Les ventes de vinyles fracassent des records aux États-Unis

Révolution musicale

Québec

À l’heure où l’industrie musicale est en pleine transformation, le retour en force du microsillon est devenu en 2014 un phénomène incontestable.

En novembre dernier, nous vous parlions du nouveau sommet qu’avaient atteint les ventes de disques vinyles au Royaume-Uni depuis 1996. Aujourd’hui, le même phénomène peut être observé sur le marché américain.

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Comme le souligne Music Business Worldwide, les statistiques compilées par Nielsen Soundscan montrent que les ventes de 33 tours aux États-Unis ont atteint 9,2 millions en 2014 – représentant plus de 3 millions de ce qui a été enregistré en 2013. Rappelons que du côté britannique, ce chiffre se positionne à 1,3 million (pour un marché significativement plus petit).

Bien que le phénomène soit impressionnant, les ventes de microsillons ne représentent toujours qu’une petite portion des revenus des maisons de disques. Ce format ne représente que 3,6% des ventes effectuées en 2014 sur le marché américain, tandis qu’il se chiffre à 2% au Royaume-Uni.

La seule usine de pressage de disques vinyles au Canada fermera ses portes

Malheureusement, la soudaine résurrection du vinyle a des effets inattendus  : la seule usine de pressage de disques vinyles au Canada a pris la décision de fermer ses portes.

Puisque de nouvelles presses n’ont pas été fabriquées depuis des décennies, la poignée d’usines éparpillées un peu partout sur la planète se voit obligée d’entretenir de l’équipement rare et fragile.

Paradoxal? Le mot est faible. Mais les ventes fracassantes de disques vinyles jettent la lumière sur le fardeau qu’est devenu la demande croissante de production du format désuet. Puisque de nouvelles presses n’ont pas été fabriquées depuis des décennies, la poignée d’usines éparpillées un peu partout sur la planète se voit obligée d’entretenir et de réparer de l’équipement rare et fragile. Et pour un secteur qui ne représente que 2 à 3% d’une industrie, la situation n’est pas sur le point de changer.

C’est dans ce contexte que RIP-V, située à Saint-Lambert sur la Rive-Sud de Montréal, se voit aujourd’hui dans l’obligation de fermer ses portes.

«Certaines maisons de disques vont jusqu’à payer un an à l’avance afin de s’assurer d’avoir accès à la presse», a déclaré Philippe Dubuc, président et copropriétaire de l’usine québécoise, au Globe and Mail. «C’est la panique. À un moment donné, mon plus important client m’a écrit : “Si je demande deux fois plus de volume, serez-vous en mesure de fournir? Soyez franc.” Ce à quoi j’ai répondu : “Honnêtement, en ce moment, je ne peux pas.”»

Le niveau de production de RIP-V n’a ainsi jamais dépassé le seuil des 2 000 disques par jour.1 Selon Dubuc, l’usine aurait pu se rendre jusqu’à presser 3 000 disques, mais le temps nécessaire à l’entretien de son équipement vieillissant aurait été ingérable. Sans compter que les fournisseurs de PVC, ingrédient crucial à la fabrication de disques vinyles, ont été récemment confrontés à des conflits syndicaux sur la côte ouest des États-Unis.

Par conséquent, RIP-V a vendu l’ensemble de son équipement à des vétérans de la musique qui ouvriront une usine à Newark au New Jersey – ironiquement, au même endroit où RIP-V s’est approvisionné lorsque l’usine a entrepris ses activités en 2009. Ayant cessé de prendre de nouvelles commandes depuis octobre dernier, l’usine cessera officiellement ses activités le 15 janvier prochain.

  1. Contrairement à ce que mentionne l’article du Globe and Mail, RIP-V presse plutôt de 10 000 à 11 000 disques en moyenne par semaine selon l’entreprise.