Une commission Charbonneau pour la science?

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Avec la multiplication des scandales qui secouent la communauté scientifique, il faudra peut-être en venir là. D’autant plus qu’une fraude scientifique, c’est autrement plus dangereux qu’une crosse dans un contrat de voirie.

En début de semaine, tous les médias du monde annonçaient la découverte d’ondes gravitationnelles datant des tout premiers instants après le Big Bang. Une immense réussite qui vient confirmer la «théorie de l’inflation», une théorie qui n’explique rien de moins que le développement initial de l’Univers. Autrement dit : le graveur responsable des prix Nobel de physique peut déjà commencer à inscrire les plaques de 2014.

Il semble bien que l’étude sur les ondes gravitationnelles ait été réalisée avec un maximum de précautions et que ses conclusions soient infiniment plus solides que du béton québécois. Mais quelques scandales gênants font de l’ombre aux chercheurs sérieux y ayant participé.

En tant que geek de science, je devrais donc me réjouir. Et pourtant, ma première réaction en apprenant la nouvelle a été : «À condition que ce soit vrai.»

Pas parce que l’étude sur les ondes gravitationnelles est louche : il semble bien qu’elle ait été réalisée avec un maximum de précautions et que ses conclusions soient infiniment plus solides que du béton québécois. Le problème, c’est que quelques scandales gênants font de l’ombre aux chercheurs sérieux et qu’on n’ose plus se réjouir trop vite, de crainte que…

Mensonges et éprouvettes

Je ne parle pas ici d’histoires plus ou moins loufoques comme celle de la secte qui prétendait avoir cloné des êtres humains il y a une dizaine d’années; personne n’a jamais pris ce canular au sérieux.

Je ne parle pas non plus des médicaments retirés du marché à grands frais après qu’on leur ait découvert des effets secondaires mortels des années après leur commercialisation. Des études cliniques, même à grande échelle, ne peuvent pas toujours identifier les problèmes qui risquent de se produire dans la population en général. Ce genre de choses est tragique, mais probablement inévitable.

Non, je parle de fraudes flagrantes, comme ces quelques 120 articles scientifiques publiés par des revues soi-disant sérieuses même s’il s’agissait de charabia généré par ordinateur. Un fiasco qui jette le discrédit non seulement sur ceux qui ont signé les faux articles en question pour gonfler leurs CV, mais aussi sur les réviseurs (eux aussi des scientifiques) qui ont cautionné ces publications frauduleuses, sans parler des maisons d’édition qui ont publié les articles dans des revues auxquelles s’abonner coûte parfois des milliers de dollars par année – dont l’IEEE, la principale association professionnelle dans le monde du génie.

Je parle aussi de cette étude publiée dans la revue scientifique Nature, au mois de janvier, qui décrivait une méthode relativement simple pour faire pousser des tissus vivants en laboratoire à partir de cellules souches dérivées de globules blancs. Une avancée considérable dans le développement d’organes de remplacement pour des transplantations sans risque de rejet, dont les conclusions sont mises en doute à cause d’erreurs flagrantes dans le traitement des données. Même l’un des coauteurs de l’étude, mis au courant de la manipulation douteuse des résultats par une collègue, demande maintenant que l’article soit rétracté.

Crimes et châtiments

Si la fraude scientifique ne faisait que décevoir les espoirs de patients en attente d’une découverte qui pourrait leur sauver la vie, ce serait déjà grave.

Mais il y a pire. À chaque fois qu’une étude doit être retirée pour cause de malversations, qui s’en réjouit, selon vous?

Les antisciences. Ceux qui pointent du doigt l’erreur ou la fraude pour affirmer qu’on ne peut pas se fier à la science, que TOUTES les conclusions des scientifiques sont suspectes, et donc qu’il est bien possible que les changements climatiques ne soient qu’une vaste conspiration visant à priver «le vrai monde» de leurs VUS, que les vaccins causent l’autisme, que l’évolution «n’est qu’une théorie», et quoi encore.

La mission de la science, c’est de répandre la connaissance pour améliorer le sort du monde. La fraude scientifique, elle, embrouille la vérité et donne aux ignares le pouvoir de causer un tort considérable. Et ça, c’est tragique.

  • http://stech72.tumblr.com/ Steve C

    Les projets informatiques , la construction , le ministère des Transports , la SAAQ et la SAQ , la gestion des hôpitaux et de l’influence des PPP dans le système , les firmes de génies-conseils à tous les niveaux , le ministère de l’Éducation ( les reformes) , malaise dans les syndicats , impunité des entreprises privées et des politiciens on veut plus que les enfants redouble a l’école , on nivèle par le bas , l’exigence de l’effort est proscrit , plus aucune valeur au mérite , plus personne ne paye pour ses erreurs , les trous du c** sont rarement mis à la porte … etc., etc.

    Bref le problème est beaucoup plus lourd que du simple fait de collusion ou de conflit d’intérêts …… C’est un problème de société , de culture en général , de nos valeurs communes ….

    Le Québécois tolère la médiocrité et le « ya rien là» ou encore le «spa grave» est chronique .

    • Raphael Fortin

      De plus il ne faut pas oublier les primes de départ pour les remercier d’avoir mis le bordel.
      De mon côté si je perds mon emploi j’ai le droit au chômage, s’il juge que la perte de l’emploi n’est pas volontaire.
      Exemple : perte d’emploi dû à un non-respect des règles de sécurité.

      Pourquoi versons-nous de grosses primes à des personnes que l’on remercie pour incompétence?

      • http://stech72.tumblr.com/ Steve C

        J’ai bien écris … « Etc »

        tsé on peut aussi parlé des crédits d’impots des entreprises millairdaires qui n’ont pas de siège social au QUébec ……. ce que tu avances fait partie du lot … mais le problème demeure le même ,  » ya rien là » et spa grave » les slogans de notre société ..