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À l’aube d’une nouvelle génération, la guerre des fanboys continue

Par Tristan Geoffroy – le dans Actualités
Des plus profonds recoins de notre histoire commune, l'homme a toujours eu un besoin inconditionnel de s'identifier à un groupe que ce soit, une tribu, une caste, une guilde, une religion et plus récemment, à un type de produits ou une marque.

Désormais, on qualifie certains et certaines d’entre nous en fonction de leur attachement à un produit fétiche. Nous ne sommes pas définis par ce que nous sommes, mais par ce que nous possédons.

Phénomène de nos sociétés modernes, le fanboyisme est le reflet de la victoire de certaines compagnies sur l’intelligence humaine, réussissant en quelques spots de pub ou en déclarations fracassantes à réduire tout sens de la critique à zéro.

Entre avoir et être

Dans le fabuleux monde de l’informatique et des jeux vidéo, ce phénomène existe depuis très longtemps et se traduit par l’attachement viscéral d’une personne à une console ou un système d’exploitation. Le concept de fanboyisme est différent de celui du troll sur Internet, qui lui se limite à littéralement vouloir faire chier quiconque entre dans sa sphère d’influence sans défendre une idée plutôt qu’une autre.

Le fanboyisme est la quintessence de la défense bec et ongles d’une marque, au mépris de la logique la plus élémentaire parfois et de certaines règles d’éthiques et de respect. Pire qu’un fondamentaliste religieux, le fanboy et la fangirl sont comparables à des intégristes les plus extrêmes d’une secte.

Ayant travaillé de longues années à la télévision dans une émission de critiques de jeux vidéo, j’ai dû à de nombreuses reprises faire les frais de ces «passionnés». Leurs arguments peuvent aussi bien relever des points les plus censés et documentés que des raisons les plus farfelues et ridicules qui soient. Depuis l’arrivée de Microsoft dans le monde des consoles de salon, cette guerre virtuelle s’est transformée en véritable guerre de tranchées.

Chaque fanboy reste dans son coin, intimement convaincu que la plateforme sur laquelle il joue est indéniablement la meilleure jamais créée, quels que soient les choix parfois désastreux de la compagnie qu’il défend.

Ma console est meilleure que la tienne

Alors que Nintendo éprouvait quelques difficultés avec les ventes de sa Wii U, son armée de fanboys ne prenait aucune critique affirmant que, contrairement à toutes les statistiques de ventes, la compagnie avait fait les bons choix.

Il en va de même lorsque Microsoft annonce lors du dévoilement de sa nouvelle console que les jeux d’occasion ne pourront plus être revendus. Les forums de discussion s’embrasent, offrant de réelles joutes verbales parfois vitriolesques entre partisans de la Xbox One et de la PlayStation 4. Certaines de ses joutes peuvent même se solder par un changement de cap pour la compagnie, comme ce fut le cas pour Microsoft, qui du revoir toute sa politique entourant les jeux d’occasion suite aux réactions sur Internet.

Notre société capitaliste, où toute notre vie est définie parce que nous possédons et non parce que nous pensons, offre donc un nouveau moyen aux humains de se réunir autour d’un objectif commun. Le besoin de défendre une marque a tranquillement dépassé, pour certains et certaines du moins, le besoin de se battre pour des idées ou des concepts.

Véritable gangrène des forums de discussion, les fanboys sont tels des soldats aveuglés par une propagande débilitante, prêts à taper sur n’importe qui aurait le malheur de dire du mal de leur marque adorée.

Le fanboy, un zombie capitaliste?

Généralement endoctriné au point où aucune discussion n’est possible, le fanboy est souvent agressif, irrespectueux et offre une cible idéale aux trolls qui pourront frapper directement là où ça fait mal. Lorsqu’un troll rentre dans une arène remplie de fanboys, les échanges se transforment rapidement en engueulades vulgaires et dénuées de tous sens.

Photo : Scott Beale
Photo : Scott Beale

Phénomène de nos sociétés modernes, le fanboyisme est le reflet de la victoire de certaines compagnies sur l’intelligence humaine, réussissant en quelques spots de pub et déclarations fracassantes à réduire tout sens de la critique à zéro. Vous n’aimez plus un produit pour ce qu’il vous offre, mais pour ce qu’il vous permet d’être, ou bien souvent, de croire être.

Ainsi, si l’on en croit bien sûr les fanboys eux même, les propriétaires de produits Apple sont plus raffinés et intelligents, les accros de Nintendo sont les seuls réels défenseurs des jeux tels qu’ils devraient être, etc.

Je reste toujours tristement abasourdi lorsque je vois des personnes monter au créneau pour défendre un produit. Dans un monde qui a tant de problèmes plus sérieux et vitaux à régler, le «ma console est meilleure que la tienne» est une réelle diversion provoqué par notre société mercantile afin que la majorité d’entre-nous s’affaire sur des débats absurdes et stériles plutôt que sur de réels enjeux.

Comme le disent les dictions «diviser pour mieux régner» et «je pense donc tu suis», il faut croire qu’avec le phénomène des fanboys, les entreprises ont réussi leur défi : transformer leur clientèle en armées de zombies décérébrés prêt à tout pour les défendre. Ce sont les religions qui doivent être jalouses!

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Tristan Geoffroy

Né à Marseille dans le sud de la France, Tristan est venu s'installer à Montréal en 1992 afin d'y continuer ses études en Tourisme, avant de se consacrer à sa plus vieille passion : les ordinateurs et les jeux vidéo. Il est notamment connu au Québec pour avoir été coanimateur, chroniqueur et recherchiste à l’émission M. Net.