Science, solitude cosmique et tondeuses : Les malheurs de l’astronome moderne

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Pas toujours drôle, la vie de scientifique. Quelques nouvelles récentes nous rappellent que les astronomes et les astrophysiciens, loin d’avoir toujours la tête dans les nuages, sont parfois aux prises avec des problèmes bien terre à terre!

Peut-être que certains astrophysiciens souhaiteraient avoir eu les mêmes profs que moi à l’âge de 16 ans pour s’éviter des tracas.

Quand j’étais petit, je rêvais de devenir astronome quand je serai grand. (Quand j’étais encore plus petit, je voulais devenir un camion de pompiers, mais ça, c’est une autre histoire.) Quelques cours de physique d’un ennui mortel, au cégep, m’ont cependant convaincu de faire autre chose de ma vie.

Je suis donc devenu concepteur de jeux vidéo, puis journaliste techno, et enfin historien numérique – avec quelques brefs détours vers l’enseignement et l’humour en cours de route.

Drôle de parcours? Sans doute, mais peut-être que certains des astronomes et astrophysiciens professionnels dont je vous parlerai aujourd’hui souhaiteraient maintenant avoir eu les mêmes profs que moi à l’âge de 16 ans pour s’éviter des tracas.

La science contre les tondeuses

Levez la main si vous aimez vraiment, vraiment tondre votre gazon? Je vois bien peu de mains levées. En fait, il s’agit d’une corvée tellement pénible que l’on peut maintenant, dans certains endroits, louer des chèvres sur Amazon pour qu’elles viennent brouter notre pelouse.

Vous pourriez également embaucher Jobe Smith, mais ne l'utilisez pas comme cobaye dans vos expériences scientifiques (Image : New Line Cinema).

Vous pourriez également embaucher Jobe Smith, mais ne l’utilisez pas comme cobaye dans vos expériences scientifiques (Image : New Line Cinema).

Dans un registre plus techno, il existe un certain nombre de tondeuses-robots sur le marché, et la compagnie iRobot, celle qui produit les aspirateurs Roomba, voudrait bien sa part du gâteau. Elle a donc demandé à la FCC, l’équivalent américain du CRTC, une permission spéciale pour exploiter la bande de fréquences allant de 6 240 à 6 740 MHz afin de contrôler ses tondeuses robotisées par la voie des ondes et d’éviter qu’elles n’aillent accidentellement déboiser les rosiers du voisin. Si vous avez un Roomba dont vous contrôlez les allées et venues avec un «mur virtuel» pour éviter qu’il n’aille s’emmêler dans les fils de votre cinéma-maison, le principe est identique.

Mais voilà : cette bande de fréquences est déjà utilisée par certains grands radiotélescopes, et les astronomes de l’Observatoire national de radioastronomie affirment que les tondeuses d’iRobot pourraient saboter leurs observations scientifiques à grands coups d’interférence.

Ridicule? Pas tant que ça. Peut-être les astronomes ont-ils entendu parler de l’expérience malheureuse de leurs collègues australiens, qui ont récemment découvert, après de longues années d’enquête, que de mystérieux signaux d’origine apparemment extra-terrestre provenaient en fait du four à micro-ondes de leur cuisine.

Mais où est passé tout le monde?

Parlant de signaux d’origine extra-terrestre : nous n’en avons toujours pas trouvés. Peut-être est-ce parce qu’il n’y a-t-il personne d’autre que nous dans l’Univers. Peut-être les extra-terrestres sont-ils moins avancés que nous et n’ont-ils pas encore la capacité de communiquer d’une manière que nous puissions comprendre. Ou bien peut-être sont-ils déjà venus faire un tour et sont-ils repartis à toute vitesse sans laisser de traces quand ils ont vu les cotes d’écoute de La Poule aux œufs d’or. Qui sait?

Mais grâce à une étude récente menée à l’Université Penn State, une chose semble claire : il n’y a pas de civilisation extra-terrestre très en avance sur nous dans le voisinage. Et par «dans le voisinage», je veux dire dans les 100 000 galaxies les plus proches.

Gliese 667Cc, une exoplanète semblable à la Terre située à 22 années-lumières, dans la constellation Scorpion (Image : Observatoire européen austral).

Gliese 667Cc, une possible exoplanète semblable à la Terre située à 22 années-lumières, dans la constellation Scorpion (Image : Observatoire européen austral).

L’étude s’est inspirée du concept des sphères de Dyson, une idée émise par le physicien Freeman Dyson en 1960 selon laquelle une civilisation suffisamment avancée pourrait construire une coquille autour de son étoile pour en capter toute l’énergie. Et une version encore plus avancée pourrait faire de même pour une bonne partie des étoiles de sa galaxie. Le résultat : un objet céleste qui émettrait plus de chaleur et moins de lumière qu’une galaxie normale.

Or, parmi les 100 000 galaxies examinées dans l’étude de Penn State, pas une seule ne présente cette signature cosmique. La réponse à la célèbre question d’Enrico Fermi, «Où est-donc passé tout le monde?», reste donc inconnue. Zut.

Les prochaines étapes

S’il y a des astronomes déprimés parmi vous, laissez-moi vous suggérer bien humblement deux manières de faire contre mauvaise fortune bon cœur.

D’abord, s’il n’y a pas d’extra-terrestres super-avancés à l’extérieur de notre galaxie, peut-être pouvons-nous trouver des extra-terrestres pas avancés du tout plus près de chez nous. Je commencerais par examiner Zdeno Chara des Bruins de Boston; ce type-là n’a certainement pas l’air totalement humain.

Et pour conquérir le cœur de l’opinion publique dans votre combat contre les tondeuses-robots, écrivez un scénario de film dans lequel un gentil Goldorak scientifique à tête de télescope se bat contre une horde de méchants Decepticons-tondeuses qui utilisent les ondes radio pour coordonner le massacre de la forêt amazonienne. Michæl Bay et James Cameron n’attendent que ça.