Un ami qui ne vous veut pas que du bien

Réseaux sociaux

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On se rappelle tous l’horrible histoire de Rehtaeh Parsons, cette jeune fille qui a mis fin à ses jours après la publication sur Facebook de photos prises lors d’un viol collectif. Intimidée durant des mois par ses camarades de classe, l’adolescente de 15 ans n’a vu qu’une solution au harcèlement dont elle était victime : en finir pour de bon.

L’intimidation sur les réseaux sociaux est un sujet qui a amplement été traité au cours des dernières années. On l’associe majoritairement aux adolescents, mais ils sont loin d’être les seuls à faire les frais du phénomène ou à l’encourager.

Voici quelques cas réels de harcèlement sur Facebook qui, sans avoir eu les conséquences tragiques de l’histoire de Rehtaeh Parsons, ont quand même nui aux victimes.

Je doute qu’il y ait une morale à tirer de ces histoires, sinon que Facebook, n’en déplaise à plusieurs qui prétendent le contraire, C’EST AUSSI LA VRAIE VIE. Pas une partie de GTA ou un jeu de rôle grandeur nature au Duché de Bicolline.

La connaissance enragée

Les conflits politiques exacerbent les comportements hostiles, particulièrement sur les réseaux sociaux. On s’emporte facilement, on se rallie à un camp CONTRE un autre, les esprits s’échauffent et les insultes pleuvent. En ces temps de débats autour de la Charte, on n’a qu’à lire les commentaires sur certaines pages pour comprendre l’ampleur du phénomène.

Durant le printemps érable, une amie, très impliquée dans le mouvement contre la hausse des frais de scolarité, s’est mise à recevoir des messages haineux provenant d’une connaissance à qui elle n’avait pas parlé depuis des années mais qui faisait partie de sa liste d’amis. Outrée par ce qu’elle considérait être des incitations à l’anarchie sur Facebook, la connaissance a décidé de cracher son fiel, à répétition, dans sa boîte de messagerie.

Elle s’est permis toutes les insultes, de «pauvre conne» à «crisse de BS», en passant par «tu me dégueules, pis tes pas d’avenir d’amis avec». Chaque fois que l’alerte sonore indiquant un nouveau message retentissait, le pouls de mon amie s’accélérait, ses mains devenaient moites, elle faisait une mini crise de panique. Elle a tenté plusieurs fois d’établir un dialogue respectueux mais a abdiqué après avoir reçu un sympathique «t’as le cordon du cœur qui traîne dans’marde» (ça ne s’invente pas).

Heureusement, bloquer l’indésirable a résolu le problème des messages, mais ce n’est pas toujours si facile…

L’amant éconduit qui refuse le rejet

Si on peut relativement facilement se débarrasser d’une connaissance sur Facebook, il en va autrement de personnes avec qui nous avons tissé des liens plus solides. Une collègue travailleuse autonome l’a appris à ses dépens lorsqu’elle a mis fin à une fréquentation amoureuse.

L’amant rejeté n’a pas accepté de se faire repousser et s’est lancé dans une campagne de dénigrement contre ma collègue. Allusions non subtiles à des problèmes personnels, remise en question de ses compétences professionnelles, railleries sur son physique, etc. Ma collègue a averti son ex qu’elle n’accepterait pas qu’on démolisse ainsi sa crédibilité et lui a demandé de cesser ses activités, sans succès.

Même si l’amant éconduit n’était plus son ami Facebook, il poursuivait ses attaques sur son propre journal ou ceux de leurs amis / contacts professionnels communs. Minée par le comportement abusif de son ex et craignant (avec raison) pour son avenir professionnel, ma collègue a dû se tourner vers la police pour régler la situation. Le mal était déjà fait : sa réputation avait été atteinte et il lui a fallu plusieurs mois pour la rétablir.

Le traqueur dangereux

Début février 2013, je reçois un message Facebook d’un inconnu, appelons-le M. Se présentant comme un ancien camarade de collège de mon ex conjoint, il m’écrit soi-disant pour nous souhaiter une joyeuse Saint-Valentin. Je le remercie, sans plus. Il m’écrit à nouveau le jour même pour me demander de l’ajouter comme ami Facebook, ce que je refuse en lui expliquant gentiment que je n’accepte pas les invitations de personnes que je connais ni d’Ève ni d’Adam.

Au cours des semaines qui suivent, M m’écrit régulièrement, me pose des questions personnelles, fait des commentaires sur des photos qui datent de plusieurs années, etc. Mon silence le rend de plus en plus agressif dans ses messages, et j’apprends par mon ex qu’il a osé sonner à sa porte en demandant si j’étais présente. Je bloque M, en me disant qu’il va bien finir par comprendre le message. Oh, la belle naïveté!

Frustré par ma démarche de blocage, M se crée un nouveau compte et continue de me harceler en tenant des propos inquiétants. Je bloque également ce nouveau compte mais ne me sens pas rassurée. Je me mets à faire de l’insomnie, je regarde derrière mon épaule en marchant dans la rue, je crains pour la sécurité de ma fille. Avec raison : M débarque quelques semaines plus tard à mon bureau (il m’a sans doute googlée intensément pour le trouver) et exige de me parler, mais la présence d’esprit de la réceptionniste, qui le trouve particulièrement louche, le contraint à partir. Je dépose une plainte à la police, on me dit qu’il y aura enquête. M revient à la charge le lendemain et refuse catégoriquement de quitter mon bureau jusqu’à ce qu’un collègue s’en mêle et le menace plusieurs fois d’appeler la police.

L’enquête a finalement eu lieu. M a été arrêté et accusé de harcèlement criminel. Mon ex, mes collègues et moi avons eu à passer une journée de travail en cour pour témoigner, ce qui n’a clairement pas plu à nos employeurs. Au cours du processus judiciaire, j’ai appris que M avait de lourds antécédents, dont certains impliquant de la violence, et qu’il n’aurait même jamais dû pouvoir m’envoyer des messages sur Facebook. Frissons d’horreur.

Dénoncer l’inacceptable

Je doute qu’il y ait une morale à tirer de ces histoires, sinon que Facebook, n’en déplaise à plusieurs qui prétendent le contraire, C’EST AUSSI LA VRAIE VIE. Pas une partie de GTA ou un jeu de rôle grandeur nature au Duché de Bicolline.

Les enragés qui attaquent ceux qui ne partagent pas leurs convictions, les collègues jaloux, les exs frustrés d’avoir été rejetés et les stalkers sont aussi présents sur le réseau social qu’ils le sont dans la rue ou dans votre tour à bureaux du centre-ville.

En cas de doute, bloquez. Si les comportements harcelants persistent, qu’il y a atteinte à votre réputation ou qu’un climat de peur s’installe, n’hésitez pas à contacter le 911. Voilà pour mon conseil de type Parents-Secours.

  • Mitch

    oui contactons le 911 en cas de problème

  • Anonymous376

    Personnellement, je n’aime pas l’idée d’étaler l’histoire de ma vie sur un mur. Je ne suis pas un fan de facebook, j’y vais 1 ou 2 fois par mois juste parce que j’ai un compte (et je passe tout mon temps sur l’ordinateur). Je suis daccord Facebook peut rapidement dégénéré une vie privée.