Nos villes et le numérique

Municipales

Québec Exclusif

À l’aube des élections municipales au Québec, jetons un bref regard sur l’état du numérique dans nos administrations municipales.

La France se dirige vers un scrutin pour plusieurs de ses municipalités en 2014 et le site Web campagnes et Municipales 2014 propose divers éléments à inclure dans le programme d’un candidat désireux de porter sous les projecteurs la cause du numérique. À la lecture des propositions, je me suis emballé et j’ai soudainement rêvé à l’arrivée, dans les campagnes électorales de ce côté de l’océan d’un candidat qui ouvrirait grand les bras aux innovations numériques.

Mais une fois ma tête sortit des nuages, je me suis rendu compte que nos administrations n’ont pas tant besoin d’un messie du numérique plus que d’une bonne dose d’ouverture d’esprit.

Avons-nous réellement besoin d’une personne responsable de l’innovation? Je pense que l’appareil gouvernemental contient déjà assez de ressources en son sein afin de stimuler l’innovation et l’utilisation du numérique.

Tout part d’une belle idée

La première des propositions sur le site est celle de la création d’un poste de responsable de l’innovation. Cette proposition s’inspire de la ville de San Francisco qui s’est doté en 2012 d’un Chief Innovation Officer, un directeur général de l’innovation, afin d’insuffler à la ville un air nouveau par divers moyens technologiques.

L’idée fait rêver! Qui d’entre nous ne souhaite pas d’un gouvernement plus innovateur ces jours-ci? Cependant, avons-nous réellement besoin d’une personne responsable de l’innovation? J’espère ne pas être trop naïf, mais je pense que l’appareil gouvernemental contient déjà assez de ressources en son sein afin de stimuler l’innovation et l’utilisation du numérique.

Si un directeur de l'innovation peut arranger ça sur le site de la ville de Québec, je pourrais finalement me laisser convaincre.

Si un directeur de l’innovation peut arranger ça sur le site de la ville de Québec, je pourrais finalement me laisser convaincre.

Si c’est effectivement le cas, à quoi bon créer un poste, et le budget qui en découle, alors que tout ce qu’un élu pourrait avoir à faire est de tendre l’oreille aux idées qui germent déjà chez ses fonctionnaires? C’est avec cette idée en tête que j’ai regardé certaines des propositions subséquentes en me demandant si le numérique avait déjà sa place dans nos villes. Un exercice qui me permet de dresser par la bande un bref portrait sur l’état du numérique dans les municipalités du Québec.

Données ouvertes

Trois des grandes villes au Québec ont déjà une offre de données ouvertes : Gatineau, Québec et Montréal ont chacune leurs portails. Le spectre des données offertes est vaste et passe de la liste des activités socioculturelles de la ville aux emplacements des feux de circulation et des espaces climatisés ouverts au public en cas de canicule.

La ville de Québec offre par ailleurs un programme de services ouverts qui permet aussi à la ville de recevoir de l’information du citoyen, en plus d’offrir ses données. À titre d’exemple, le service offre la possibilité de signaler des feux de circulation non synchronisés, des nids de poules ou des rues mal déneigés. Les données et services ouverts offrent une opportunité de rapprochement entre le citoyen et l’administration municipale… pourvu que l’on sache programmer. Car dans l’état actuel des choses, les villes et leurs services de données ouvertes ne sont que des déclencheurs d’innovation : en offrant des données et des canaux de communication aux programmeurs, ce sont ces derniers qui doivent mettre la main à la pâte pour exploiter les données et offrir une application concrète au public.

Petit aparté : au provincial, le Directeur général des élections du Québec offre les résultats des élections provinciales de 2012 en données ouvertes, pavant la voie à des applications analysant et diffusant les résultats aussi rapidement que les grands médias. Croisons-nous les doigts pour que l’idée soit reprise pour les prochaines municipales.

Webdiffusion des séances de conseils municipaux

Une autre opportunité de rapprochement entre le citoyen et ses élus qui est à la portée des municipalités de toutes tailles est la webdiffusion des conseils municipaux et ici aussi, on peut trouver des initiatives dans plusieurs villes. De Montréal jusqu’à Rimouski, les citoyens peuvent faire l’expérience en direct et en différé de l’exercice de la démocratie municipale.

Sensibiliser la population aux enjeux du numérique

Si les villes du Québec n’ont aucun mandat officiel sur une offre de service d’éducation à la population, il n’en reste pas moins que plusieurs ont tout de même la plateforme parfaite pour le faire. Les services de sports et loisirs des municipalités offrent plusieurs ateliers à chaque saison et l’on y trouve de plus en plus de cours en lien avec le monde de l’informatique et du web. La ville de Québec a déjà dans son offre d’activités, soit un cours sur la cyberdépendance, des ateliers sur l’utilisation de Facebook, des ateliers sur divers sites transactionnels et autres.

Et les autres?

Le site Web campagnes et Municipales 2014 propose d’autres idées que je juge cependant difficilement applicable à notre propre contexte municipal. Les propositions pour stimuler le commerce électronique local ou celle de la création d’un espace public de travail collaboratif sont bien intéressantes, mais probablement plus dans l’intérêt des associations de commerçants locaux ou des chambres de commerce.

Aussi, la proposition de favoriser l’accès à Internet de haut débit est certes une problématique urgente pour beaucoup de régions du Québec, mais bien plus dans les compétences des gouvernements provinciaux. C’est d’ailleurs une des demandes principales qu’on fait les «étonnés» de la réflexion sur un Québec numérique.

Pourquoi regarder ailleurs? Notre gazon est déjà vert!

Finalement, je crois que je n’étais pas si naïf : nos villes font déjà de bons efforts d’ouverture sur le monde par le numérique. Évidemment, ce n’est qu’un début, et nous pouvons toujours espérer plus. Que les villes n’attendent pas après l’initiative privée afin d’exploiter ses banques de données ouvertes serait un exemple parmi tant d’autres. Mais au point d’en faire un enjeu électoral? Pas si certain. C’est bien plus au citoyen d’accaparer les outils déjà en place afin de prouver la nécessité des services 2.0 (ça y est, j’ai dit le buzzword).

Qu’en pensez-vous? Est-ce qu’en ce qui vous concerne, votre administration municipale locale aurait besoin d’un coup de pouce d’innovation numérique?