Chris Hadfield et la magie de SpaceX, Virgin Galactic et Blue Origin

De passage à Montréal

Québec Exclusif

«L’un de vous ira un jour dans l’espace.» L’affirmation, lancée mercredi par l’ex-astronaute Chris Hadfield devant un parterre d’élèves à Montréal, avait de quoi inspirer la jeune génération, invitée ici à «rechercher l’émerveillement et la magie». Et cette magie pourrait bien passer par le secteur privé.

Colonel dans l’armée de l’air canadienne, pilote de chasse et d’essai, mais surtout astronaute et célébrité des réseaux sociaux avec ses milliers de clichés pris en orbite pendant son séjour à bord de la Station spatiale internationale (ISS), Hadfield était de passage dans un gymnase de l’Université McGill pour inspirer les jeunes participants à l’Expo-sciences pancanadienne. L’événement, qui se déroulera jusqu’à samedi, vise à faire connaître la relève en science, technologie, génie et mathématiques.

Le vaisseau de la Terre

«Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie», a-t-il lancé, reprenant les mots du légendaire d’Arthur C. Clarke.

Magie, donc. La magie de s’installer «au sommet d’une bombe haute comme un immeuble» pour s’élancer vers les cieux. La magie de l’innovation et de l’ingéniosité humaines, capables de concevoir des engins extraordinaires comme la navette spatiale. «Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie», a-t-il lancé, reprenant les mots de la légende de la science-fiction Arthur C. Clarke. Magie, aussi, que cette collaboration entre une quinzaine de pays souvent adversaires, parfois ennemis, qui ont décidé d’unir leurs forces pour construire l’ISS. La station complétait d’ailleurs tout récemment sa 100 000e orbite.

«La station se déplace à une vitesse folle», rappelle ainsi Chris Hadfield. «On parcourt le Canada en entier en 10 minutes, de Vancouver à Halifax. On n’a pas le temps de tout voir.» À peine le temps, parfois, de prendre des photos, quitte à tâcher d’identifier les lieux par la suite. Ou de croquer sur une même image Ottawa, Montréal, Québec, sans oublier le Saguenay ou encore le lac Manicouagan et l’estuaire du golfe Saint-Laurent. 

Mais cette magie, c’est surtout «le fait d’avoir combiné 10 000 idées, 10 000 projets scientifiques scolaires» pour parvenir à concevoir un vaisseau spatial. Avant que les navettes ne soient envoyées à la retraite, «chaque lancement nous faisait prendre compte de choses à corriger», raconte Hadfield. «Le risque de catastrophe était d’une chance sur 38 lancements», rappelle-t-il. Qu’à cela ne tienne, «le fait d’être astronaute signifie accepter les risques et être persuadé que le jeu en vaut la chandelle», martèle celui qui a voyagé trois fois dans l’espace, y compris pour commander l’ISS lors de sa dernière mission.

Un univers de possibilités

«Vous êtes nés à une époque formidable», lance Chris Hadfield à l’auditoire venu des quatre coins du pays. «La science est partout autour de vous! C’est le moment d’avoir des idées, de vous dépasser, de vous lancer des défis.»

L’un de ces défis consistera à démocratiser les voyages dans l’espace, «pour que l’Homme ne fasse plus seulement des allers-retours vers l’espace, mais qu’il quitte définitivement la planète pour aller ailleurs». Comment y parvenir? D’abord, en facilitant les décollages, la partie la plus complexe et la plus dangereuse du vol spatial. À ses yeux, les trois principales compagnies d’exploration spatiale privées – Virgin Galactic, Blue Origin et SpaceX – effectuent des progrès considérables en la matière.

SpaceX, plus particulièrement, suscite un enthousiasme débridé chez Hadfield. Lueur d’émerveillement dans le regard, l’astronaute à la retraite semble s’amuser ferme en montrant les tentatives d’atterrissage des fusées de lancement Falcon 9 de la compagnie d’Elon Musk. Explosion, explosion… puis atterrissage réussi le mois dernier sur une barge secouée par les vagues. Son enthousiasme est d’ailleurs contagieux : les jeunes (et plusieurs adultes) applaudissaient à tout rompre.

The Sky is Not the Limit

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Ambassadeur extraordinaire pour un domaine tout aussi extraordinaire, Chris Hadfield ne tournera jamais vraiment le dos à l’exploration spatiale. Ne serait-ce que parce doit encore régulièrement se soumettre à des examens médicaux pour étudier l’effet de son séjour en apesanteur sur son corps.

Mais surtout parce qu’en présence de jeunes esprits rêveurs épris de découvertes et d’aventures, l’occasion était trop belle pour ne pas vanter les mérites du dépassement de soi et de l’exploration de cet univers où la main de l’homme n’a pas encore vraiment mis le pied.