Il faut reconnaître une chose à Sucker Punch : le studio sait donner envie de retourner dans ses jeux. Ghost of Yōtei avait déjà réussi à nous accrocher pendant plusieurs dizaines d’heures grâce à son monde ouvert, ses excellents combats et une direction artistique particulièrement réussie. Avec Échos de Sekigahara, disponible depuis le 1er octobre dans le cadre de la Complete Edition, les développeurs ont choisi de revenir sur une partie du passé d’Atsu qui n’avait été qu’effleurée dans l’aventure principale.
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il ne s’agit pas d’une suite à l’histoire originale. Cette extension vient s’intégrer à la campagne existante et se déroule avant son dénouement. Elle apporte des éléments importants sur le parcours d’Atsu, tout en proposant une nouvelle région à explorer. À cela s’ajoute Most Wanted, un mode de jeu orienté vers les combats, particulièrement bienvenu pour ceux qui avaient déjà fait le tour des activités du jeu.
Le contenu n’est pas immense, mais l’ensemble tient plutôt bien la route. Et surtout, cette extension rappelle à quel point il est agréable de retrouver Ghost of Yōtei.
Un chapitre important dans l’histoire d’Atsu
L’aventure débute lorsqu’Atsu découvre un avis de recherche concernant Nagato, un homme qu’elle a connu plusieurs années auparavant. Direction les contreforts d’Ashoro, une région jusqu’alors inaccessible, où les retrouvailles vont rapidement faire remonter de vieux souvenirs.

L’histoire s’intéresse notamment à la bataille de Sekigahara et à la relation qui unissait les deux personnages. Le jeu alterne entre le présent et quelques retours dans le passé, avec une écriture qui prend le temps de dévoiler progressivement ce qui s’est produit entre eux. Inutile d’en raconter davantage, car une bonne partie de l’intérêt repose justement sur ces révélations.
Le scénario est probablement l’une des meilleures surprises de ce contenu supplémentaire. Atsu apparaît sous un autre jour, notamment lorsqu’on découvre certains épisodes de sa vie avant qu’elle ne devienne cette combattante entièrement consumée par son désir de vengeance. Nagato occupe lui aussi une place intéressante dans ce récit, avec une relation qui évite heureusement les facilités.
Ce qui fonctionne surtout, c’est la manière dont cette histoire trouve sa place dans le jeu principal. Les événements racontés ne donnent pas l’impression d’avoir été ajoutés uniquement pour justifier un nouveau contenu payant. Ils apportent de véritables précisions sur le caractère d’Atsu et permettent de mieux comprendre certaines de ses décisions.
La mise en scène mérite également d’être soulignée. Les échanges entre les personnages sont convaincants, et le travail d’Erika Ishii dans le rôle d’Atsu contribue beaucoup à la réussite des séquences les plus personnelles.

Le seul regret concerne la place accordée aux événements de Sekigahara. Malgré le titre de l’extension, les passages consacrés à cette bataille restent finalement assez courts. Une grande partie de l’aventure se déroule dans la nouvelle région d’Ashoro. Le choix fonctionne sur le plan narratif, mais il est difficile de ne pas penser que cette période aurait pu être davantage exploitée.
Ashoro, une région moins accueillante qu’il n’y paraît
Les contreforts d’Ashoro constituent le principal nouveau terrain de jeu. La région se distingue des autres territoires de Ghost of Yōtei par une ambiance nettement plus sombre. Les Vipères, anciens hommes de main du Serpent, y ont laissé des traces particulièrement visibles.
La nature a souffert de leurs activités. Les cours d’eau sont pollués, les animaux sont massacrés et les habitants vivent sous la menace constante de ces brigands. L’environnement donne immédiatement le ton, et ce changement d’atmosphère apporte une vraie personnalité à cette nouvelle zone.
Sucker Punch a eu la bonne idée de ne pas simplement reproduire un territoire de plus avec quelques activités réparties sur une carte. Ashoro est plus petite que les régions principales, mais aussi plus dense. Les missions secondaires et les contrats de chasse sont régulièrement liés à ce qui se passe dans la région. Il ne s’agit donc pas uniquement de nettoyer des camps ennemis pour faire progresser un compteur.

Certaines activités permettent notamment de découvrir comment les habitants tentent de survivre aux exactions des Vipères. D’autres s’intéressent directement aux conséquences de leurs pratiques sur la faune. Cette cohérence entre les missions et les événements du scénario rend l’exploration particulièrement agréable.
Visuellement, Ghost of Yōtei reste l’un des plus beaux jeux de la PS5. Même avec une région volontairement moins colorée, la qualité des paysages impressionne toujours autant. Les panoramas, les effets de lumière et les conditions météorologiques bénéficient du même soin que dans l’aventure principale.
Il aurait évidemment été appréciable de découvrir un territoire plus vaste, mais Ashoro ne donne pas l’impression d’être une région inutilement étirée. L’exploration y est agréable et les activités suffisamment rapprochées pour maintenir un bon rythme.
Des combats toujours aussi efficaces, avec quelques nouveautés
Ghost of Yōtei possédait déjà l’un des meilleurs systèmes de combat de ces dernières années dans sa catégorie. Échos de Sekigahara ne change pas cette formule, mais y apporte plusieurs nouveautés qui permettent de varier les affrontements.
Parmi les ajouts les plus intéressants figurent les armes massives, notamment des marteaux et des massues capables d’infliger de lourds dégâts. Contrairement aux armes habituelles d’Atsu, celles-ci sont temporaires et finissent par se briser après plusieurs utilisations. Elles permettent notamment de disperser des groupes d’ennemis ou d’éliminer rapidement un adversaire particulièrement résistant.

De nouveaux types d’ennemis font également leur apparition. Certains archers peuvent, par exemple, planter une flèche dans le bras d’Atsu, l’empêchant de se soigner ou d’utiliser certaines capacités tant qu’elle ne l’a pas retirée. Ce genre de détail peut sembler anodin, mais il oblige à revoir ses priorités au beau milieu d’un affrontement. Les pièges présents dans la région demandent aussi davantage d’attention lors de l’exploration.
Il est par ailleurs possible d’intercepter certaines flèches pour les retourner contre leurs expéditeurs, une mécanique particulièrement satisfaisante lorsqu’elle est correctement exécutée.
Pour le reste, les sensations demeurent excellentes. Les parades, les esquives et les différentes armes conservent toute leur efficacité. Les duels restent intenses et les combats contre plusieurs adversaires peuvent rapidement devenir dangereux si l’on se montre trop impatient.
Les habitués du jeu ne seront évidemment pas dépaysés. Les nouveaux équipements apportent un peu de variété, mais les affrontements reposent essentiellement sur les mêmes principes que dans la campagne principale. Certains combats de boss manquent également de surprise.
Difficile, malgré tout, de faire la fine bouche devant un système aussi plaisant. Les nouveautés sont bien intégrées et les combats restent suffisamment intéressants pour donner envie d’enchaîner les affrontements.
Most Wanted, l’autre bonne raison de revenir
Échos de Sekigahara n’arrive pas seul. La Complete Edition comprend également Most Wanted, appelé Ennemi public en français, un mode de survie solo qui s’inspire des roguelites.
Cette fois, pas question de parcourir librement une grande région ou de suivre une histoire. Le joueur sélectionne un personnage et doit enchaîner plusieurs affrontements dans le cadre de contrats dont la difficulté augmente progressivement. Chaque victoire permet d’obtenir des améliorations, tandis que de nouveaux équipements et compétences viennent enrichir les possibilités au fil des parties.

Le principe est relativement simple, mais il fonctionne particulièrement bien avec les mécaniques de Ghost of Yōtei. Les combats sont suffisamment riches pour supporter ce genre d’expérience, d’autant que les améliorations disponibles peuvent modifier assez sensiblement la manière d’aborder les rencontres.
L’autre excellente idée concerne les personnages jouables. Atsu est naturellement présente, tout comme Oyuki et Nagato, mais c’est surtout le retour de Jin Sakai qui devrait faire plaisir aux amateurs de Ghost of Tsushima.
Le personnage retrouve ses quatre postures de combat, ce qui permet de renouer avec des sensations légèrement différentes de celles proposées par Atsu. Sa présence n’est donc pas seulement un clin d’œil destiné aux fans du premier épisode.
Most Wanted dispose également de sa propre progression, avec des arbres de compétences et de nombreuses récompenses à débloquer. Les affrontements se terminent notamment par des combats contre des membres des Six de Yōtei, ce qui apporte un objectif intéressant à chaque tentative.
Ce mode peut se montrer exigeant, mais les différentes options de difficulté permettent de l’adapter à son niveau. Il possède surtout ce petit côté addictif qui pousse à relancer une partie après un échec.
Il faut néanmoins accepter une certaine répétition. Les combats finissent par reposer sur des situations déjà rencontrées et la progression demande parfois plusieurs tentatives avant d’accéder aux améliorations les plus intéressantes. Malgré cela, Most Wanted constitue un ajout très appréciable, qui pourrait même devenir la principale raison de relancer le jeu régulièrement.
Un contenu suffisamment généreux pour son prix ?
L’extension narrative demande environ huit à dix heures pour venir à bout de son histoire et découvrir une bonne partie de ses activités. Ce n’est évidemment pas énorme, surtout lorsqu’on se rappelle le temps nécessaire pour terminer Ghost of Yōtei.
Mais la durée ne fait pas tout. Échos de Sekigahara a le mérite de proposer une région cohérente, des missions intéressantes et surtout une histoire qui apporte quelque chose au personnage principal. Le contenu donne rarement l’impression d’avoir été allongé artificiellement pour occuper les joueurs.
La présence de Most Wanted change également la donne. Contrairement à la campagne narrative, ce mode peut occuper de nombreuses heures supplémentaires, à condition d’apprécier les combats et la recherche de meilleures performances.

Pour les possesseurs de Ghost of Yōtei, la mise à niveau vers la Complete Edition est proposée à 14,99 $ US, avec un prix canadien affiché séparément sur le PlayStation Store. Elle comprend les deux nouveaux contenus ainsi que divers éléments supplémentaires. Pour ceux qui découvrent le jeu aujourd’hui, la Complete Edition rassemble également l’aventure originale et le mode coopératif Legends.
Au regard de ce qui est proposé, l’offre paraît plutôt intéressante. Il aurait naturellement été appréciable que certains ajouts soient gratuits, mais la nouvelle histoire et Most Wanted représentent suffisamment de contenu pour justifier cette mise à niveau, surtout pour les joueurs qui avaient beaucoup aimé Ghost of Yōtei.
Verdict : une extension qui mérite sa place dans Ghost of Yōtei
Sucker Punch n’a pas cherché à tout changer avec Échos de Sekigahara. Le studio s’est concentré sur ce qu’il maîtrise le mieux : une histoire portée par des personnages intéressants, des combats particulièrement soignés et un monde ouvert qui donne toujours envie d’être exploré.
Le nouveau chapitre consacré à Atsu est une réussite. Il apporte des informations importantes sur son passé, tout en proposant une aventure plus personnelle que celle du jeu original. La région d’Ashoro mérite également le détour, avec son ambiance particulière et des activités qui s’intègrent intelligemment au récit.
Les nouveautés apportées au système de combat restent modestes, mais elles ne manquent pas d’intérêt. Quant à Most Wanted, il constitue sans doute l’un des meilleurs arguments de cette Complete Edition. Son fonctionnement convient parfaitement aux mécaniques de Ghost of Yōtei et le retour de Jin Sakai représente un petit plaisir supplémentaire.
On aurait aimé davantage de séquences consacrées à Sekigahara et quelques heures de plus pour profiter de cette histoire. Certains affrontements rappellent aussi un peu trop ceux du jeu principal. Mais ces réserves n’empêchent pas l’ensemble de convaincre.
Échos de Sekigahara est une très bonne extension, qui trouve naturellement sa place dans Ghost of Yōtei. Son histoire enrichit celle d’Atsu sans chercher à lui inventer une nouvelle conclusion, tandis que Most Wanted ajoute une dose de rejouabilité bienvenue. Pour les joueurs qui avaient apprécié l’aventure originale, cette nouvelle escapade dans les terres d’Ezo vaut largement le détour.


