TEST Marvel’s Wolverine : Logan sort les griffes, mais Insomniac pouvait aller plus loin

Marvel's Wolverine
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Marvel’s Wolverine avait beaucoup à prouver au moment de sa sortie, autant parce que le personnage traîne derrière lui des décennies d’histoires et une immense popularité que parce qu’Insomniac Games sort de plusieurs années consacrées à Marvel’s Spider-Man. La tentation aurait pu être grande de reprendre une partie de cette formule, de lui ajouter quelques griffes et une ambiance plus sombre, mais le studio a heureusement préféré construire une aventure beaucoup plus directe, plus linéaire et surtout bien plus violente.

Le changement est immédiatement visible. Wolverine ne traverse pas une grande ville en se balançant au-dessus des immeubles et ne cherche jamais vraiment à neutraliser proprement ses ennemis, puisque chaque affrontement repose au contraire sur une brutalité assumée, des attaques très physiques et une mise en scène qui ne détourne jamais le regard lorsque Logan utilise réellement ses griffes.

Cette différence donne rapidement au jeu sa propre identité, même si plusieurs limites apparaissent au fil de la campagne. Les combats procurent d’excellentes sensations, la réalisation reste impressionnante et Logan fonctionne parfaitement comme personnage principal, mais certaines mécaniques manquent encore de profondeur pour permettre au jeu de passer dans une catégorie supérieure.

Marvel’s Wolverine reste malgré tout une aventure très solide, parfois spectaculaire, qui comprend parfaitement son héros sans toujours réussir à aller aussi loin que lui.

Un Wolverine qui n’a pas besoin de copier Hugh Jackman

Le premier défi était probablement le plus difficile à relever, car Wolverine reste aujourd’hui très fortement associé à Hugh Jackman auprès du grand public. Insomniac Games aurait facilement pu construire une version très proche de celle du cinéma, mais le studio prend heureusement ses distances et laisse Liam McIntyre proposer une interprétation différente, plus brute, parfois plus fatiguée et souvent beaucoup moins démonstrative.

Cette version de Logan parle peu de ce qu’elle ressent et garde constamment une forme de tension, même lorsque la situation semble calme. Le personnage n’a pas besoin de longues explications pour laisser comprendre qu’une partie de son passé continue de le poursuivre, puisque plusieurs souvenirs et événements viennent progressivement éclairer certaines de ses réactions sans transformer le scénario en succession interminable de flashbacks.

Sa relation avec Jean Grey apporte également beaucoup au personnage et permet d’éviter que Wolverine ne passe toute l’aventure à grogner entre deux combats. Leurs échanges montrent une facette plus fragile de Logan sans chercher à le rendre artificiellement sympathique, ce qui fonctionne beaucoup mieux qu’un long discours destiné à rappeler constamment qu’il cache en réalité un grand cœur.

Mystique, Dents-de-Sabre, Bolivar Trask et plusieurs autres personnages connus viennent enrichir une histoire qui préfère construire sa propre continuité plutôt que reprendre directement les événements des films ou des comics les plus célèbres. Certains éléments restent assez prévisibles pour les habitués de l’univers mutant, mais la narration conserve suffisamment de rythme pour donner envie de suivre le parcours de Logan jusqu’au bout.

Une structure plus linéaire qui fait beaucoup de bien

L’abandon du monde ouvert surprendra forcément certains joueurs habitués aux productions Marvel d’Insomniac, mais cette décision correspond parfaitement à Wolverine. La campagne emmène Logan à travers plusieurs environnements, notamment Madripoor ou Tokyo, sans chercher à remplir une immense carte d’activités secondaires et d’icônes qui auraient probablement ralenti inutilement l’aventure.

Les zones restent suffisamment larges pour permettre quelques détours, récupérer des objets ou découvrir certains éléments facultatifs, mais le jeu garde toujours un chemin principal très clair et ne donne jamais réellement l’impression de vouloir devenir une aventure d’exploration.

Cette structure permet surtout à Insomniac de maintenir un rythme beaucoup plus régulier, avec des dialogues, des combats, des scènes de mise en place et de grosses séquences d’action qui s’enchaînent sans longues coupures. Les déplacements restent rapides et les missions évitent généralement les longueurs, ce qui donne à la campagne une efficacité appréciable.

Quelques environnements souffrent malgré tout d’une certaine rigidité, car certains décors donnent envie de s’éloigner du chemin principal alors que les limites deviennent rapidement visibles. Une ruelle semble accessible, un toit paraît atteignable, un passage donne l’impression de pouvoir mener quelque part, avant que le jeu ne rappelle brutalement que l’exploration reste très encadrée.

Ce défaut reste assez mineur, mais il se remarque davantage dans les zones les plus réussies visuellement, justement parce qu’elles donnent envie d’être explorées bien plus librement.

Des griffes qui ont enfin du poids

Marvel’s Wolverine devait absolument réussir ses combats, car tout le reste aurait eu beaucoup moins d’importance si les griffes de Logan donnaient simplement l’impression de servir d’accessoire. De ce côté-là, Insomniac Games ne se retient pas et assume pleinement la violence qui accompagne le personnage.

Les ennemis peuvent être démembrés, transpercés ou projetés avec une brutalité rarement associée aux précédentes productions Marvel du studio, tandis que plusieurs exécutions affichent clairement que Wolverine ne se bat pas avec les mêmes règles que Spider-Man.

La violence ne fonctionne pourtant pas seulement parce qu’elle est spectaculaire, mais surtout parce qu’elle est soutenue par un véritable travail sur les impacts et les animations. Chaque attaque semble avoir du poids, les parades donnent une sensation de puissance immédiate et les bonds de Logan vers les adversaires situés à distance apportent beaucoup de rythme aux affrontements.

Wolverine reste suffisamment rapide pour ne jamais donner l’impression d’être lourd à contrôler, mais son style conserve quelque chose de beaucoup plus physique que celui de Spider-Man. Les coups paraissent plus secs, les mouvements moins acrobatiques et les affrontements tournent davantage autour de l’agressivité permanente que de la recherche de longues combinaisons élégantes.

Le système de rage renforce cette approche en encourageant Logan à maintenir constamment la pression sur ses ennemis, ce qui correspond parfaitement au personnage et donne aux premières heures une énergie particulièrement efficace.

Un système de combat qui montre ses limites sur la durée

Le problème apparaît surtout une fois les premières heures passées, lorsque les compétences les plus efficaces commencent à être clairement identifiées et que certaines situations finissent par être résolues presque toujours de la même manière. Le jeu ajoute régulièrement de nouvelles capacités, mais toutes n’ont pas la même utilité et certaines deviennent rapidement difficiles à abandonner tant elles simplifient les affrontements.

Les parades, les bonds vers les ennemis, certaines attaques spéciales et quelques compétences très puissantes suffisent souvent à gérer la majorité des groupes rencontrés, ce qui réduit peu à peu l’envie d’expérimenter avec l’ensemble de l’arsenal.

Le système reste agréable grâce à la qualité des sensations et des animations, mais il manque cette profondeur capable de pousser constamment à changer de stratégie. Les meilleurs jeux d’action réussissent généralement à créer des situations où une méthode efficace cesse soudainement de fonctionner, obligeant à revoir complètement son approche, tandis que Marvel’s Wolverine préfère souvent augmenter la résistance des ennemis.

Cette différence devient particulièrement visible face à certains adversaires plus solides, qui encaissent une quantité impressionnante de coups sans forcément demander une stratégie différente. Le décalage peut alors devenir étrange, surtout lorsque Logan vient tout juste de découper un autre ennemi en quelques secondes pendant une exécution.

La difficulté repose alors moins sur la compréhension de nouvelles mécaniques que sur la patience nécessaire pour vider une barre de vie beaucoup plus importante.

Des boss impressionnants, mais pas toujours passionnants

Les affrontements contre les boss souffrent parfois du même problème, même si leur mise en scène permet régulièrement de masquer une partie de leurs faiblesses. Les meilleurs combats obligent à lire correctement les mouvements de l’adversaire, à esquiver au bon moment et à profiter de petites ouvertures pour répondre avec suffisamment de violence.

Lorsqu’ils fonctionnent, ces affrontements comptent parmi les meilleurs moments de la campagne, notamment parce qu’ils donnent enfin l’impression que Logan rencontre quelqu’un capable de supporter sa puissance sans devenir un simple sac à points de vie.

D’autres boss sont malheureusement beaucoup moins inspirés et reposent surtout sur une endurance excessive. Une fois leurs attaques comprises, le combat peut encore durer plusieurs minutes sans véritablement proposer quelque chose de nouveau, ce qui transforme progressivement une rencontre spectaculaire en répétition mécanique.

Insomniac aurait parfois gagné à raccourcir certains affrontements ou à multiplier les changements de rythme plutôt que d’allonger artificiellement les barres de vie. L’univers de Wolverine offre suffisamment de possibilités pour construire des rencontres beaucoup plus imprévisibles, et plusieurs boss donnent justement l’impression de ne pas exploiter tout ce potentiel.

Une infiltration qui ne trouve jamais vraiment sa place

La présence de phases d’infiltration peut sembler logique puisque Logan dispose de sens développés et qu’il reste parfaitement capable d’éliminer certains ennemis discrètement, mais le jeu ne parvient jamais à rendre cette mécanique aussi intéressante que les affrontements directs.

Les possibilités restent assez limitées et les zones ne sont pas toujours conçues pour offrir plusieurs approches réellement différentes. Quelques ennemis peuvent être isolés, certaines éliminations peuvent être effectuées sans alerter le reste du groupe et plusieurs passages permettent d’observer la situation avant d’agir, mais tout finit généralement par revenir au combat frontal.

C’est surtout la comparaison immédiate avec les affrontements classiques qui dessert ces séquences. Les combats sont tellement plus dynamiques et plaisants qu’il devient difficile de trouver une vraie raison de rester caché pendant plusieurs minutes, surtout lorsqu’un affrontement direct peut être lancé presque immédiatement.

L’infiltration apporte donc un peu de variété, mais elle ressemble davantage à une mécanique ajoutée pour casser le rythme qu’à un véritable pilier du gameplay.

Une progression efficace sans devenir complexe

Le système de progression reste beaucoup plus convaincant parce qu’il accompagne naturellement l’évolution de Logan sans donner l’impression de repartir de zéro. Wolverine reste dangereux dès les premières minutes et le jeu évite cette vieille habitude consistant à faire oublier toutes ses capacités à un personnage pourtant expérimenté.

Les améliorations permettent surtout d’accentuer certaines forces déjà présentes, qu’il s’agisse de la rage, des capacités défensives ou de plusieurs attaques particulièrement violentes. Certaines compétences modifient réellement la manière d’aborder les groupes d’ennemis, alors que d’autres restent beaucoup plus secondaires.

Cette progression manque peut-être de profondeur pour ceux qui espéraient construire plusieurs styles de jeu totalement différents, mais elle correspond parfaitement à une aventure relativement courte et ne cherche jamais à se transformer artificiellement en RPG.

Les différents costumes ajoutent également une dimension sympathique à l’ensemble, avec plusieurs références qui devraient facilement parler aux fans de Wolverine et donner une raison supplémentaire de fouiller les niveaux.

Une réalisation qui confirme encore le savoir-faire d’Insomniac

Techniquement, Marvel’s Wolverine reste une production très solide et profite pleinement de l’expérience accumulée par Insomniac au cours des dernières années. Les personnages bénéficient d’un niveau de détail élevé, les animations faciales fonctionnent bien et plusieurs environnements se distinguent par une vraie richesse visuelle.

Logan profite évidemment d’un traitement particulier, notamment grâce à la manière dont son corps réagit aux combats. Les blessures apparaissent directement pendant les affrontements avant de disparaître progressivement sous l’effet de son facteur régénérant, un détail simple mais particulièrement efficace pour renforcer l’impression d’incarner Wolverine.

Les animations de combat jouent également un rôle important dans la réussite du gameplay, car elles évitent que les affrontements paraissent trop mécaniques. Les attaques s’enchaînent avec suffisamment de variété et les exécutions conservent un véritable impact pendant une bonne partie de l’aventure.

La caméra montre parfois quelques faiblesses dans les espaces les plus étroits, surtout lorsque plusieurs ennemis attaquent Logan en même temps, mais ces situations restent suffisamment rares pour ne jamais gâcher l’expérience.

Un sens du spectacle toujours aussi maîtrisé

Insomniac reste surtout particulièrement à l’aise lorsqu’il s’agit de construire de grandes séquences d’action, et Marvel’s Wolverine contient plusieurs passages capables de rappeler immédiatement le savoir-faire du studio.

Les transitions entre cinématiques et gameplay restent souvent très fluides, les décors peuvent évoluer directement pendant une mission et plusieurs affrontements commencent ou se terminent au milieu de scènes spectaculaires sans casser complètement le rythme.

Ces moments permettent aussi au jeu de retrouver régulièrement de l’énergie lorsque les combats classiques commencent à donner une impression de répétition. Une mission peut démarrer très calmement avant de partir complètement dans une autre direction quelques minutes plus tard, ce qui maintient suffisamment l’attention pendant l’ensemble de la campagne.

Cette capacité à relancer constamment l’action explique également pourquoi les quinze heures nécessaires pour terminer l’histoire passent relativement vite, malgré plusieurs mécaniques qui montrent leurs limites dans la seconde moitié.

Une durée de vie qui correspond bien à la formule

La campagne principale demande environ une quinzaine d’heures, avec quelques heures supplémentaires pour ceux qui souhaitent récupérer les différents objets cachés et compléter davantage de contenu facultatif.

Cette durée pourra sembler courte pour une grosse production PlayStation, mais elle correspond finalement très bien aux qualités comme aux défauts du jeu. Marvel’s Wolverine commence déjà à montrer quelques signes de répétitivité dans sa deuxième moitié et une campagne beaucoup plus longue aurait certainement rendu ces limites beaucoup plus visibles.

Insomniac préfère donc raconter son histoire, proposer quelques détours et s’arrêter avant que les combats ne deviennent réellement fatigants. Dans une période où de nombreux jeux cherchent encore à gonfler artificiellement leur durée, cette retenue fait plutôt du bien.

Marvel’s Wolverine ne cherche pas à retenir le joueur pendant quarante heures simplement pour afficher un chiffre plus impressionnant, ce qui permet à la campagne de conserver un rythme relativement constant jusqu’à son dernier acte.

Verdict

Marvel’s Wolverine réussit là où il ne pouvait absolument pas se permettre d’échouer : Logan est crédible, puissant et suffisamment différent de ses incarnations les plus connues pour exister par lui-même. Insomniac Games comprend parfaitement ce qui rend le personnage intéressant, autant dans sa violence que dans ses faiblesses, et construit autour de lui une aventure qui assume pleinement son ton plus adulte.

Les combats procurent d’excellentes sensations grâce au poids des attaques, aux animations et à une brutalité qui correspond parfaitement au personnage, tandis que la structure plus linéaire permet de maintenir un très bon rythme pendant l’essentiel de la campagne.

Tout n’est cependant pas au même niveau. Le système de combat manque de profondeur sur la durée, certains ennemis encaissent beaucoup trop, plusieurs boss deviennent inutilement longs et les phases d’infiltration ne parviennent jamais vraiment à justifier leur présence.

Ces défauts empêchent Marvel’s Wolverine d’atteindre le niveau des meilleurs jeux d’Insomniac, mais ils ne suffisent jamais à transformer l’aventure en déception. Le jeu reste spectaculaire, efficace et suffisamment bien rythmé pour donner envie d’aller jusqu’au bout sans véritable baisse d’intérêt.

Marvel’s Wolverine n’est donc pas encore le jeu définitif consacré à Logan, mais il pose des bases très solides et offre surtout une adaptation qui comprend réellement son personnage, ce qui était probablement la chose la plus importante à réussir.

Note: 16/20

Les plus :

  • Une excellente interprétation de Wolverine
  • Des combats brutaux et très satisfaisants
  • Une réalisation très solide
  • Une campagne bien rythmée
  • Une violence parfaitement adaptée au personnage
  • De très bonnes animations
  • Plusieurs grosses séquences particulièrement réussies

Les moins :

  • Un système de combat qui manque de profondeur sur la durée
  • Des ennemis parfois beaucoup trop résistants
  • Des boss qui s’éternisent
  • Une infiltration assez dispensable
  • Une exploration encore trop limitée
  • Quelques signes de répétitivité dans la deuxième moitié

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