Les États-Unis autorisent un miroir spatial capable de rallumer le jour

Représentation d’un miroir spatial en orbite au-dessus de la Terre.
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La jeune entreprise Reflect Orbital a obtenu le feu vert pour tester un immense miroir en orbite. Son objectif : rediriger la lumière du Soleil vers la Terre après la tombée de la nuit. Une idée spectaculaire qui inquiète déjà les astronomes, y compris au Canada.

Après les satellites Internet et les hôtels spatiaux, voici venir le Soleil sur commande.

La Federal Communications Commission américaine vient d’autoriser Reflect Orbital à déployer Eärendil-1, un satellite expérimental équipé d’une surface réfléchissante ultramince et orientable. Placé à environ 625 kilomètres d’altitude, il devra renvoyer la lumière solaire vers une zone précise située au sol.

Le miroir mesurerait environ 18 mètres sur 18 mètres. Lorsqu’il sera correctement orienté, son reflet pourrait éclairer une zone d’environ cinq kilomètres de diamètre pendant une courte période.

Du Soleil livré par satellite

Reflect Orbital présente son système comme une nouvelle source d’énergie et d’éclairage disponible sur demande.

Depuis une application ou un site Web, un client pourrait théoriquement demander qu’un satellite dirige sa lumière vers une ferme solaire, une zone sinistrée, un chantier, une exploitation agricole ou un site industriel isolé.

L’entreprise affirme que l’intensité pourrait être ajustée, d’une luminosité comparable au clair de lune jusqu’à une lumière beaucoup plus forte. Le faisceau pourrait également être déplacé ou interrompu à distance.

Le satellite ne produirait toutefois aucune énergie. Il agirait plutôt comme un gigantesque ricochet lumineux, en captant les rayons du Soleil encore visibles depuis l’orbite pour les rediriger vers une région où la nuit est déjà tombée.

Eärendil-1 servira avant tout à vérifier si cette mécanique fonctionne réellement. La licence accordée par la FCC concerne un seul satellite expérimental et prévoit une période d’exploitation limitée.

Illustration d’un couple utilisant un faisceau de lumière solaire redirigé depuis l’espace pendant la nuit.

Reflect Orbital voit beaucoup plus grand

Ce premier test cache une ambition autrement plus imposante.

Reflect Orbital envisage éventuellement une constellation pouvant atteindre 50 000 miroirs spatiaux d’ici 2035. Ceux-ci pourraient se relayer afin de maintenir un point lumineux au-dessus d’une zone déterminée.

Une telle constellation transformerait cependant une expérience localisée en infrastructure planétaire. Le ciel nocturne pourrait alors accueillir des milliers de surfaces réfléchissantes mobiles, auxquelles s’ajouteraient les mégaconstellations de télécommunications déjà en orbite.

Les astronomes sonnent l’alarme

L’American Astronomical Society a demandé à la FCC de refuser le projet. DarkSky International, l’Union astronomique internationale et plusieurs autres groupes scientifiques ont également exprimé leurs inquiétudes.

Les critiques redoutent que la lumière directe et sa diffusion dans l’atmosphère augmentent la luminosité du ciel, perturbent les observations scientifiques et exposent certains télescopes à des reflets extrêmement intenses. Des questions ont aussi été soulevées concernant l’aviation, les automobilistes, la faune nocturne et les rythmes biologiques.

La Société canadienne d’astronomie fait partie des organisations ayant transmis des commentaires à la FCC. Les conséquences ne s’arrêteraient évidemment pas à la frontière américaine, puisque les satellites traverseraient le ciel de nombreux pays.

Reflect Orbital affirme travailler avec la communauté astronomique et prévoit notamment des zones d’exclusion autour des observatoires professionnels. L’entreprise s’est aussi engagée à coordonner ses activités avec la NASA et la National Science Foundation.

Vue aérienne d’une vaste centrale solaire composée de rangées de panneaux photovoltaïques.

Un feu vert aux limites étranges

La décision de la FCC révèle surtout un trou dans le plancher réglementaire.

L’agence américaine explique que son mandat porte principalement sur les fréquences radio utilisées pour commander le satellite et transmettre ses données. Les conséquences de la lumière réfléchie sur l’astronomie, l’environnement ou la sécurité publique dépasseraient donc largement le cadre de son autorisation.

Autrement dit, l’organisme qui pouvait autoriser les communications nécessaires au projet n’est pas forcément celui qui possède le pouvoir d’évaluer tout ce que le miroir fera une fois déployé.

La FCC estime néanmoins que les risques associés à un unique satellite expérimental demeurent faibles et que ce test permettra de déterminer si la technologie est viable. Toute demande visant une constellation plus importante devrait faire l’objet d’un nouvel examen.

Eärendil-1 ne transformera donc pas immédiatement la nuit en plein midi. Mais il pourrait ouvrir une porte beaucoup plus grande : celle d’un monde où des entreprises privées ne vendent plus seulement l’accès à Internet depuis l’espace, mais aussi quelques minutes de Soleil.

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