Twitter force l’arrêt d’un site affichant les tweets supprimés de politiciens

Changement d'attitude

Tourner ses doigts sept fois avant de tweeter, tel devrait être la devise officielle de Twitter. Mais le réseau social préfère accorder le pardon à l’ensemble de ses utilisateurs, qu’ils soient politiciens ou non.

Volet américain d’une initiative néerlandaise, Politwoops est un projet plutôt ingénieux de la Sunlight Foundation. Lancé en 2012, le site tirait profit d’un API de Twitter lui permettant de recueillir les tweets récemment supprimés de politiciens américains. Les internautes pouvaient y filtrer son contenu par état, parti politique et position au sein du gouvernement.

«De toute évidence, quelque chose a changé – et nous ne sommes pas en mesure de savoir exactement quoi.»

Bref, Politwoops était une excellente façon de voir l’envers du décor et les dérives de certains politiciens moins technophiles. Malheureusement, Twitter a décidé récemment de couper l’accès à la fonction qui permettait à Politwoops d’être alimenté en contenus.

«Nous sommes extrêmement perplexes devant ce qui a incité ce changement d’attitude, et il est très décevant de voir Twitter tuer un projet qu’ils avaient pourtant soutenu depuis 2012», racontent les instigateurs du projet.

«Nous trouvons très inquiétant aussi le fait que notre fil d’alimentation de tweets ait été coupé il y a près de trois semaines, et que la seule communication de Twitter ait été transmise la nuit dernière, alors que l’entreprise nous a informés que sa décision était sans appel, et qu’elle n’était pas intéressée à examiner notre échange de courriels datés de 2012. De toute évidence, quelque chose a changé – et nous ne sommes pas en mesure de savoir exactement quoi.»

Une violation «fondamentale» des conditions d’utilisation

Ce n’est pas la première fois que Twitter coupe l’accès à son API à des initiatives qui violent ses conditions d’utilisation, et ce ne sera certainement pas la dernière fois. Car la Sunlight Foundation commettait effectivement une violation des conditions d’utilisation de Twitter. Toutefois, selon elle, le réseau social lui avait accordé une permission spéciale étant donné la nature du projet, et la façon dont les tweets étaient traités.

«Nous mettions en pratique une rigueur journalistique [avant d'afficher quoi que ce soit], et avec la bénédiction de Twitter, nous avons pu continuer nos activités», raconte la fondation après que Twitter ait coupé une première fois son accès au API en 2012.

Dans le cadre d’un échange avec Gawker, Twitter a déclaré : «Honorer la présomption du droit à la vie privée de l’utilisateur pour tous les comptes est l’une de nos priorités, que l’utilisateur soit anonyme ou membre du Congrès des États-Unis.»

Les politiciens doivent-ils s’attendre au respect de leur vie privée lorsqu’ils s’expriment sur la place publique? «Un membre du Congrès n’a pas et ne peut espérer avoir le respect de sa vie privée de même ordre qu’à un citoyen ordinaire. La responsabilité du pouvoir [qui leur est conféré] ne peut exister qu’en présence d’une totale transparence.»

Qu’en est-il de la politique canadienne?

Sans surprise, Politwoops a également été décliné au Canada. Cette version rapporte les tweets supprimés des membres du Parlement canadien. On ignore cependant à quel point l’initiative est à jour : au moment d’écrire ces lignes, la page d’accueil rapporte un tweet de Denis Coderre (il espère visiblement parler à quelqu’un aujourd’hui), qui a pourtant quitté le Parlement avant de devenir maire de Montréal en 2013.

À l’heure actuelle, les activités du site ne semblent pas avoir été bloquées de quelque façon que ce soit par Twitter.