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La mort du téléphone

Par Fabien Loszach – le dans Actualités
Le téléphone intelligent a changé la façon de communiquer de bien des gens. La fonction téléphonique serait-elle en voie d'extinction?

Mercredi dernier, un problème de logiciel réseau a paralysé une partie des services de mobilité du géant canadien Rogers. Cette interruption de service, qui n’a concerné que les appels et les textos (les transmissions de données n’ont pas été affectées), a touché environ les deux tiers des 10 millions de clients.

Plusieurs ont comparé cette panne à celle qu’a connu BlackBerry en 2011 et qui a durement affaibli l’entreprise. La panne de Rogers est toutefois bien différente : elle n’a duré qu’un après-midi (et non trois jours, comme celle de BlackBerry) et plusieurs personnes ne s’en sont même rendu compte.

La raison? Notre téléphone ne nous sert presque plus à téléphoner.

La vocation du téléphone est en pleine transformation

D’après une étude publiée par O2, un fournisseur de services mobiles anglais, l’utilisateur moyen de téléphone intelligent consacre environ deux heures par jours à son appareil. Mais ce n’est pas les appels que les utilisateurs privilégient, bien au contraire…

Le déclin des appels vocaux serait principalement lié à la popularité des téléphones intelligents qui ont permis de communiquer autrement et à travers d’autres moyens. À ce sujet, certains se demandent même s’il ne faut pas tout bonnement arrêter d’appeler un téléphone un téléphone.

La première fonction du téléphone intelligent est désormais la navigation sur Internet (25 minutes par jour). Google a d’ailleurs bien anticipé ce changement dans les comportements mobiles puisque la dernière évolution de son moteur de recherche (baptisée Hummingbird, ou Colibri) vise à mieux répondre aux requêtes des utilisateurs mobiles qui ont tendance à formuler leur recherche sous forme de questions.

Après la recherche sur Internet, les utilisateurs passent majoritairement du temps à réseauter (17 minutes), jouer (13 minutes), écouter de la musique (16 minutes) et enfin appeler (12 minutes). Envoyer des textos et des courriels arrive en dernier (12 et 11 minutes). Paradoxalement, le téléphone intelligent a fait diminuer le temps que l’on consacre à téléphoner. Les études montrent que tous les groupes d’âge (excepté les 55 ans et plus) passent moins de temps au téléphone.

Cette baisse des communications vocales est largement plus prononcée chez les 18-34 ans. Entre 2008 et 2010, aux États-Unis, le temps que ces derniers consacraient aux appels vocaux est passé de 1 200 minutes à 900 selon Nielsen. De leur côté, le nombre de textos doublait passant de 600 par mois en 2008 à 1 400 deux ans plus tard.

Non seulement les utilisateurs font moins d’appels, mais ils ont aussi des conversations plus courtes. Ian Shapira du Washington Post a montré à ce sujet que le temps moyen accordé à une conversation est passé de 2,38 minutes en 1993 à 1,81 minute en 2009.

Pour James Ticket de la commission de régulation des médias britanniques (Ofcom), le déclin des appels vocaux est principalement lié à la popularité des téléphones intelligents qui ont permis de communiquer autrement et à travers d’autres moyens (réseaux sociaux ou courriels par exemple). À ce sujet, Magan Garber du magazine The Atlantic se demande même s’il ne faut pas tout bonnement arrêter d’appeler un téléphone un téléphone.

Le sens attribué à la communication téléphonique

Cette évolution des pratiques est très intéressante puisqu’elle change aussi le sens que l’on attribue à la communication téléphonique. Cette dernière est devenue une sorte de bien de luxe réservé aux personnes les plus importantes de nos vies ou auxquelles on attribut une importance particulière à un moment donné (pour un projet, un travail, et cetera).

Dans son article, Shapira explique aussi que les plus jeunes sont réticents devant les appels vocaux parce que cela implique une intimité qu’ils n’aiment pas entretenir et leur retire la sensation de contrôler leur message. Ils se sentent plus confortables dans des échanges impersonnels qui privilégient le texte (texto, courriel, Facebook et Twitter).

Pour la nouvelle génération, les appels ont pris une nouvelle signification : ils sont considérés comme étant plus intrusifs et donc moins polis puisqu’ils interrompent ce que le destinataire est en train de faire.

Ces changements de comportement par rapport au média téléphonique engendrent certains conflits de générations entre les baby-boomers qui sont encore largement dans une logique de communication orale et leurs enfants qui privilégient l’écrit. Les premiers appellent encore les enfants qui leur répondent par texto…

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Fabien Loszach

Docteur en sociologie, spécialisé dans les nouvelles communications numériques, Fabien est le directeur de la stratégie interactive de l’agence Brad. Il consacre le reste de ses activités aux humanités digitales et la veille stratégique au micro de Radio-Canada (La Sphère) et au Fonds des médias du Canada.