Armada, l’ennui interstellaire

Critique littéraire

Exclusif

Il y a quelque chose de pourri au royaume de la science-fiction. Alors qu’il semble être de bon ton de retomber dans la nostalgie des années 1980 et 1990, avec des films tels que Jurassic World ou encore Pixels, l’auteur Ernest Cline va définitivement trop loin dans sa nouvelle création littéraire, Armada.

Dans un futur proche, le jeune Zack Lightman, qui excelle au jeu Armada, un simulateur de vol futuriste, est soudainement appelé à défendre la race humaine alors que le jeu se transforme en un simulacre de réalité. S’ensuit une course contre la montre, mais surtout un véritable festival de masturbation intellectuelle pour geeks prompts à tomber dans les pires clichés du genre.

Dans Armada, Cline donne simplement libre cours à son amour pour ces références culturelles. Le hic, c’est qu’il s’agit de «fan service» pur et simple. À croire qu’il existe un concours à qui parlera le plus de Star Wars, d’Atari, ou encore des Monty Pythons.

Le premier livre de l’écrivain, Ready Player One, avait remporté un succès surprenant, entre autres en raison de sa description d’un univers regorgeant de références aux produits culturels des années 1980 et 1990, particulièrement dans le domaine des jeux vidéo. Dans ce livre, toutefois, il y avait au moins une explication logique : des millions de personnes participaient à une chasse au trésor numérique codée par un fanatique de cette époque. Dans Armada, Cline donne simplement libre cours à son amour pour ces références culturelles. Le hic, c’est qu’il s’agit de fan service pur et simple. De la bouillie pour les chats à la sauce nerd, servie à la vitesse de l’éclair. À croire qu’il existe un concours à qui parlera le plus souvent de Star Wars, d’Atari, ou encore des Monty Pythons.

Remarquez, la nostalgie et les références n’ont rien de mal en soi. Comme toute culture, la culture geek est fière de ses racines, et qui n’a jamais souri en remarquant un clin d’œil à une œuvre connue? Dans Armada, cependant, les références nous sont enfoncées de force dans la gorge. Un peu comme le petit gros dans Mathilda qui est forcé de manger l’entièreté d’un gâteau au chocolat devant tous les élèves de l’école. Et non seulement ces références sont-elles trop nombreuses, mais elles tombent la plupart du temps à plat. Cline semble tellement pressé de nous montrer que oui, il connaît Portal, ou qu’il a vu The Last Starfighter qu’il donne l’impression d’avoir écrit son livre en commençant par placer ses références, avant d’ajouter le texte autour.

thelaststarfighter

Armada, c’est de la fan fiction écrite par un adolescent de 16 ans : pire encore, l’histoire du livre est pratiquement identique à celle du film The Last Starfighter, sorti il y a une trentaine d’années. Un jeune homme désœuvré champion de jeu vidéo apprend que le jeu sert à recruter des pilotes pour une vraie guerre spatiale? Pareil comme dans le film. Ou comme dans Ender’s Game, une autre œuvre des années 1980 où un enfant devient le dernier espoir d’une armée dépassée par un ennemi inconnu et technologiquement supérieur. Le pire dans tout ça? Armada parle plusieurs fois de ces deux œuvres, comme pour souligner ses racines. Ou est-ce parce que Cline est paresseux et voulait faire un coup d’argent facile?

Vers l’infini… et plus loin encore!

Et pourtant, le livre aurait pu être bon : on comprend où l’auteur voulait en venir, et même le scénario ultraclassique a ses mérites. Après tout, qui n’a jamais rêvé, adolescent, de s’embarquer dans une aventure spatiale palpitante? La parfaite porte de sortie pour les geeks socialement moins adaptés qui se réfugient plutôt dans la science-fiction et le fantastique. Encore aujourd’hui, à 28 ans bien sonnés, j’aimerais absolument être transporté dans l’univers de Star Wars, ou me retrouver dans la civilisation anarchique de La Culture créée par Iain Banks.

Évidemment, Ernest Cline conduit une DeLorean…

Évidemment, Ernest Cline conduit une DeLorean…

Comment penser autrement? Ces mondes sont tellement différents, tellement extraordinaires, tellement fascinants qu’on ne peut que se dire que la vie bien rangée en Occident est bien fade en comparaison. Voilà sans doute pourquoi Armada risque de s’écouler à de nombreux exemplaires : parce que c’est une échappatoire facile pour quantité de jeunes hommes en proie au mal-être de l’adolescence.

Déception prévisible

Mais le livre n’aurait jamais dû voir le jour. Du moins, pas dans sa forme actuelle. C’est le genre d’oeuvre qui plaît à ceux qui s’égosillent pour déterminer si la Xbox One est meilleure que la PlayStation 4, ou qui affirment haut et fort avoir couché avec nos mères. Même s’ils semblent venir à peine d’être nourris au sein par la leur.

Et ne parlons surtout pas des personnages féminins, qui sont au nombre effarant de trois. La mère du héros, l’ex-copine qui ne pipe mot et la jolie et séduisante jeune femme rebelle dont la petite culotte semble se tremper à la seule évocation du score du héros dans Armada. Aucune d’entre elles n’a d’interaction avec les autres. Le livre est une œuvre de gars, écrite par un gars, et destinée à des gars. Dieu sait que le féminisme est surfait, après tout.

Bref, est-il vraiment nécessaire de ne pas vous recommander Armada

  • Marc Jones House

    Et bien, j’ai trouver votre critique très sévère. Je pense que toutefois votre avis sur le livre est sincère, mais je vous rappelle qu’un critique doit être objectif dans ses propos afin que le lecteur se fasse une opinion.
    J’espère que vous avez au moins aimer Ready Player One… Bonne continuation, cordialement.

  • Jean Balagué

    Tout à fait d’accord avec votre critique, un véritable fast food de références geek qui ne servent à rien, une histoire d’une banalité affligeante, des personnages pour lesquels on ne ressent rien. On sent bien qu’après RPO, il fallait surfer sur la vague, mais la noyade est proche. Ma note 0,5 /10 et je suis généreux. Je repars lire « Les chroniques de méduse » du binôme Baxter/Reynolds, autrement plus passionnant.