Automobilistes : Bientôt, vous ne conduirez plus

Révolution automobile

Exclusif

Un jour, les voitures pilotées par des hommes seront tout simplement illégales. Pourquoi? Parce que les ordinateurs seront tout simplement de meilleurs conducteurs que nous.

C’est en effet ce qu’a affirmé le cofondateur de Tesla, Elon Musk, lors d’une entrevue la semaine dernière organisée dans le cadre de l’événement GTC Technology Conference.

Pourquoi les géants de la Silicon Valley veulent-ils absolument nous retirer les mains du volant? Non, ce n’est pas pour décevoir Jean Charest qui aimait bien avoir les mains dessus. C’est plutôt pour s’assurer de dominer les routes et le temps qu’on y passe.

Prenons l’exemple le plus connu : la voiture autonome de Google. Ces prototypes ont un bilan routier exemplaire et ont accumulé le plus de kilomètres sans être contrôlés par des humains. La motivation de Google, en apparence, a toujours été l’innovation. Développer une technologie complète, fiable, et par-dessus tout sécuritaire.

La voiture autonome de Google (Photo : Google).

La voiture autonome de Google (Photo : Google).

Mais, nous n’avons pas à creuser loin pour comprendre les intérêts sous-jacents. Pensons au temps passé dans nos voitures. En 2014, une étude de Tomtom rapportait qu’un conducteur de Montréal perdait plus de 30 minutes par heure de parcours durant les périodes de pointe. En additionnant tout ce temps perdu et en le multipliant par le nombre de travailleurs qui traversent les ponts, on se retrouve avec des millions d’heures d’attention perdues par années seulement dans une ville!

Les futures voitures ne seront plus seulement des moyens de transport, mais des salons ou des bureaux mobiles.

Imaginez, dans un futur pas si lointain, la quantité de services Internet qui sera consommé dans des voitures autonomes. Google a tout intérêt à être un leader dans ce marché et d’échanger ses technologies contre une présence active dans les voitures de demain. En libérant les occupants du fardeau de conduire, on leur donne la liberté de se divertir ou de travailler. Les futures voitures ne seront plus seulement des moyens de transport, mais des salons ou des bureaux mobiles. Les compagnies veulent avoir accès à ces nouvelles heures d’attention.

Mais la technologie des géants de l’informatique a tout de même ses limites. Apple, Google ou Microsoft n’ont pas l’expertise et l’infrastructure pour fabriquer des voitures en masse, les distribuer et les entretenir. Ce n’est pas au Genius Bar d’un Apple Store qu’on va remplacer une transmission ou faire un changement d’huile. J’y imagine aussi mal un étalage de pneus d’hiver juste à droite de la table dédiée aux Apple Watch.

La SQ5 d'Audi, une voiture pourvue d'un pilote automatique (Photo : Delphi).

La SQ5 d’Audi, une voiture pourvue d’un pilote automatique (Photo : Delphi).

C’est ici qu’entre en jeu les grands constructeurs de l’industrie automobile qui ont plus d’un siècle d’expérience et qui depuis quelques décennies intègrent des systèmes d’assistance à la conduite, des ordinateurs de bord et des motorisations de plus en plus intelligentes à leurs véhicules. D’ailleurs, Delphi, l’un des plus grands sous-traitants du secteur automobile, s’est associé avec Audi pour faire la démonstration de son système autonome sur un trajet de plus de 5 000 kilomètres entre San Francisco et New York.

Pour que la voiture autonome prenne leur envol, la cohésion entre le logiciel et le matériel doit être en parfaite. Les plus audacieux seront tentés de tout faire eux-mêmes et de développer leur propre système. À mon avis, c’est plutôt dans la collaboration entre ces deux pôles technologiques qu’on verra les plus grandes percées. La Silicon Valley a besoin du réseau de distribution de Détroit et Détroit doit accéder à l’intelligence et aux données de la Silicon Valley.

Toujours plus de données et de services

Imaginez le pouvoir d’une compagnie qui connaîtra au mètre près la position de millions de véhicules et d’utilisateurs ainsi que leurs parcours et destinations.

En parlant de ces données, c’est aussi un enjeu des plus important.

Imaginez le pouvoir d’une compagnie qui connaîtra au mètre près la position de millions de véhicules et d’utilisateurs ainsi que leurs parcours et destinations. Elle connaîtra leurs moindres faits et gestes et pourra même modéliser et prédire leurs déplacements. D’une valeur inestimable, ces données permettront de vendre de la publicité ciblée et d’ajouter de la valeur aux déplacements : suggérer des arrêts ou envoyer des rappels.

Les données permettront la création de tout un écosystème de services de proximité qui prendront en considération le contexte des occupants du véhicule. On peut imaginer un ramassage de colis automatisé pendant qu’on est au bureau, un arrêt chez le nettoyeur pour y déposer un habit ou une compagnie aérienne pourrait aller chercher ses passagers à domicile.

Des services comme Uber, Lyft ou Communauto pourront devenir 100% autonomes. Avec des flottes qui sillonnent les rues et qui savent exactement à quelle heure se présenteront les usagers. Toute l’économie autour de l’entretien des voitures sera aussi réinventée : votre voiture ira elle-même faire le plein, à ses entretiens ou passer une inspection préventive. Vous pourriez même ne plus être propriétaire d’une voiture, mais simplement louer du temps ou des kilomètres.

Finalement, les assureurs devront repenser leur offre. Qui sera responsable dans un véhicule autonome? L’occupant, le fabricant ou le fournisseur de service. Certains assureurs installent déjà des modules de surveillance dans les véhicules, est-ce qu’ils installeront des applications plus complexes dans les véhicules autonomes? D’un autre côté, si ces véhicules s’avèrent vraiment beaucoup plus sécuritaires que ceux conduits par des humains, ils pourraient faire perdre beaucoup de revenus aux assureurs.

Les processeurs et les réseaux

Pour contrôler et tout analyser en temps réel, les voitures devront avoir de puissants processeurs et capteurs. C’est d’ailleurs logique d’avoir entendu la déclaration Elon Musk (citée en début d’article) lors d’une conférence où Nvidia présentait ses derniers processeurs. Deux milliards de véhicules sur les routes, c’est autant de processeurs à vendre.

Schéma de la fonction de repérage d'une voiture pourvue d'un pilote automatique (Image : Tesla).

Schéma de la fonction de repérage d’une voiture pourvue d’un pilote automatique (Image : Tesla).

N’oublions pas le dernier maillon qui va permettre à toute cette industrie de fleurir : les opérateurs de réseau mobile, dont les services seront nécessaires pour l’échange d’informations, la mise à jour des itinéraires et autres services connectés. N’avez-vous jamais imaginé que le projet Loon de Google serait un idéal complément aux voitures autonomes? Offrir une couverture réseau sans fil même dans des régions mal desservies par les technologies conventionnelles comme les déserts ou les montagnes.

Le futur, c’est maintenant

La Silicon Valley et les constructeurs se préparent à cette révolution et ce futur, certains plus ouvertement que d’autres. Les voitures tel qu’on les connaît deviendront les téléphones à rabat de demain. Elles auront encore leur place et leur utilité, mais la plupart des gens vont préférer les voitures autonomes et intelligentes aux reliques du passé.

Peut-être même que ceux qui naissent aujourd’hui n’apprendront tout simplement jamais à conduire comme nous l’avons appris. Et vous finirez peut-être votre carrière en vous laisser transporter plutôt qu’à être stressé dans le trafic. Mais, en attendant l’arrivée en masse des ces véhicules, on devra se contenter d’une voiture équipée de CarPlay ou de Android Auto.

  • philippe poisson

    J’ai pas hate de voir ca sur la belle glace noir en plein hiver québécois. Sans compter les caves qui passe 4 saisons sur des tire su’a fesse. Tk le computer la dedans a besoin de computer en %@$*. ; P

  • David Carrier

    Moi je veux continuer a conduire !!

  • Gaston

    On se rapproche de plus en plus de « TekWar » de William Shatner.

  • http://Rhialto.com/ Rhialto

    Les ivrognes pourront enfin boire librement derrière le volant! Mais quel volant? oops!

    Blague à part, dans 90% des cas j’aime bien conduire. Si j’habitais à Montréal ou les environs et que je devais me taper les heures de pointe, le pourcentage serait certainement plus bas par contre.