douce. Les déplacements sont lents, l’espace est contrôlé, les interactions sont limitées mais compréhensibles. On n’est pas dans une expérience qui cherche à désorienter ou à pousser le visiteur dans ses limites. On est plutôt dans une initiation haut de gamme.
C’est probablement là que Bodyverse trouve sa meilleure cible: les gens qui veulent vivre une première grande expérience VR de qualité, sans se retrouver dans un univers trop intense ou trop exigeant.
Là où l’on reste un peu sur sa faim
Pour un public déjà habitué aux expériences immersives plus avancées, Bodyverse peut laisser une impression plus partagée. La qualité est là, mais l’audace reste mesurée.
Comparée à une expérience comme Black Mirror, plus orientée vers l’aventure, la tension narrative et l’interaction psychologique, Bodyverse paraît plus sage. Ce n’est pas un défaut en soi, puisque les deux propositions ne visent pas exactement le même public (les deux sont crée par le studio UNIVRSE) . Mais pour ceux qui ont déjà vécu des expériences VR plus poussées, on peut ressortir avec le sentiment d’avoir vu le début d’une belle idée plutôt que son plein potentiel.
Les interactions, par exemple, sont sympathiques, mais encore assez ponctuelles. Certains effets optiques fonctionnent très bien, notamment lorsque l’échelle du corps et de l’espace commence à jouer avec notre perception. Mais on aimerait que l’expérience ose davantage, qu’elle fasse basculer un peu plus le visiteur dans l’étrangeté, la surprise ou l’émerveillement pur.
Bodyverse n’est pas faible. Au contraire, sa finition est solide. Mais il donne surtout envie de voir le prochain chapitre.

Une technologie discrète, mais importante
L’un des éléments les plus intéressants de Bodyverse ne se voit presque pas. OASIS immersion et UNIVRSE ont intégré la réalité virtuelle dans un environnement de projection grâce à des marqueurs projetés plutôt qu’imprimés. Dit plus simplement: le lieu peut conserver son identité visuelle immersive tout en permettant aux casques VR de comprendre précisément où se trouvent les visiteurs dans l’espace.
Pour le public, cela se traduit par une expérience plus fluide et mieux intégrée. Pour l’industrie, c’est potentiellement plus important: cette approche pourrait permettre à des lieux immersifs de passer plus facilement d’un format de projection à une expérience VR en libre déambulation, sans transformer la salle en laboratoire visible.
C’est peut-être là que Bodyverse devient plus qu’une simple exposition. Elle sert aussi de démonstration pour une nouvelle façon de concevoir les espaces immersifs.



