Canon et Nikon entrent timidement dans le 21e siècle

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Se campant en territoire connu, les géants Canon et Nikon tardent à adopter le format hybride, maintenant répandu partout ailleurs. Mais ont-ils cessé d’innover globalement pour autant?

Alors que Fuji, Olympus, Panasonic, Sony et même Pentax sortent des sentiers battus depuis quelques années déjà, Canon et Nikon traînent toujours de la patte en ce qui concerne les appareils hybrides. On croirait même que Canon a peur de toucher à ce marché pourtant bien en santé, à en juger par les chiffres de Sony qui, malgré ses difficultés financières dans bien des domaines au cours des dernières années, se porte plutôt bien du côté photo.

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N’enlevons toutefois pas les mérites de Nikon, qui a lancé la série 1, des hybrides à objectifs interchangeables, puis sa nouvelle série DL, dont je vous ai parlé en février. Les efforts y sont.

Non, ils sont surtout timides chez Canon, avec le EOS M en version capteur plein format annoncé récemment, sans plus. Canon qui s’accroche à son appareil EOS M alors qu’il n’offre absolument rien d’innovateur, à part son format plus compact, grâce à l’absence de miroir. Mais pas de focus peaking, pas d’ISO élevé, pas de vidéo 4K… rien qui puisse faire décoller ce segment chez le géant nippon.

Canon s’apprête-t-elle à sortir de ses vieilles pantoufles?

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Mais voilà que Canon semble vouloir se remettre à innover quelque peu avec l’objectif EF-M 28mm ƒ/3.5 Macro IS STM. Cet objectif, destiné aux appareils à capteur APS-C, offrira un facteur de grossissement de 1:2 et une distance focale minimale de 9,3 cm (c’est très court!), la stabilisation d’image hybride, ainsi qu’un moteur STM pour la mise au point plus fluide et silencieuse.

Ce qui rend le produit intéressant, mis à part le fait qu’il serait l’objectif macro le plus léger au monde (un avantage négligeable, puisqu’on utilise souvent un trépied en macro, à cause du manque de lumière), est son flash Macro Lite, composé de deux DEL contrôlables sous la forme d’un anneau intégré à l’objectif.

Il pourra donc illuminer le sujet pris en photo, pour ainsi déboucher les ombres créées par la proximité de l’objectif envers le sujet, figer le mouvement, améliorer la précision des couleurs, ou offrir une meilleure impression de profondeur, puisque les lumières peuvent être utilisées simultanément ou une à la fois, selon les besoins d’éclairage. Le photographe aura également la possibilité d’utiliser cette lumière à plein rendement ou non, avec les réglages «clair» ou «atténué».

Le fait que l’objectif soit fait de plastique le rendra aussi plutôt abordable, avec un prix d’environ 300$ CA (ou 300€). Il est déjà offert en précommande chez certains détaillants, avec une date de livraison indiquant juin 2016, soit dans quelques semaines.

Nikon innove aussi

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Chez Nikon, on innove plutôt du côté de la vidéo, en suivant la tendance forte du moment : la vidéo à 360 degrés.

Une petite équipe d’ingénieurs a donc mis sur pied la KeyMission 360, une caméra pouvant filmer de la vidéo 4K à 360 degrés grâce à un objectif très grand-angle et un capteur situés de chaque côté du boîtier. L’appareil résiste également aux chocs jusqu’à une hauteur de 2 mètres, à l’eau jusqu’à une profondeur de 30 mètres, et à la poussière. On y retrouve la connectique Bluetooth, Wi-Fi et NFC pour un branchement plus rapide.

L’appareil résiste également aux chocs jusqu’à une hauteur de 2 mètres, à l’eau jusqu’à une profondeur de 30 mètres, et à la poussière.

De quoi rivaliser avec GoPro qui, de son côté, a eu l’idée géniale – ou pas – de lancer un module qui couple 6 caméras GoPro HERO 4, comprises dans l’ensemble, pour la modique somme d’environ… 5 000$. Un manque de vision de la part de GoPro qui a d’ailleurs fait subir à l’entreprise une chute importante de sa valeur en Bourse.

On ne sait pas encore exactement combien coûtera la caméra Nikon, mais une fuite aurait permis d’apercevoir un prix de 500€. On est loin du prix du module de GoPro, qui est d’ailleurs beaucoup plus encombrant.

Comme quoi l’espoir n’est pas complètement perdu pour les géants de ce monde.

Prometteur, l’avenir?

Il est clair que les grands fabricants comme Canon et Nikon, qui ont déjà un bassin d’utilisateurs (et d’amateurs) important, veulent offrir des produits similaires à ce qui se vend déjà bien. Le risque est grand de se lancer dans une avenue qui ne leur est pas familière.

Pourtant, c’est le pari qu’ont tenu tous les autres et un nouveau segment de marché s’est ainsi développé. Fuji fait d’excellents appareils et objectifs, Olympus et Panasonic ont aussi une offre très intéressante (et des objectifs compatibles, ce qui procure un avantage non négligeable) et même Pentax, qui innove sur des caractéristiques que l’on ne voit pas ailleurs, comme l’affichage de l’écran arrière qui bascule à la verticale lorsque l’appareil est utilisé en mode portrait. 

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L’exemple parfait de l’innovation : Lytro, une entreprise dont personne n’avait entendu parler il y a moins de 5 ans, est arrivée avec un premier appareil de forme rectangulaire. Un deuxième modèle aux formes plus conventionnelles, baptisé Illium, fût lancé en 2014. Ces appareils captent le champ de lumière complet et permettent de changer la mise au point après-coup, en postproduction. À l’époque, c’était révolutionnaire. Désormais, certains modèles de téléphones récents permettent aussi de faire quelque chose de similaire. 

Lytro s’est servi de ses deux premiers modèles d’appareils afin de se faire connaître, et offre désormais des solutions avancées à l’industrie du cinéma, ainsi que du côté de la réalité virtuelle. L’exemple parfait de l’analogie disant qu’il est plus facile et rapide de faire changer le cap à un petit bateau qu’un gros paquebot.

Sony quant à elle s’est lancée dans les objectifs intelligents et les appareils à capteur APS-C ou plein format. Ces appareils dominent d’ailleurs le marché avec des modèles performants, comme l’α6300 qui offre entre autres choses une mise au point excessivement performante grâce à ses 425 points de détection de phase, un mode silencieux et la vidéo 4K en format Super 35.

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Nikon touche à peine à ce marché et semble prendre d’étranges décisions lorsqu’elle le fait, alors que Canon n’ose à peu près pas se mouiller, en tenant mordicus à son modèle EOS M, qui nécessite pourtant un adaptateur lorsque l’on veut utiliser des objectifs d’appareil reflex comme le 80D ou le 5D Mark III. C’est ironiquement l’argument le plus évoqué par quelqu’un qui craint de faire le saut chez Sony ou ailleurs : «J’ai déjà plusieurs objectifs et je ne veux pas les revendre ou utiliser un adaptateur».

Avec le salon bisannuel Photokina qui arrive en septembre, gageons que 2016 nous réserve encore bien des surprises.

  • Robert Tremblay

    Avec 80% des parts de marché,
    Canon n’a pas à craindre qui que ce soit. Les ventes d’appareils reflex traditionnels demeurent leur plus grand créneau. L’EOS M10 reste un appareil sans miroir intéressant, mais il n’a pas de viseur électronique intégré.

    Nikon, qui n’est pas une compagnie, mais une corporation. Accumule les difficultés : ventes à la
    baisse, contrôle de qualité à la baisse, pas de recherche et développement et presque au bord du gouffre. Nikon a malheureusement choisi d’investir dans un format d’appareil sans miroir avec un capteur d’un pouce (série 1) qui s’avère un retentissant échec commercial. La sortie récente d’un D500 attendue depuis huit ans et d’un D5 peu révolutionnaire n’a rien pour relancer cette marque qui se fait vieillissante.

    Le récent tremblement de terre qui a eu lieu au Japon a grandement affecté l’usine de fabrication de capteur de Sony. Sony étant le principal fournisseur de capteur de plusieurs fabricants, les nouvelles livraisons vont tarder, ce qui affectera la fabrication et les livraisons d’appareils pour les mois à venir. On peut également présumer que d’autres usines de divers fournisseurs ont également été affectées par le séisme.

    Fuji réussit tant bien que mal de séduire un marché de niche avec les appareils de la série X tout comme Olympus et Panasonic avec leurs appareils 4/3. Dans ces cas de figure, leurs appareils et leurs objectifs demeurent très chers par rapport aux reflex traditionnels.

    Nul ne peut prédire l’avenir avec exactitude, mais le dernier séisme japonais sera l’excuse parfaite pour
    supprimer des postes et peut-être même la production de certains produits. Tous les experts du milieu s’attendent à ce qu’il ne reste que trois joueurs d’ici quelques années dont assurément : Canon et Sony. Il est fort à parier que d’autre disparaîtrons ou abandonneront la photographie (Fuji, Nikon, Olympus, Panasonic,
    Ricoh-Pentax).