De l’insignifiance de faire le ménage de ses amis Facebook

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Si je le pouvais, je vivrais à longueur d’année en automne. J’ai toujours eu un faible pour la petite laine, le foulard et la quétainerie des comédies romantiques qui se déroulent à New York en octobre.

Vous savez, la quétainerie qui vous fait émettre des «Aon» quand vous entendez des phrases comme «Je t’enverrais un bouquet de crayons fraîchement taillés» (You’ve Got Mail, oh oui). L’automne, c’est le retour à l’école, au travail, c’est LA rentrée. On accouche de livres, de films, de projets. Et, par le fait même, on relègue nos vieilles affaires aux oubliettes. Je n’ai pas fait d’étude sur le sujet, mais je suis convaincue qu’il y a plus de ruptures et de formations de nouveaux couples en automne qu’à toute autre période de l’année. Parce que voilà, l’automne nous donne envie de faire le ménage et repartir en neuf.

Facebook n’échappe pas au phénomène. Notre fil d’actualité se remplit soudainement de messages qui disent approximativement la même chose : «Je fais le ménage de mon compte, donc si tu veux rester mon ami, like ce statut».

Je veux dire, dans la «vraie vie» là, je ne vais pas vous téléphoner pour vous dire «Yo, on se parle jamais pis t’as le même intérêt à mes yeux que de la gravelle dans un driveway, mais si TOI tu veux rester mon ami, raccroche pas, ok?». Pourquoi en serait-il autrement sur Facebook?

Pourquoi?

Tout d’abord, pourquoi faire le ménage de ses amis Facebook? C’est pas comme si on s’enfargeait dedans en se rendant au frigo, c’est pas comme si ça puait ou qu’on en avait honte quand notre mère vient souper chez nous. Où est le problème dans le fait d’avoir 543 amis plutôt que 312? Y’a-t-il quelqu’un, quelque part, qui a déjà statué qu’il fallait absolument avoir un certain nombre d’amis? Existe-t-il une échelle créée par un éminent chercheur universitaire de l’Idaho qui évalue le nombre d’amis maximal d’une personne selon des critères indiscutables? Permettez-moi d’en douter. Alors pourquoi?

Lorsque j’ai posé la question à mes amis, on m’a répondu «Ça me sert à rien de garder tous ces contacts-là, ce sont des gens avec qui je n’interagis jamais et / ou qui publient des choses ridicules qui me font lever les yeux au ciel». Un instant. Facebook n’est pas un séminaire de maîtrise et on ne me fera pas croire que la plupart des gens utilisent le réseau uniquement pour nourrir leur intellect et échanger des propos hautement spirituels. Le facteur LOL est au centre de la majorité des échanges et des publications. Pourquoi se priver volontairement du plaisir de chialer sur la stupidité de certains statuts et commentaires?

Il est grand, le mystère de Facebook

Si je n’ai pas réussi à vous convaincre de l’insignifiance de l’exercice et que vous tenez mordicus à faire le ménage de vos amis en séparant le bon grain de l’ivraie tel Saint-Pierre à la porte du Paradis, de grâce, cessez au moins d’en aviser vos disciples facebookiens en leur demandant de se manifester s’ils souhaitent continuer de s’abreuver à vos toutes-puissantes paroles. Soyez cohérent!

Personnellement, si je vous trouve inintéressant et si vous êtes le niveau zéro de la pertinence à mes yeux, je vais vous supprimer de ma liste d’amis sans prendre la peine de vous en parler avant. Je veux dire, dans la «vraie vie» là, je ne vais pas vous téléphoner pour vous dire «Yo, on se parle jamais pis t’as le même intérêt à mes yeux que de la gravelle dans un driveway, mais si TOI tu veux rester mon ami, raccroche pas, ok?». De la même façon, si je préfère écarter quelqu’un de mon quotidien, je le fais au moment où cette personne devient pour moi une nuisance, je ne me lance pas dans une vaste campagne de ruptures amicales. Pourquoi en serait-il autrement sur Facebook? Et n’est-ce pas un peu honteux de quémander ainsi l’amour et l’attention de personnes que vous êtes potentiellement prêt à supprimer de votre vie?

Pires encore sont ceux qui nous annoncent après coup, une fois l’opération d’élagage terminée, que nous avons été épargnés par la Grande Faucheuse virtuelle. Merci, c’est trop de considération. Serai-je à la hauteur de cet acte de foi d’une générosité sans égal? Gros, gros soupir de découragement.

Sur ce, je m’en vais laver mon plancher. Et je vous assure que je ne demanderai pas à la tache de sauce marinara devant la cuisinière si elle désire y demeurer.