Des cadres d’Ubisoft sanctionnés par l’AMF à 1,27 millions d’euros

Délit d'initié

Québec

L’Autorité des marchés financiers a sanctionné jeudi cinq cadres d’Ubisoft, dont le PDG d’Ubisoft Montréal et deux de ses collègues, à un total de 1,27 million d’euros d’amende (environ 1,76 million de dollars CA) pour «manquement d’initié» sur des titres de l’éditeur.

L’affaire remonte à 2013, au moment où Ubisoft a avisé ses actionnaires que le lancement du premier Watch Dogs allait être repoussé, provoquant également le report de The Crew. La nouvelle a rapidement secoué le cours d’Ubisoft, qui s’est effondré de 26% de sa valeur le jour suivant.

Seulement, des mouvements importants sur le marché du titre d’Ubisoft ont été observés par l’AMF au cours des semaines précédant cet avertissement. L’enquête a permis d’identifier cinq responsables qui auraient ainsi profité de leur connaissance d’informations privilégiées au sujet du retard de ces jeux pour effectuer d’importantes transactions boursières : Christine Burgess et Damien Moret, la VP exécutive de la production mondiale et le directeur de développement de marque d’Ubisoft Entertainment, puis Francis Baillet, Yannis Mallat et Olivier Paris, VP aux affaires corporatives, PDG et VP exécutif aux opérations d’Ubisoft Montréal.

L’Autorité des marchés financiers a publié sa décision un peu plus tôt cette semaine.

Yannis Mallat est ainsi sanctionné à une amende de 700 000€ (environ 972 500$ CA), tandis que Christine Burgess et Francis Baillet devront verser chacun 200 000€ (approximativement 277 900$ CA). Olivier Paris écope d’une amende de 100 000€ (environ 138 900$ CA), et Damien Moret devra verser la somme de 15 000€ (un peu plus de 20 800$ CA). Le gendarme boursier a également imposé une amende de 60 000€ (approximativement 83 300$ CA) contre la Banque Transatlantique pour ne pas l’avoir informé de l’existence d’opérations boursières suspectes des personnes mises en cause.

«Il n’y a qu’Yves Guillemot [PDG d'Ubisoft] qui pouvait prendre cette décision de reporter les jeux.»

À noter que Burgess, Mallat, Paris et Baillet avaient déjà annoncé leur intention d’en appeler de cette décision.

«Il n’y a qu’Yves Guillemot [PDG d'Ubisoft] qui pouvait prendre cette décision de reporter les jeux», a déclaré Mallat à La Presse le mois dernier, alors qu’il déposait avec ses collègues montréalais des requêtes en nullité d’enquête et en dommages contre l’Autorité des marchés financiers de la France et du Québec.

«Je ne disposais d’aucune information sur le report de Watch Dogs, encore moins sur celui de The Crew, et encore moins sur le fait que l’annonce ne fournirait pas de nouvelle date de lancement, ce qui, je crois, a probablement eu le plus d’impact», a-t-il ajouté.

Une position défendue également par la société mère du studio montréalais, Ubisoft.

«Ubisoft reconnaît la décision de l’AMF, mais continue d’affirmer que les personnes impliquées ont agi de bonne foi», a déclaré l’entreprise à GameSpot en réaction à la nouvelle d’aujourd’hui. «Nous sommes convaincus que ces membres de notre équipe n’ont pas intentionnellement commis d’actes contraires aux réglementations du marché.»

«De même, étant donné les processus et les calendriers impliqués dans la production de jeux majeurs dans notre entreprise et au sein de notre industrie en général, nous croyons qu’au moment où ils ont effectué leurs transactions, ces employés n’auraient pas été au courant de la décision ultérieure de repousser le lancement du jeu qu’allait prendre Yves Guillemot le 11 octobre 2013», a poursuivi Ubisoft.

«Malheureusement, la décision de l’AMF représente une grave incompréhension de la façon dont un jeu est développé et de son processus de production de notre entreprise et commune à notre industrie.»