SUPERHOT, le FPS révolutionnaire

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«Aimez-vous faire du mal aux autres?» La question vient de Hotline Miami, mais s’applique à SUPERHOT, un jeu de tir à la première personne où précision, doigté et violence aveugle se conjuguent pour produire l’un des titres les plus surprenants et intéressants du genre.

Développé par le studio du même nom, SUPERHOT se présente d’abord comme un métajeu où le joueur reçoit… une copie de SUPERHOT de la part d’un ami. De là, il s’agira de franchir les différents niveaux et de tenter de s’extirper de ce monde virtuel duquel il semble impossible de se déconnecter.

Jouabilité

Allons à l’essentiel : ce qui fait surtout la force de SUPERHOT, c’est une mécanique de jeu à la fois extrêmement simple et particulièrement astucieuse. Dit simplement, le temps est pratiquement à l’arrêt lorsque le joueur est immobile. Ce dernier dispose donc de tout le temps nécessaire pour planifier son prochain geste. Facile, ainsi, de frapper un ennemi, ramasser l’arme qu’il vient d’échapper, la pointer sur un deuxième adversaire, faire feu, pour ensuite pivoter et lancer le pistolet à la tête d’un troisième personnage, avant d’éviter les balles d’un autre.

L'objectif de ce niveau a au moins le mérite d'être clair.

L’objectif de ce niveau a au moins le mérite d’être clair.

Facile, oui, mais aussi dangereux. Il suffit d’une erreur d’inattention et c’est la mort et le retour au début du niveau. À l’image de Hotline Miami, donc, où le jeu était autant affaire de préparation que de chance.

Il y a toujours moyen de lancer un objet sur la trajectoire du projectile, ou de tirer carrément une autre balle pour l’intercepter.

SUPERHOT regorge par ailleurs d’une attention au détail qui séduit. Coincé? La possibilité de sauter ouvre de nouvelles perspectives tactiques. Sur le point d’être transpercé par une balle? Il y a toujours moyen de lancer un objet sur la trajectoire du projectile, ou de tirer carrément une autre balle pour l’intercepter. À moins que l’on ne préfère la jouer héroïque et que l’on coupe la balle avec un sabre? Les possibilités sont très nombreuses, et plus le joueur progresse, plus il devient à l’aise et s’amuse à réaliser des combinaisons époustouflantes.

Avant d’accéder à ce qui est possiblement la meilleure partie du jeu, il faudra toutefois finir la quête principale…

Scénario

Car oui, campagne il y a. Votre mystérieux ami vous a donc fait cadeau d’un étrange fichier nommé SUPERHOT.EXE, un jeu qui fascine, certes, mais surtout un jeu qui attire l’attention d’un groupe secret qui exige d’abord que vous vous déconnectiez, avant de retenir vos services à des fins pas très catholiques. 

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Ici aussi, le concept du cartel d’inconnus guidant vos actions cachés dans l’ombre évoque Hotline Miami. Dans SUPERHOT, cependant, on penche plutôt du côté du métajeu, avec l’idée que le titre n’est qu’un aspect d’un système d’exploitation parcourable à loisir. Les petits curieux s’amuseront avec les minijeux en caractères ASCII, ou encore les intrigantes sections qu’il faudra déverrouiller.

À l’image de Pony Island, bien reçu par la critique, SUPERHOT brise le quatrième mur. D’abord en se vantant soi-même comme étant «le jeu le plus innovateur des dernières années» (ce qu’il est probablement), en permettant d’exporter ses exploits en ligne sur le site Killstagram… et avec d’autres gestes qu’il vaut mieux découvrir par soi-même.

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Paradoxalement, SUPERHOT n’avait pas vraiment besoin de scénario. Quelques explications ici et là, un semblant de trame narrative, et le jeu lui-même, ou encore l’exploitation quasi parfaite des mécaniques de jeu auraient fait le travail. Alors que l’on voudrait que les missions s’enchaînent, les fréquents retours au scénario gâchent le rythme de progression. Il n’y a qu’à la fin du jeu, quand les risques sont soudainement beaucoup élevés, que l’on s’abandonne carrément à cette soif de violence chirurgicale.

La fin du jeu? Il fallait plutôt dire la fin de la campagne. Car à la suite de la quête principale d’une durée d’environ trois heures, le joueur déverrouille une série de défis, arènes et autres missions secondaires quasi infinies qui sont autant de contenus supplémentaires dans lequel il est plus qu’agréable de se perdre. L’équipe de SUPERHOT laisse aussi planer la possibilité d’ajouter d’autres contenus, ce qui serait une belle surprise.

Design

Lignes épurées, palette de couleur extrêmement simple, visuels évoquant les environnements virtuels des années 1990, tout est pensé pour rappeler que l’on se trouve dans une simulation.

Lignes épurées, palette de couleur extrêmement simple, visuels évoquant les environnements virtuels des années 1990, tout est pensé pour rappeler que l’on se trouve dans une simulation. Y compris le «système d’exploitation» externe aux allures de DOS. Les ennemis sont rouges, tout comme les traînées des balles; les décors sont d’un blanc immaculé, et tous les objets avec lesquels il est possible d’interagir sont noirs, armes comprises. Et c’est tout.

En faisant aussi simple, les développeurs mettent encore une fois l’accent sur les mécaniques de jeu, sur la fluidité des mouvements et la précision exigée pour compléter les niveaux. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple? 

Ambiance

Peut-être le maillon faible de toute cette aventure numérique. Il y a les bruits de pas sur le sol, le son mat d’une arme reçue en plein visage qui fait vaciller un ennemi, ou encore le bruit caractéristique d’un coup de feu que l’on tire. Et c’est tout. 

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L’absence de musique fait cruellement défaut, et on aurait pu croire que deux ans après la sortie de son prototype, qui avait reçu un accueil triomphal, l’équipe aurait eu le temps d’engager un compositeur. Qu’à cela ne tienne, il suffit de lancer une compilation de Kraftwerk ou de n’importe quel artiste d’électro rétro pour compenser.

Conclusion

Les développeurs insistent fortement sur l’aspect innovateur de leur jeu, mais au-delà de la blague au deuxième degré, force est d’avouer que SUPERHOT est un excellent jeu. Avec une idée simple, mais parfaitement bien développée et exécutée, le titre prouve hors de tout doute qu’il y a effectivement un salut en dehors des FPS aux teintes de brun qui copient la recette de Medal of Duty. On pourrait même dire que le jeu est SUPER… HOT.

Espérons une suite, et espérons-la encore meilleure!

SUPERHOT est disponible sur Steam, et sera lancé sur Xbox One lors du premier trimestre de 2016.

Évaluation

Verdict

SUPERHOT est la preuve qu'avec une bonne idée, il est possible de faire un grand jeu.

Note finale : 4.5
Critères
Scénario
3
Ambiance
3
Design
5
Jouabilité
5

Points forts

  • Concept simple parfaitement exploité
  • Rejouabilité quasi illimitée grâce aux contenus supplémentaires

Points faibles

  • Peu ou pas de musique
  • Scénario quelque peu superflu
  • http://lefoy.net/ lefoy

    Presque tous ceux qui ont joué à ce jeu s’entendent pour dire qu’il ne devrait pas être vendu à 30$+ mais bien aux alentours de 10-20$. Cela dit, j’ai beaucoup aimé ce jeu, même si je trouve qu’il manque de contenu pour le prix. Attendez qu’il soit en rabais sur Steam avant d’acheter ce jeu.

  • Économiste de salon

    Je ne crois pas que SUPERHOT soit particulièrement comparable à Hotline Miami, en dehors de l’élément d’une mort rapide. SUPERHOT ne joue pas dans l’hyper-violence, le combat était beaucoup trop stylisé pour cela. C’est plutôt un jeu de réflexion et d’anticipation. Hotline Miami était crû dans sa présentation et dans son gameplay, alors qu’ici, il n’y a aucune impression de « faire mal » à qui que ce soit. C’est un combat épuré au point de le rendre anonyme et complètement déconnecté de l’humain.

    Ceci étant dit, c’est un excellent jeu.