The Martian : Quand la fiction rejoint la réalité?

Exploration spatiale

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L’époque est paradoxale pour la NASA. D’un côté, ses budgets sont sabrés par la majorité républicaine au Congrès américain. De l’autre, elle multiplie les découvertes. Et voilà qu’un film, The Martian, pourrait bien être la meilleure publicité qui soit pour l’agence spatiale américaine.

The Martian était d’abord un feuilleton web, puis un livre d’Andy Weir, avant d’être porté à l’écran par Ridley Scott (Alien, Blade Runner), avec Matt Damon dans le rôle principal, celui de Mark Watney.

Personne n’est intéressé à un film sur la sonde New Horizons qui passe près de 10 ans en transit entre la Terre et Pluton pour finalement prendre une série de photos.

Watney, un astronaute envoyé sur la planète rouge dans le cadre d’une mission d’exploration, est abandonné là-bas à la suite d’une situation d’urgence. Laissé pour mort, il devra torcher sur le plan scientifique («I’ll need to science the shit out of this!») pour survivre.

Ironiquement, ce ne sont pas les films de glorification sur l’exploration spatiale qui incitent le public à acheter des billets. Personne n’est intéressé à un film sur la sonde New Horizons qui passe près de 10 ans en transit entre la Terre et Pluton pour finalement prendre une série de photos. Par contre, si la sonde avait révélé la présence de structures artificielles…

On respecte ainsi un principe fondamental du cinéma : personne n’a envie d’une histoire ennuyante.

On veut de l’écrapou

L’exemple le plus flagrant de l’attrait paradoxal exercé par un film impliquant la NASA est sans doute Apollo 13. Le film ne porte pas sur la mission Apollo 11, au cours de laquelle Neil Armstrong et Buzz Aldrin ont posé le pied sur la Lune, mais plutôt sur la mission ratée où un réservoir d’oxygène a explosé, mettant en danger la vie des trois astronautes à bord de la capsule spatiale. Et pourtant, qui n’avait pas envie d’être un astronaute et de braver tous les dangers, ou d’être un ingénieur resté sur Terre, mais qui trouvera la solution pour ramener les aventuriers de l’espace sains et saufs.

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D’ailleurs, la bande dessinée XKCD le dit clairement : The Martian est un film pour ceux qui auraient voulu que la scène d’Apollo 13 où les ingénieurs doivent patenter un filtre à air dure beaucoup plus longtemps.

L’annonce de la découverte d’une possible eau liquide sur Mars, en début de semaine, était-elle prévue pour tomber à quelques jours de la sortie de The Martian? Un texte de Hervé Fortin, journaliste au Monde, semble soutenir cette hypothèse. Le journaliste soutient que l’agence américaine, en manque d’argent depuis l’époque de la course à l’espace, a constamment besoin de redorer son image pour justifier son existence. Du coup, chaque découverte, aussi mineure soit-elle, est présentée comme une percée extraordinaire.

Toujours plus de science!

Est-ce à dire que l’annonce de cette semaine est sans importance? Bien au contraire! Tant mieux s’il existe de l’eau liquide sur Mars, et tant mieux si cela permet de progresser dans la chasse aux formes de vie extraterrestre, ou si cela donne l’occasion de mieux planifier une mission habitée vers la planète rouge.

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Le problème avec cette embellie scientifique, c’est que l’on finit par se lasser. De l’eau liquide à la surface de Mars? Il semble y avoir de l’eau partout dans le système solaire, après tout. Même sur Pluton! Alors, à force de s’énerver et de s’émerveiller…

Pour que les États-Unis soient en mesure de monter non pas une, mais cinq expéditions vers Mars, il faut croire aux miracles.

L’autre problème auquel se heurte la NASA, c’est qu’elle ne pourra jamais être aussi extraordinaire que l’agence dépeinte dans The Martian. Oui, le livre est fantastique, et il semblerait que le film réussisse à conserver une bonne partie de l’esprit du roman, mais soyons réalistes : pour que les États-Unis soient en mesure de monter non pas une, mais cinq expéditions vers Mars, avec les ressources que cela suppose, il faut croire aux miracles. Ou espérer que les prochains présidents américains aient assez de couilles pour réinvestir massivement dans un programme spatial qui n’est plus que l’ombre de lui-même.

Du pain et des jeux… dans l’espace

Pire encore, soyons honnêtes, la NASA est ennuyante quand tout se passe bien.

On peut célébrer les réussites, mais près de 10 ans à attendre que New Horizons arrive sur Pluton? Lorsque Rosetta a approché de la comète Tchouri, le moment le plus excitant a été de savoir si l’atterrisseur Philæ avait survécu après son atterrissage quasi raté. Idem pour le robot lunaire chinois, à la fin de 2013.

En ce sens, la réalité rejoint la fiction : dans The Martian, l’aventure martienne de l’humanité ne suscite plus vraiment d’intérêt après seulement trois missions. Il faudra la mort présumée d’un astronaute, puis l’annonce de sa survie pour que la planète entière se rappelle que l’humanité se rendait encore sur la planète voisine de la nôtre.

Tout compte fait, la plus récente bande-annonce du film, intitulée Bring Him Home, est à la fois un idéal et un objectif inatteignable pour la NASA.

Un idéal, parce que tous les milliards d’humains s’appuient sur le savoir-faire des scientifiques de l’agence pour ramener Mark Watney sur Terre. Et un objectif impossible à atteindre parce qu’une fois sortis de la salle de cinéma, les yeux pleins d’étoiles et une envie dévorante de voir l’Univers, on se rappelle douloureusement qu’il s’agit encore de science-fiction.

  • MusicalBox

    Je viens de terminer le roman (version originale) que j’ai lu en 2 jours. « A real page turner » comme disent nos amis les anglophones J’espère que dans le film ils auront gardé la touche d’humour qui plane tout au long du livre. C’est cet humour qui permet de bien accepter et digérer toutes les explications techniques qui nous bombardent à chaque page. Car, il faut bien le dire, lorsqu’on a passé au travers, on est presque aussi calé qu’un ingénieur de la NASA ;) Presque.