À l’occasion de la 48e édition du Salon du livre de l’Estrie, la co-porte-parole de Québec Solidaire était présente. Celle-ci nous a accordé une entrevue au sujet de la réalisation de son livre Les gens du pays viennent aussi d’ailleurs des éditions Lux.
D’hier à aujourd’hui
Mme Ghazal confie dans son livre, publié en novembre 2025, que son professeur de francisation de l’époque, M. Gilles, a su lui transmettre l’amour de la lecture. Tout juste arrivée à Montréal, elle a eu l’occasion, lors d’une sortie scolaire organisée par celui-ci, de visiter le Salon du livre de Montréal.
La politicienne avoue que d’être aujourd’hui l’invitée à un tel salon lui semble plutôt surréaliste : « Si on m’avait dit qu’un jour je serais l’autrice qui signe des livres, je n’y aurais sûrement pas cru! » lance-t-elle sur un ton rieur.
Mme Ghazal raconte ensuite que sa première séance de signatures dans un Salon, quelques jours après la sortie officielle du livre, a eu lieu un jour de semaine. Ce détail anodin lui a permis de rencontrer de petits écoliers qui étaient, à leur tour, en sortie scolaire. Celle-ci n’a pu retenir ses larmes en voyant en eux l’enfant qu’elle était à son arrivée.

Co-porte-parole et coautrice
L’écriture du livre Les gens du pays viennent aussi d’ailleurs est le résultat du travail acharné de deux têtes. En effet, Ruba Ghazal a coécrit ce livre avec Sandrine Bourque, une collègue de son parti politique qu’elle considère aujourd’hui aussi comme une amie.
Lors de l’entrevue, la députée de Mercier se remémore les difficultés de trouver un moment propice à la créativité entre deux sessions parlementaires. Voyant que ce projet d’écriture était un peu trop à assumer toute seule, elle décide de faire équipe avec la coordonatrice de l’équipe des communications chez Québec solidaire. Son acolyte a donc su bricoler le livre en se basant sur des entrevues, des publications Facebook et des enregistrements de Mme Ghazal alors que celle-ci racontait son histoire.
Comme dans toute bonne collaboration, la co-porte-parole de Québec solidaire a ensuite révisé les écrits de Mme Bourque pour les mettre à sa sauce et assurer un récit sincère, à son image. Bien qu’elles étaient deux, Mme Ghazal réitère la charge énorme qui se cache derrière ces 179 pages.
Choisir Montréal pour son français
En 1986, les trois sœurs de la famille Ghazal ont choisi d’immigrer à Montréal, plutôt qu’à Toronto, pour le français. En 2026, avec la langue française qui bat de l’aile, est-ce encore le cas?
Mme Ghazal est optimiste : « Bien qu’il existe une dualité entre l’anglais et le français à Montréal, je pense que des immigrants choisissent tout de même le Québec pour son français. De nos jours, cette dualité-là est d’ailleurs plus connue sur la scène internationale », assure-t-elle.
L’exposition médiatique de cette dualité permettrait ainsi aux immigrants potentiels de choisir leur province d’accueil en pleine connaissance de cause. La politicienne rappelle par ailleurs que le français est une langue complexe et « sexy » qui attire encore aujourd’hui, bien que, selon elle, sa protection se verrait renforcée si le Québec devenait un pays.
Palestine et souveraineté
Au fil du livre, Mme Ghazal renseigne les lecteurs sur l’histoire des conflits qui touchent la Palestine, le pays d’origine de sa famille. Bien qu’elle soit née au Liban, la co-porte-parole garde un attachement très fort à la patrie de ses parents et ancêtres.
N’ayant jamais pu y mettre les pieds, la députée exprime de la compassion envers ce peuple qu’elle décrit comme opprimé. Elle confie d’ailleurs qu’un désir de justice se cache sûrement, inconsciemment, entre les lignes de son livre. Évoquant le conflit israélo-palestinien, la coautrice rappelle l’importance d’un retour à l’humanisme de part et d’autre.
Ruba Ghazal a toujours vécu avec le rêve d’avoir un pays, un rêve qui se traduit aujourd’hui dans son engagement souverainiste. Le titre du livre résume à merveille la vision de la souveraineté de celle-ci. Une indépendance qui inclut celles et ceux qui viennent d’ailleurs. Au lendemain de l’élection d’un gouvernement souverainiste, la députée estime que son livre peut être porteur d’espoir pour un Québec inclusif et émancipé.
Responsabilité gouvernementale
Fille de citoyens qui se sont sentis bafoués par la politique et l’État, Mme Ghazal a grandi dans une famille où « la politique ne les concernait pas ». Un sentiment semblable s’observe chez une partie des membres des Premières Nations et des Inuits, dont la participation électorale provinciale reste plutôt faible.
Selon la politicienne, la responsabilité gouvernementale pour que tous et toutes se sentent concernés par la politique québécoise passe notamment par un changement du mode de scrutin. À son avis, celui en place tend à favoriser le vote stratégique et ne permet pas à la démocratie de s’exercer pleinement. Ce changement, aussi complexe soit-il, permettrait aux citoyens de voter davantage avec leur coeur. Mme Ghazal ajoute que les institutions doivent aussi être revues pour que les gens sentent que leur voix compte.
Évoquant la faible participation électorale des peuples autochtones, la députée reconnaît que la campagne de chacun des partis ainsi que leur débat n’ont pas suffisamment abordé les réalités et les enjeux auxquels font face les membres des Premières Nations et les Inuits. Elle souligne d’ailleurs que ce sont des nations, et que nous devons donc les traiter comme telles.
Mme Ghazal termine en rappelant que voter est un devoir et en encourageant une diminution du cynisme de la part des citoyens.
Pas le dernier, nous rassure-t-elle
Bien que l’écriture d’un livre s’avère une tâche titanesque, la députée assure que son premier livre ne sera pas le dernier. Elle indique toutefois que ses projets d’écriture sont actuellement sur pause en raison de son agenda particulièrement chargé. Mme Ghazal a adoré les discussions qui ont découlé de l’écriture de son récit et tient à revivre cette expérience dans un avenir un peu plus lointain.

Jeunes indignés
Les yeux rivés sur la caméra, c’est une Ruba Ghazal sincère qui rappelle aux jeunes à l’écoute que s’indigner est un premier pas. L’indignation mène à l’action, et l’action mène au changement.
Elle ajoute : « La crise du logement, les changements climatiques et le coût de la vie qui ne cesse d’augmenter peuvent nous donner l’impression que la planète est en pleine dérive. Mais tout ça est loin d’être une fatalité. C’est le résultat de choix politiques qui peuvent être renversés. Les jeunes indignés ont plus de pouvoir qu’ils ne le pensent. »
« Sortez et vous verrez », conclut-elle.


