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Qui achète du vent récolte les airs bêtes

Par François Dominic Laramée – le dans Actualités
Les valeurs boursières de certaines compagnies techno n’ont pas d’allure. Ça va mal finir.

En cette saison des RÉER, il est de bon ton de causer d’investissements et de partager ses connaissances en la matière avec tous ses amis. Voici donc tout ce que je sais au sujet des marchés boursiers :

  • #LesGens sont parfois bien difficiles à comprendre.
  • Mais #LesGens investissent à la Bourse.
  • Et la valeur boursière des actions représente ce que #LesGens pensent des entreprises. Quand ils se donnent la peine de penser.

C’est pas mal ça qui est ça. Je n’ai donc pas beaucoup d’avenir comme gourou de la finance – quoiqu’il y a probablement plus de sagesse dans cette courte liste à puces que dans toute la section financière de votre librairie favorite. Mais si j’ai une conclusion à tirer de plus de 25 ans d’observation des marchés, c’est qu’ils n’ont rien, mais alors là absolument rien de rationnel.

La chasse aux licornes

Prenez Uber, par exemple. La semaine dernière, un fascinant article de Nitasha Tiku publié dans The Verge mentionnait que cette compagnie un peu bizarre avait, sous la pression d’une épidémie de «Shut up and take my money», accepté un milliard de dollars de financement supplémentaire dont elle n’a vraiment pas besoin.

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Oui, les investisseurs sont tellement pressés de garrocher leur argent dans les coffres de certaines entreprises techno que celles-ci sont parfois «forcées» d’accepter plus de placements qu’elles n’en veulent.

Résultat? Leurs valeurs sur le marché atteignent des sommets invraisemblables. Plus de 40 milliards de dollars US dans le cas d’Uber, dont le modèle d’affaires consiste essentiellement en deux choses :

  • Une application qui permet d’appeler un taxi.
  • Un système de remplacement des taxis par des voitures privées, illégal un peu partout et dont l’intérêt serait nul si les «vrais» taxis investissaient dans des sapins sent-bon plus performants et changeaient d’amortisseurs plus d’une fois par millénaire.

Selon vous, est-ce que ça vaut vraiment dix fois plus que Québecor? Ou même la moitié de la Banque Scotia?

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Tel que le souligne Nitasha Tiku, les initiés appellent ces sociétés dont la valeur atteint au moins un milliard de dollars sans trop qu’on sache pourquoi des «licornes», parce qu’elles représentent l’incarnation de la pensée magique. Elles ne font peu ou pas de profits, elles n’ont souvent même pas de véritable plan d’affaires sauf espérer se faire acheter par Google ou Facebook un de ces jours, mais des investisseurs optimistes ou naïfs, aveuglés par le facteur cool, y placent quand même toutes leurs billes.

Et il y en aurait au moins 80 en ce moment, dont Pinterest, Snapchat, AirBnB et plusieurs autres dont je n’avais jamais entendu parler.

Ouais. Ça va mal finir.

Le dilemme de l’investisseur rationnel

Le problème, pour un petit épargnant le moindrement conscient des risques, c’est qu’il ne suffit pas d’éviter d’investir dans de la bouette pour être protégé.

Vous choisissez des fonds communs de placement pour minimiser vos risques? Fort bien, mais savez-vous exactement ce que votre gestionnaire de fonds achète et vend?

Vous êtes encore plus prudent et vous choisissez des fonds indiciels dont le portefeuille représente la totalité du marché? Tant mieux, mais le jour où le château de cartes d’une entreprise-bidon s’effondrera et où les investisseurs naïfs liquideront tout en masse sous la panique, vos sages investissements pourraient être entraînés dans la débâcle. Voir 1929 (krach de) pour les détails.

Vous gardez tous vos sous dans un compte d’épargne ou sous un matelas? Le jour où les grandes institutions financières boiront la tasse avec une machination qui tourne mal, elles réagiront en coupant les prêts aux entreprises, qui réduiront leurs investissements, ce qui entraînera une hausse du chômage et vous coûtera peut-être votre emploi. Voir 2008 (crise de) pour les détails.

La réalité, c’est que personne ne sait réellement comment les marchés financiers fonctionnent. En général, sur le long terme, ils montent. Mais sur le long terme, comme disait John Maynard Keynes, on est tous morts. Et sur le court terme, l’irrationalité des uns fait le malheur des autres.

Alors, quoi faire?

Votre cousin weird veut tout investir dans une entreprise qui développe une app pour traduire les jappements de son chien en alexandrins? Résistez à l’envie de le suivre, même si la valeur de cette entreprise a triplé dans les six derniers mois.

Le seul conseil que je puisse vous donner : soyez prudents. Ne prenez pas de risques avec de l’argent que vous ne pouvez pas vous permettre de perdre. Votre cousin weird veut contracter un prêt RÉER et tout investir dans une entreprise qui développe une app pour traduire les jappements de son chien en alexandrins? Résistez à l’envie de le suivre, même si la valeur de cette entreprise a triplé dans les six derniers mois. Ça ne durera probablement pas.

Si vous voulez investir dans la techno, choisissez une entreprise dont les réserves d’encaisse sont colossales (comme Apple ou Google) ou qui domine un marché stable depuis longtemps (comme Microsoft avec Windows et Office). Vous ne serez pas totalement à l’abri d’une panique irrationnelle des marchés, mais c’est le mieux que vous puissiez faire.

Ou bien faites comme moi et n’achetez que des fonds très diversifiés, jamais d’actions d’entreprises individuelles. Je ne serai peut-être jamais riche mais je dors bien la nuit parce que je n’ai pas peur d’avoir investi mes économies dans du vent.

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François Dominic Laramée

Après une carrière de 15 ans en conception de jeux vidéo, François Dominic Laramée a succombé à la puissance du Côté Obscur de la Force et est devenu journaliste techno. Il a notamment été chroniqueur et scripteur à l’émission Les Nerdz de Ztélé pendant 8 saisons, a publié 4 livres dont certains ont été traduits en russe et en coréen, et a écrit pour toutes les publications dont les administrateurs ont oublié de lui interdire l'accès à leurs systèmes de gestion de contenu.