Ma mère est sur Facebook

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Plusieurs baby-boomers ont cru que Facebook n’était qu’une mode passagère, comme le bref retour des pantalons pattes d’éléphant, les mèches napolitaines des filles de Laval (trois couleurs, vous vous rappelez?), ou encore les lipdubs de la Faculté de communication de l’UQAM.

Ma mère faisait partie du lot et a longtemps regardé le réseau social de haut. Quelle ne fut donc pas ma surprise lorsqu’il y a quelques semaines j’ai trouvé, parmi les demandes d’amitié louches d’un certain Steeve le Léopard et d’un pasteur adventiste spécialisé en guérisons miraculeuses, une invitation à ajouter ma mère comme amie Facebook. Avait-elle enfin réalisé que l’outil qu’elle méprisait la veille encore avait un quelconque intérêt? Allait-elle se mettre à publier des photos de chats et des vidéos YouTube de Charles Aznavour?

J’ai 31 ans, je suis en couple et j’ai une fillette de 4 ans. En gros, je peux assumer (relativement) publiquement ce que je partage sur Facebook. J’ai donc accepté sur le champ l’invitation de ma mère et l’ai félicitée d’avoir rejoint le milliard d’utilisateurs du réseau. Mais voilà, la réaction de mes jeunes frère et sœur a été toute autre.

Refuser l’amitié de ses parents, ou comment obtenir un badge des Hells en cliquant «Ignorer»

Mon frère de 22 ans s’est étouffé de rire en recevant la demande de ma mère : «Voir que je vais l’accepter! Je l’aime pis toute, mais je ne serai jamais son ami Facebook! Come on, c’est Maman, tsé!». Ma petite sœur m’a tenu le même discours, en expliquant qu’elle ne voulait pas que notre mère puisse avoir accès à ses publications. Mais qu’est-ce qui leur semble si dangereux dans le fait que notre mère puisse lire leurs statuts déjantés et commenter leurs photos de partys?

Si votre mère ne vous a encore jamais soupçonné de vendre du crystal meth à des enfants pour le compte des nouvelles jeunesses hitlériennes, refuser son amitié pourrait la rendre insomniaque quelque temps.

Après tout, notre mère nous a élevés, et les propos tenus dans la salle à manger sont souvent du même calibre absurde / scatologique / provocateur que ce que nous partageons online. Même si elle sourcille allègrement et fait semblant d’être outrée lorsqu’on pousse un peu la note, elle reconnaît apprécier notre humour louche et nos grandes gueules. La plupart du temps, en tout cas.

Refuser l’amitié de ses parents, ça titille la fibre inquisitrice de nos géniteurs qui nous imaginent soudainement mener une inquiétante double vie. Si votre mère ne vous a encore jamais soupçonné de vendre du crystal meth à des enfants pour le compte des nouvelles jeunesses hitlériennes, refuser son amitié pourrait la rendre insomniaque quelque temps. Bien sûr, vous n’avez rien d’un apprenti Hells ou d’un cannibale accro aux sels de bain (du moins je l’espère). Qu’avez-vous donc tant à cacher pour craindre le regard virtuel de ceux qui vous ont répété ad nauseam «on dit si j’avais, pas si j’aurais!» et «finis ton assiette, y’a des enfants en Afrique qu’y’ont rien à manger pis qui seraient ben contents, eux, d’avoir de la goulache pour souper»?

Voici quelques conseils qui vous permettront d’accepter les demandes d’amitié de vos parents sans pour autant créer de malaises lors du prochain anniversaire de votre oncle de la fesse gauche.

Ménager notre patrimoine génétique : le contrôle parental inversé

Mes parents n’ont pas fait de retour à la terre et ne nous ont pas élevés comme des amis. La distinction parent / enfant a toujours été très claire dans la maison familiale. Même si nous nous entendons tous très bien, je ne saurais dire que j’ai, malgré mon âge vénérable, une relation d’égal à égal avec ceux qui m’ont donné la vie. Il y a des choses qu’un père préfère faire semblant d’ignorer, et avec raison. Pour ménager vos parents (ils ne sont plus tout jeunes, il faut l’admettre), mieux vaut maîtriser les outils de confidentialité offerts par Facebook.

La plateforme encourage la création de listes. Si vous trouvez fastidieux de créer des listes, pensez à tous les désagréments que vous éviterez une fois l’opération terminée. Vos statuts éméchés aux petites heures, vos allusions sexuelles qui vous apparaissaient très subtiles avant de vous relire le lendemain midi et vos photos disgracieuses d’Halloween seront à l’abri du regard et des commentaires de Maman.

Si vous croyez que votre hippie de tante Aline sera le seul membre de la famille à pouvoir apprécier un article vantant les mérites du cannabis thérapeutique, vous préférerez peut-être simplement empêcher les autres d’accéder à la publication. Pour masquer des amis à la carte, choisissez l’option «Personnaliser» dans le sélecteur d’audience situé à gauche du bouton «Publier».

Par défaut, Facebook conservera les paramètres de confidentialité de votre dernière publication (statut ou partage) et les appliquera automatiquement aux suivantes. Vous pourrez ainsi choisir d’ajouter Mamie Gertrude ou l’ensemble de vos cousins Beaucerons à la conversation si et SEULEMENT si le cœur vous en dit.

L’éducation 2.0 pour la suite du monde

Ce n’est pas parce que vos parents ont décidé de se créer un profil qu’ils comprennent pour autant le langage et le ton qui font du réseau social le lounge de chialage pseudo humoristique qu’on connaît. Si votre mère fait une crise d’apoplexie chaque fois que votre sœur adolescente traite affectueusement ses amies de biatchs au téléphone, il y a fort à parier que vous devrez lui donner un cours intensif de jargon Facebook. Après tout, vous souhaitez son bonheur et son épanouissement autant qu’elle a souhaité votre réussite professionnelle et sentimentale. <3 En terminant, un message aux parents dont les enfants ont refusé l’amitié Facebook : ne désespérez pas, ils vous aiment profondément, peu importe la place que vous occupez dans leur existence virtuelle. Tel un adolescent vous interdisant l’entrée de sa chambre avant de revenir brailler dans vos bras dix ans plus tard (et squatter son ancienne chambre après une rupture douloureuse ou un séjour au BC), votre rejeton ingrat finira par reconnaître que votre amour lui est essentiel. La preuve? Mon frère a finalement accepté la demande d’amitié de ma mère. On prévoit organiser une grande fête pour célébrer l’événement, avec une piñata et moult embrassades.

  • Steve Chabot

    J’Aime bien le CV de madame …….. une chose par contre … le C++ est autrement plus constructif qu’un Baudelaire …… ;)

    Pour ce qui est des parents …. les doubles compte Facebook … ça se fait toujour un pour la famille pis un pour les pots …

  • Catherine Gendreau

    Merci pour votre commentaire. Par contre, je vous assure que la programmation C++ n’est pas particulièrement pertinente dans le curriculum d’une littéraire. ;-)

  • Catherine Gendreau

    Merci pour votre commentaire. Par contre, je vous assure que des aptitudes en programmation C++ ne sont pas très pertinentes pour une chroniqueuse. On a du staff pour ça. ;-)