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Chronique d’une dépendance annoncée

Par Catherine Gendreau – le dans Actualités
Récemment, je suis allée souper chez une amie fraîchement revenue à Montréal après deux ans d'études à Québec. Assises dans sa cour, nous avons fait un «recap» de nos vies respectives des deux dernières années.

À plusieurs moments, nous avons émis des «Oh!», des «Ah!», des «Hein?» et autres onomatopées indiquant l’étonnement et la surprise : «Comment ça se fait que j’étais pas au courant de ça, fille?». C’est très simple : mon amie n’a pas de profil Facebook, pas plus que de comptes Twitter et Instagram.

Bien sûr, nous avions échangé quelques courriels durant son exode en terre ennemie (je blague, abstenez-vous de m’envoyer des messages haineux pro-Limoilou), la plupart du temps pour nous souhaiter un bon anniversaire ou un joyeux temps des Fêtes. Mais les anecdotes de la vie, les histoires rigolotes de nos enfants ou encore les deuils, les déceptions professionnelles et les grosses colères qui te font crier «Chienne de vie!» ont échappé à nos missives Gmail. Ça m’a fait réaliser que je tenais pour acquis que mon entourage était au courant des grandes lignes de ma vie via Facebook et Instagram. Ok, je le savais déjà, mais là j’ai réalisé que c’était assez idiot, même si je suis loin d’être dans la seule dans cette situation. Certains pourraient même dire que la vie de mon amie ressemble à celle d’un ermite dans un shack sans électricité.

Pourtant, je n’avais pas le profil, ou si peu. D’accord, j’écrivais des dizaines de petits billets durant mes cours au secondaire, petits billets envoyés à l’amie devant moi (tiens, c’est d’ailleurs la même amie mentionnée ci-dessus) via la gomme à effacer Staedtler grâce à un ingénieux stratagème de camouflage dudit billet sous la gaine plastifiée de la gomme. On apprenait à écrire vite et en caractères minuscules, ado. Puis, à l’Université, j’ai renoué avec les joies de la correspondance épistolaire, à la plume, sur du papier non ligné, avec des vraies enveloppes et tout. J’étudiais en Littérature, tsé. Comment en suis-je donc arrivée à frissonner de peur en m’imaginant recluse dans un endroit sans Wi-Fi? Facebook.

Facebook est à ma vie ce que Twitter est à celle de Denis Coderre, ou ce que les photos cheesy sont à celle de Justin Trudeau. Une drogue, n’ayons pas peur des mots.

Facebook est fantastique. C’est comme un LCN de la nouvelle et de l’anecdote, du sérieux et du LOL, concentrés sur une même page. Sauf que les lecteurs de nouvelles et autres commentateurs sont des gens auxquels j’ai personnellement décidé de donner du crédit, et qui m’en donnent en retour.

Le FOMO ne prend pas de vacances

Faut dire que j’ai toujours peur de manquer quelque chose. Dans la course effrénée à l’information que sont devenues nos vies modernes, le syndrome FOMO (fear of missing out) fait de plus en plus de victimes. Et pour ça, Facebook est fantastique. C’est comme un LCN de la nouvelle et de l’anecdote, du sérieux et du LOL, concentrés sur une même page, mon newsfeed. Sauf que les lecteurs de nouvelles et autres commentateurs sont des gens auxquels j’ai personnellement décidé de donner du crédit, et qui m’en donnent en retour.

Il m’arrive de réfléchir plusieurs minutes à la formulation d’un statut, à la façon witty de commenter une publication d’un ami, à la manière de provoquer une conversation afin de susciter le plus grand nombre de réponses possible. On peut trouver ça pathétique. Ça ne me rend pas malheureuse pour autant. Facebook est comme un immense bac à sable dans lequel j’ai le droit de jouer à longueur de journée sans jamais entendre quelqu’un me crier «Catou, encore 5 minutes pis on y va, y’est tard là pis Maman doit préparer le souper!». Pourquoi je voudrais prendre un break de ça?

Pour le bien de cette chronique et pour ma propre curiosité, j’ai sondé mes amis Facebook en leur demandant s’il était possible, en 2013, de prendre des vacances des réseaux sociaux et si oui, pourquoi et comment. La très grande majorité d’entre eux m’ont répondu que c’était non seulement possible mais nécessaire, que ça permettait de «se recentrer sur l’essentiel».

Ah, l’essentiel! Cette chose invisible pour les yeux et avec laquelle il est primordial d’être en contact… Je ne peux m’empêcher d’être un peu déçue que «l’essentiel» ne m’ait toujours pas envoyé une demande d’amitié Facebook et ait refusé de s’abonner à mon compte Instagram. Est-ce que «l’essentiel» me boude?

Bref, je ne suis pas en train de vous annoncer que je vais prendre une pause de Facebook bientôt. Plusieurs journalistes et chroniqueurs l’ont essayé, et leurs conclusions ne m’ont pas convaincue. Simon Jodoin, rédacteur en chef du Voir, m’a d’ailleurs bien fait sourire lorsqu’il a annoncé qu’il prendrait une pause des médias sociaux pendant un mois, l’an dernier. C’est que Jodoin demandait à ses amis virtuels et lecteurs du Voir de lui faire un résumé des sujets chauds sur les réseaux sociaux, à la fin de chaque journée. Aller jusqu’au bout de son idée. Ou pas.

Sur ce, je vous invite à me faire part de vos histoires de débranchement 2.0, vos craintes, vos épiphanies, etc. Entre deux virées au parc avec ma fille avant le souper, trois barbecues avec mes amis, mon chum et ma famille, et tous les romans qui m’attendent sur ma table de chevet, bref entre toutes les manifestations de ce qui constitue «l’essentiel» à mes yeux, je trouverai bien un moment pour vous lire et vous répondre.

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Catherine a toujours eu un faible pour les nerds, les geeks et les gars qui passent trop de temps devant un écran. Cette ancienne technulle avouée, plus intéressée par la littérature que par la programmation C++, s’est finalement laissé corrompre avec l’avènement de Facebook, auquel elle est indubitablement accro. Rédactrice web et chialeuse professionnelle, elle écrit toujours ses brouillons à la main.